La reprise britannique est-elle due à une politique d’argent facile ?

Drapeau britannique

C’est la surprenante argumentation du magazine Capital, en décalage avec la réalité.

Par Vladimir Vodarevski.

Drapeau britanniqueLe magazine Capital de février 2014 publie un article sur l’économie britannique. Pour expliquer la reprise que connaît le Royaume-Uni, cet article souligne la baisse des dépenses publiques. Et aussi le fait qu’il ne fait pas partie de la zone euro. Selon l’article, la zone euro force ses membres à maintenir le déficit budgétaire inférieur à 3% du PIB, elle ne mène pas comme la Banque centrale du Royaume-Uni une politique d’argent facile. La non appartenance à la zone euro permet par ailleurs au Royaume-Uni de bénéficier de taux d’intérêt bas.

Cette argumentation est très surprenante, tant elle est en décalage avec la réalité. L’Europe force-t-elle la France et d’autres pays à maintenir leurs déficits budgétaires sous les 3% de PIB ? Dans ce cas, comment se fait-il que la France dépasse ce seuil depuis plusieurs années, bien qu’elle ait été moins touchée par la crise que le Royaume-Uni ?

La BCE ne mène pas une politique d’argent facile ? Elle tient guichet ouvert en faveur des banques de la zone, qui y ont puisé des liquidités sans retenue (sans en utiliser une grande partie d’ailleurs). La BCE a même racheté des obligations publiques sur le marché, ce qui est pourtant interdit par ses statuts.

Quant aux taux d’intérêt, ils n’ont jamais été aussi bas en France, en Allemagne, et partout en Europe si on considère que la zone est en crise, et que donc tout investissement est risqué, même dans la dette d’État.

On peut même ajouter que l’appartenance à la zone euro a sans doute sauvé l’Espagne, la Grèce, qui n’auraient plus eu aucune possibilité d’emprunt sans l’aide des pays de la zone.

En vérité, le Royaume-Uni s’est infligé un plan de sauvetage avant que le FMI ne le lui impose, se souvenant que cela était déjà arrivé. C’est ce qui a maintenu la confiance des emprunteurs dans la livre sterling et les émissions obligataires britanniques. Quant à la différence de politique entre la BCE et la Bank of England, elle tient surtout dans la communication. La BoE affichant son soutien à l’économie par des taux bas, et se faisant d’ailleurs piéger par la reprise. La BCE ne faisant pas de com’, mais agissant de manière semblable, pas par les mêmes canaux car les économies sont différentes, mais avec la même philosophie.

L’article de Capital n’est que le reflet du courant dominant en économie, une sorte de keynéso-monétarisme, qui considère qu’il faut injecter de l’argent dans l’économie, ou soutenir la demande. Il se pare même de la caution d’un ténor du keynésianisme, prix Nobel d’économie et chroniqueur au New York Times, Paul Krugman. L’article cite l’économiste : « Si le Royaume-Uni avait fait partie de la zone euro, il aurait probablement subi le même sort que l’Espagne. » Si l’on considère que l’Espagne diminue sa dépense publique, comme le Royaume-Uni, et flexibilise son marché du travail, ce qui est déjà fait au Royaume-Uni, la plus grande différence entre l’Espagne et le Royaume-Uni est l’aide apportée par l’Europe à l’Espagne. Est-ce ce que le brillant économiste veut souligner ?

Mais il est vrai que Paul Krugman fait partie de ceux qui ont appelé, en 2002, à une bulle immobilière, pour relancer l’économie, comme le rappelle l’Institut Coppet. Cette bulle qui a provoqué la crise. On peut donc penser que, comme référence, il y a mieux.


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