Voulez-vous que vos enfants se droguent ?

Il n’y a qu’une seule manière de savoir quels effets aurait la légalisation des drogues : c’est d’essayer.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

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Les adversaires de la démocratie directe sont le plus souvent guidés par la crainte des électeurs. Les référendums, s’inquiètent-ils, feront ressortir le pire de nous : ce serait la déportation de masse, la peine de mort et la castration des délinquants sexuels. Même si cela était vrai, je ne suis pas sûr que ce serait un argument massue. Mais ce n’est pas vrai. Lorsque vous donnez aux gens une plus grande responsabilité, ils se comportent de façon plus responsable.

L’une des premières réformes de la coalition a été d’introduire un système de pétitions en ligne. Même si elle ne parvient pas à déclencher de referendum, elle permet aux groupes qui rassemblent plus de 100 000 signatures à forcer les députés à tenir compte de leurs propositions. Jusqu’à présent, les demandes ont été remarquablement raisonnables : baisse des taxes sur les carburants, divulgation complète des documents relatifs à la tragédie d’Hillsborough, grâce pour Alan Turing, referendum pour la sortie de l’UE.

Actuellement, une autre pétition en ligne a récolté plus de 100 000 signatures : celle-ci demande une étude coûts/bénéfices du Misuse of Drug Act voté en 1971. Le ton de celle-ci est modéré et raisonnable. Ses promoteurs, dirigés par la député vert Caroline Lucas, ne demandent pas de légalisation immédiate. Au contraire, ils veulent une étude sérieuse afin de savoir si la politique actuelle a fait plus de mal que de bien.

La plupart des analyses quantitatives concluent que la légalisation apporterait de nets avantages. La criminalité liée à la drogue diminuerait, les effectifs de la police (et des cours de justice) seraient libérés, la qualité des produits pourrait être réglementée et la TVA facturée. Et ce sans parler des effets monstrueux auxquels la prohibition a mené dans les pays où la plupart des drogues sont cultivées. D’un autre côté, la légalisation permettrait de réduire les prix, et donc augmenterait quasi certainement la consommation. C’est le compromis.

Les retours d’expériences de l’étranger – le Portugal a décriminalisé la possession privée de toutes les drogues en 2001, l’Uruguay est devenu l’année dernière le premier pays à légaliser la vente de marijuana ainsi que sa consommation – montrent que la baisse est limitée. Mais, comme les partisans du statu quo aiment à souligner, il ne s’ensuit pas que ce serait la même chose ici.

Il n’y a qu’une seule manière de savoir quels effets aurait la légalisation en Grande-Bretagne : c’est d’essayer. Il y a de solides arguments en faveur d’une suspension temporaire des lois sur la drogue – par exemple 12 mois – au terme de laquelle le Parlement pourrait voter la possibilité de rendre cette suspension permanente. J’aimerais commencer avec la légalisation du cannabis, et ensuite regarder comment ça s’est passé.

« Ah, mais êtes-vous prêts à accepter que vos enfants fument de la drogue ? », demanderont certains. En fait, cette question n’a pas de sens : il y a beaucoup de choses que nous avons réalisées nous-mêmes mais que nous n’aimerions pas que nos enfants fassent – c’est ainsi que nous sommes faits. Dites-moi vraiment : pourquoi ne voudriez-vous pas que vos enfants touchent à la drogue ? Parce qu’ils le feraient avec de mauvaises fréquentations, parce qu’ils délaisseraient des activités plus saines, parce que ces substances sont mauvaises pour la santé ?

Ce sont des inquiétudes compréhensibles. Mais celles-ci seraient-elles plus ou moins justifiées si de la marijuana à la qualité contrôlée était disponible à Boots ? Nous ne pouvons le dire avec certitude, mais, sur la base de ce que nous savons, je dirais que cela vaut le coup d’essayer.


Sur le web. Traduction : NN pour Contrepoints.

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