OGM : La guerre des campagnes relancée par un agriculteur bio australien

Conflit entre deux agriculteurs australiens dont les champs sont voisins : l’un poursuit l’autre pour « contamination » de son champ de culture bio.

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OGM : La guerre des campagnes relancée par un agriculteur bio australien

Publié le 19 février 2014
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Par Anton Suwalki.

kojonup

Soit un petit village d’un millier d’habitants, dans l’ouest de l’Australie. Deux agriculteurs dont les champs sont voisins, amis d’enfance, se retrouvent d’un jour à l’autre en conflit : en novembre 2010, un vent violent a soufflé dans le secteur, dispersant des graines de colza du premier vers les champs du second, plantés d’avoine et de blé « bios ». Cette dissémination involontairement causée ne peut être que très mineure, et aurait très bien pu se produire en sens inverse. Imagine-t-on mettre un terme à des années de cohabitation intelligente au nom de traces fortuites de colza dans sa récolte de blé ou d’avoine ? Un telle attitude conduirait à une guerre permanente dans les campagnes.

C’est pourtant bien ce qui s’est passé à Kojonup. Steve Marsh, l’agriculteur bio, poursuit son ancien ami d’enfance, Michael Baxter, pour « contamination ». Du fait de la présence fortuite d’un peu de colza, sa certification bio lui a été retirée sur sa récolte d’avoine. Marsh se retourne donc contre Baxter, lui demandant des dommages et intérêts ! Selon certaines sources, les deux récoltes (blé et avoine) se sont vu refuser la certification.

Or à notre avis, compte tenu des éléments d’informations, Baxter, qui a suivi à la lettre la réglementation, n’est coupable de rien, et si Marsh est victime, il l’est d’un système absurde et de l’intégrisme de l’idéologie bio. En effet, si l’on comprend bien l’affaire, sa certification ne lui a pas été retirée parce que sa récolte n’était pas à 100% constituée d’avoine (ou de blé), mais parce que l’« impureté » provenait d’une plante génétiquement modifiée ! Or l’agence de certification bio australienne pose l’exigence – parfaitement stupide – de 0% d’OGM pour délivrer son label. Marsh  est donc pris dans l’engrenage d’une réglementation déraisonnable et il est encouragé par un lobby qui voit dans cette affaire banale l’occasion de faire un procès aux OGM. La Safe Food Foundation a collecté des fonds pour que Marsh puisse intenter ce procès contre Baxter, cette belle cause valant bien de gâcher une amitié de longue date !

En France, de nombreux sites anti-OGM, dont Inf’Ogm, dès 2011, relaient l’information de manière très sélective et manipulatrice. Des traces de colza dans la « récolte » deviennent « contamination », juste en raison de leur caractère transgénique.

Parmi les sites français emblématiques de la croisade anti-OGM, aucun ne précise que Marsh cultivait du blé et de l’avoine, ce qui exclut tout croisement avec le colza incriminé, et rend la discussion sur la zone tampon de 5 mètres entre les champs complètement hors sujet. Inf’Ogm laisse volontairement penser à ses lecteurs qu’il y a une « contamination génétique », en concluant ainsi sur ce qui devrait être un non-événement : « En 2010, 8% de l’ensemble du colza cultivé, soit 72 000 hectares, était génétiquement modifié, dans la région d’Australie Occidentale. Cependant les conditions climatiques début 2011, avec les vents violents, ont grandement menacé de contamination les millions d’hectares de colza non transgéniques. »  De son côté, faisant parler Rachel Dujardin, Basta Mag explique que Steve perd son label bio sur 70% de son exploitation et ne peut pas se retourner contre Monsanto. « La firme se protège en faisant signer un contrat à tous les agriculteurs qui achètent ses semences génétiquement modifiées, explique Rachel Dujardin. En cas de contamination génétique, la multinationale semencière n’est pas responsable » ».

L’intolérance des intégristes du bio les rend prêts à toutes les manipulations et les poussent à instrumentaliser n’importe quel fait divers agricole anodin. Il n’y aucune impossibilité de coexistence des cultures de plantes génétiquement modifiées avec d’autres cultures. Les problèmes de coexistence ne sont pas d’ordre agronomiques, ils sont humains. Seuls les fanatiques rendent celle-ci invivable. Dans cette affaire, c’est du côté des adeptes du bio qu’il faut chercher l’intolérance : ceux-ci voudraient imposer aux autres les règles qui s’appliquent à leur système de certification ! Que dirait-on si les cultivateurs d’OGM imposaient une pureté de 100% dans leur récolte ?

cacahoutesPetite expérience de pensée à ce sujet : en 2008, des chercheurs américains ont réussi à mettre au point une cacahuète transgénique présentant un niveau réduit de son principal allergène. Le jour où celle-ci sera commercialisée, peut-on envisager qu’un (méchant) cultivateur de l’arachide transgénique impose à son voisin (le gentil) cultivateur d’arachide bio allergène de cultiver autre chose, ou de lui interdire de cultiver de la cacahuète sous prétexte d’un risque de dissémination ? Et là, ce ne serait pas seulement un problème réglementaire, ou de croyance, mais un véritable problème de santé publique ? Pourtant, une telle  mesure est politiquement inconcevable !


