Réformer la fonction publique en France ?

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Alors que le poids de l’État se fait toujours plus grand dans nos vies, ne serait-il pas opportun de reconsidérer sa place dans la société ?

Par Alexandre C.

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L’INSEE vient de publier son tableau de l’économie française, un document annuel qui renferme tout un tas de chiffres sur l’organisation du pays. Mercredi matin, le journal Le Figaro en publiait quelques extraits. Une statistique a particulièrement retenu mon attention : 10,9 %. C’est l’augmentation de l’emploi dans la fonction publique française – notamment territoriale – entre 2000 et 2011. Aujourd’hui, les trois fonctions publiques – d’État, territoriale donc et hospitalière – emploient 5,4 millions de personnes, soit 77 agents pour 1000 habitants. La France dépasse de loin des pays comme l’Allemagne qui dispose d’environ 50 fonctionnaires pour 1000 habitants ou bien le Japon qui n’en a que 40. En proportion, l’emploi public représente 19,9% de l’emploi en France. Ce chiffre nous place au-dessus de la moyenne de l’OCDE, qui se monte à 15,5%1. Et encore, on ne prend pas en compte ici les 134.000 emplois aidés, comme les fameux emplois d’avenir, non viables sur le long terme, bien que défendus par les gouvernements de droite comme de gauche. Avec la volonté de l’actuelle majorité d’embaucher du personnel nouveau, notamment dans l’éducation, on peut penser que ces chiffres vont continuer de croître dans l’avenir.

Les entreprises d’État, de leur côté, emploient près de 800.000 personnes, dont une bonne majorité à EDF, à la SNCF et à La Poste. Ces agents, outre la sécurité de leur emploi, bénéficient d’avantages à faire rougir le premier salarié du privé venu. Quelques exemples. Le personnel d’EDF ne paie que 10% de sa facture d’électricité quand, dans le même temps, les employés de la SNCF ont le droit à des rabais sur les billets pour presque toute leur famille2. Une série de privilèges, vieux de plusieurs décennies, qu’il est impossible de remettre en cause au nom du sacro-saint contrat social entre la direction et les salariés, ou plutôt les syndicats qui s’empressent de défendre ces droits acquis, un héritage des nationalisations.

Ce fonctionnement de la fonction publique en France énerve de plus en plus la population, d’autant qu’elle constate une dégradation de la qualité de service alors que les moyens déployés sont toujours d’importance. Pourtant, il ne semble pas question, pour le pouvoir exécutif, d’évaluer l’efficacité des différentes administrations. Alors que le poids de l’État se fait toujours plus grand dans notre vie de tous les jours, que le pays connait des problèmes de chômage, que la croissance est atone depuis quelques temps déjà, ne serait-il pas opportun de la part de nos élites de reconsidérer sa place dans la société ? Des pistes sont déjà connues : fusion de certains services, suppression des doublons… D’autres sont à l’étude comme déléguer au privé certains secteurs de l’économie telle la culture ou le logement.

Des politiques similaires ont été mises en places au Canada ou en Suède dans les années 90 et plus récemment au Royaume-Uni, après l’élection du conservateur David Cameron. Malgré les réformes profondes menées dans ces administrations publiques – diminution du nombre de fonctionnaires, privatisations –, le chômage est moins élevé qu’il ne l’est en France et surtout, la croissance est repartie à la hausse, tout comme les recettes fiscales. Contrairement à la France, ces pays ont choisi de faire porter les efforts sur des économies structurelles et non sur des hausses d’impôts, qui présentent le désavantage d’assécher les canaux de l’investissement et de décourager les individus d’entreprendre. Si l’on ajoute à cette instabilité fiscale, une instabilité législative qui provoque l’émergence d’agences, de commissions toujours plus nombreuses et leur enchevêtrement de décisions, de normes, de paperasse à remplir, on complique le retour de la prospérité économique.

De fait, une révolution intellectuelle est nécessaire en France. Un bouleversement de nos mentalités. Chose qui n’interviendra que si l’État prend les bonnes décisions ou incitations et envoie les bons signaux.


Sur le web.

  1. On atteint plus de 30% en Norvège, pays beaucoup moins peuplé.
  2. Privilèges dénoncés par la Cour des Comptes.