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  • Il serait peut-être temps de rappeler aux intégristes anti-OGM que la modification génétique est à la base de l’évolution des espèces vivantes depuis 3,5 milliards d’années. La seule différence entre la nature et Monsanto est que la première génère des modifications aléatoires tandis que la seconde se base sur l’état des connaissances pour choisir des modifications donnant des effets précis. En fait, toutes les plantes sont des OGM.

    • Et pas que les plantes…

    • L’hypocrisie est de mise quand on parle d’OGM.
      Je me méfie des produits miracle depuis le scandale de l’amiante, Monsano joue au même jeu et les divers idiots utiles dans votre genre lui sont d’une aide précieuse car elles sont un répondant aveugle au réels problèmes des OGM.
      Je n’ai pas oublié que le principal argument de vente depuis plusieurs années était l’utilisation moindre de pesticides; Résultat: Heuuu bon en fait vous devez quand même en utiliser à la même dose mais y’a que notre société (Monsanto) qui produit l’agent.
      Je n’ai pas oublié que soit disant cela permettrait de nourrir la planète, alors qu’il y avait déjà de quoi la nourrir au moins 3 fois suffisamment. Demandez au paysan Indien du Peshawar comment ça fait d’avoir investi une fortune pour des semences qui ne peuvent se reproduire (i.e. semences Terminator). Elle est pas belle la question de la faim dans le monde vue par l’économie de libre marché?
      Depuis, par ailleurs, le seul argument nutritif se concentre sur un hypothétique regain en vitamine B12, bref une priorité des plus évidentes pour les crève-la-dalle, d’où qu’ils viennent.
      Je n’oublie pas enfin, qu’il serait absolument inique d’obliger un agriculteur qui à choisit de faire sans OGM, à subir les conséquences de son voisin; Je parle bien sur de la suppression de la biodiversité, des sols complètement rongés.
      Quand les libéraux comprendrons que l’on est soit éthique soit utilitariste?

  • Pourquoi le mot « contamination » hautement péjoratif est il utilisé. Pourquoi pas « croisement » ou « hybridation » ?

  • Les labels se gèrent comme ils le veulent. Le raisonnement de cet article est à l’envers

    • Très bien, alors pourquoi pas un label KKK?

      Et pourquoi pas demander que la nourriture servie à la cantine soit « 100% cultivée par les Blancs », aussi?

      Il y a une question d’ordre publique, quand même. Concernant les délires de Dieudo et les délires des écolos.

      • Oui pourquoi pas ?
        Probablement parce que les coûts d’une telle certification serait supérieurs aux bénéfices qu’elle peut rapporter donc que très peu de personnes se feraient certifier et que l’organisme fournissant le label ne le vendrait pas.

  • La lutte pour la pureté raciale, pardon, végétale…

  • j’ai du mal à comprendre comment les champs bio se sont retrouvés contaminés ?

    des bout de feuilles de colza OGM auraient été emporté par le vent et serait malencontreusement passée dans la bateuse du champ bio ? des graines c’est peu probable compte tenu de leur tailles et de leur densité ! ou alors du polen ? mais le polen de colza est émi plusieurs mois avant la recolte du blé !!
    le problème ne viendrais pas plutot de la batteuse ? en effet, il est impossible de vider completement une trémis de colza ( les graines sont trop petites ) ou alors il faut prendre un aspirateur, les gens qui font les récoltes n’ont surement pas rien que ça à faire ! si les deux agriculteurs ont employé le mèm entrepreneur et comme le colza se récolte juste avant l’avoine et le blé…

    • Avec les méthodes modernes, on peut détecter une graine de colza dans un océan de blé. il faut juste que l’échantillon pris pour le test soit assez gros pour avoir la (mal)chance de tomber dessus, mais ça, c’est pas très compliqué à imaginer : il suffit de quelques graines de colza (5 mg) emportée par le vent ou projetée par la batteuse ou chiée par un oiseau, et coincée dans un épi 10 m plus loin, pour « contaminer » tout un champ.

      Les gens normaux ne font pas ce genre de test aussi précis car ils se contentent d’une pureté de 99%, mais les hystériques bio obsédés par les OGM, si, ils les font.

  • oui enfin dans la nature les organisme évoluent pour mieux s’adapter à leur environnement, et non pas pour mieux répondre à des conditions artificiellement rendu extrêmes (pesticides, appauvrissement des sols ect).

    Après personnellement je ne suis pas anti ogm je suis contre l’idée de la commercialisation des semences et de la monoculture si on peut concilier mes exigence avec l’ogm alors no problème.

  • controverse bio et ogm mises à part….
    Ben je trouve que le type a raison de porter pliante, on ne sait jamais, il y a un préjudice financier, il y a un « coupable »désigné qui peut payer donc … les juges sont étranges…mais si il gagne ça va être un beau bordel dans les campagnes.

    C’est aussi un cas particuleirn ça peut marcher car le « contaminateur est seul , si le bio avait deux voisins… …KIKAKOntaminé mon champ?

    Je ne dis pas que j’approuve sur le fond, mais la démarche est logique su point de vue pecuniaire.

    Bien sur ça voudrait dire que autoriser la culture d’un ogm ne signifie pas d’autoriser le polen à sortit du champ de cultutre ce qui semble assez curieux.

    Il me semble si les juges sont raisonnables ils mettront en avant que le bio est une prétention à la qualité , avec un avantage sur les prix en conséquences, ce sont les bio qui doivent faire en sorte que leurs cultures restent bio… en clair vous gagnez de l’argent avec la mention sans ogm, c’est à vous de faire en sorte de l’etre.

  • ah les commentaires sont censurés…

    • moi aussi j’ai du mal a comprendre le debut : lors de la plantation, les graines du premier ont ete emportees dans le champ du second ?… ca me semble assez abracadabrantesque…

      ceci dit chacun est libre de ne pas etre pollue (OGM, pesticides, etc…) par son voisin : la propriete privee est la base du liberalisme. tu veux ce que tu veux chez toi mais pas chez les autres…

      un lien pour soutenir un petit producteur que l’on veut forcer a passer des pesticides alors que lui ne veut pas :

      • La propriété privée n’est pas un cloisonnement absolu sans aucune interaction. L’activité (ou inversement l’absence d’activités) des voisins produit de la lumière ou de l’ombre, des bruits, des odeurs (barbecue), des nuisances (graines diverses, taupes et autres nuisibles, branches qui dépassent…) et il est obligatoire de les tolérer jusqu’à un niveau raisonnable.
        Le plus important dans l’affaire c’est la réciprocité : ce qui je trouve insupportable pour moi, je n’ai pas le droit de le faire subir aux voisins, et réciproquement ; mais la réciprocité ne suffit pas à définir le niveau « raisonnable » à tolérer. Pour ça il faut des coutumes ou des lois et des juges, eux-mêmes raisonnables.
        La coutume et la règle commerciale veulent que l’ont tolère 1 % d’impuretés dans une récolte (ce qui ne veut pas dire qu’on a le droit de rajouter des saloperies diverses si ce taux n’est pas naturellement atteint, bien sûr !). Libre à quiconque d’exiger plus pur, mais c’est à lui de se débrouiller pour l’obtenir et il ne peut en aucun cas se retourner contre les voisins si il n’y parvient pas.
        De même, la loi française veut que l’on exige des agriculteurs que leurs champs ne soient pas des foyers de mauvaises herbes et de nuisibles, dont pâtissent les voisins : ton « petit producteur » n’est certainement pas obligé de passer des pesticides, s’il veut traiter à la main c’est son affaire, il a le droit ; par contre il est obliger de traiter, ça c’est sûr, et si il ne le fait pas ça va lui couter cher au civil (on va lui faire payer les traitements que les voisins sont obligés de faire à cause de lui pour se débarrasser des pestes) et à l’administratif (l’administration va le faire chier, lui coller des amendes, etc.)

      • si vous avez une prétention commerciale du genre produit sans ogm, vous vendez plus cher, aussi il est logique de penser que la charge de maintenir la culture « propre » est à celui qui touche l’argent.

        A partir du moment ou la culture de l’ogm est légale, alors comme pour touts les autres cultures nul agriculteur n’est censé tenir les pollens, les graines et autre dans son champ/

  • An Australian farmer who lost his organic produce licence after his fields were contaminated by a neighbour’s genetically modified canola crop failed Wednesday to win his test case for losses.
    In a judgment which could influence how GM crops are grown in Australia, Justice Kenneth Martin also denied an injunction to protect Steve Marsh’s crops against future contamination.
    Marsh sued neighbour Michael Baxter following the loss of organic certification on 70 percent of his land in 2010, after parts of canola plants and seed from Baxter’s farm blew onto his property. He claimed the loss cost him financially.
    But in a 150-page judgment, the court noted that genetically modified canola was approved for farming in Australia in 2010 and Baxter did nothing wrong in cultivating and harvesting the crop.
    « Baxter was not to be held responsible as a broadacre farmer merely for growing a lawful GM crop and choosing to adopt a harvest methodology (swathing) which was entirely orthodox in its implementation, » Martin said in his judgment.
    Nor could Baxter be held responsible, in law, for the reaction of the Marshes’ organic certification body.
    Martin said there was no evidence of genetic transference at Marsh’s farm, 250 kilometres (155 miles) southeast of Perth, where oats and other grains were grown and sheep grazed but where canola has not been grown.
    « These canola swathes were all physically benign, » he said, adding they posed no health risk or a risk of any GM genetic trait transfer to any species.
    Lawyers for Marsh said the outcome of the case, which tested the legal rights of farmers to choose what they farm, was disappointing.

    http://phys.org/news/2014-05-australian-farmer-gm-case.html

  • « en 2008, des chercheurs américains ont réussi à mettre au point une cacahuète transgénique présentant un niveau réduit de son principal allergène »

    Je ne vois pas à quoi ça va servir en pratique.

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