Petit guide de stratégie électorale à l’attention des citoyens belges surtaxés

De plus en plus de faillites en Belgique

Lâchés par le MR, les partisans du moindre impôt doivent désormais voter avec leur cerveau : comment peuvent-ils parvenir à leurs fins malgré la dilution des programmes qu’implique le scrutin proportionnel ?

Par Oliver Rach, depuis Liège, Belgique.

Belges surtaxés, salut !

Hier, j’ai mis le doigt où ça fait mal : comment pouvez-vous critiquer les trente pourcents de francophones qui continuent à voter pour le PS en dépit du marasme économique, quand vous-mêmes, partisans du moindre impôt, persistez à voter pour un parti — j’ai nommé le MR — qui participe activement, depuis quinze ans, à l’accroissement fou de la fiscalité en notre royaume ? Après tout, si l’électeur du PS doit, selon vos termes, sanctionner la mauvaise politique de ses représentants, au nom de quel droit, vous, électeurs du MR, pourriez-vous donc échapper au même raisonnement ?

Le dimanche 25 mai 2014, vous serez appelé à voter dans le cadre d’une triple élection — Union européenne, fédéral, Régions. Si l’un de vos objectifs politiques consiste en la protection de votre portefeuille contre les sangsues socialistes, ce petit guide de stratégie électorale est fait pour vous ! Dans la droite ligne du billet d’hier, il vous confirmera que le vote MR n’est pas une option, ce pour plusieurs raisons.

En guise de préambule, vous me permettrez de rappeler les bases du système électoral dans lequel nous végétons. Ceci s’avère important compte tenu de la suite. En Belgique, la répartition des sièges, au Parlement, s’effectue à la proportionnelle. Cela signifie qu’ils sont attribués aux différents partis au prorata du nombre de voix récoltées. Ainsi, il n’est pas rare de voir une dizaine de partis hanter les rangs des assemblées nationales. Conséquence directe de ce système : aucune formation ne trustera la majorité des sièges ; une coalition gouvernementale s’avèrera donc nécessaire. Souvenez-vous, Dehaene Ier rassemblait quatre partis, Verhofstadt Ier six partis, Leterme Ier cinq partis, et l’actuel cabinet Di Rupo compte à son tour six partis. À chaque fois, de rudes négociations tiraillent les partenaires gouvernementaux… Conséquence indirecte de ce scrutin proportionnel : afin de ne pas paralyser le Parlement, il a été convenu d’instaurer un seuil électoral de 5%, ce qui favorise les lourdes cylindrées électorales.

L’une des rares certitudes de l’échéance du 25 mai 2014 concerne la position dominante que conservera le PS en Région wallonne. À n’en pas douter, il demeurera incontournable, avec plus de trente pourcents des suffrages exprimés. Malgré les multiples scandales de corruption, malgré la putréfaction des idées socialistes, malgré l’état décrépit de la Wallonie rouge, le PS a toujours conservé ses électeurs. Rien ne changera de ce point de vue : un Wallon sur trois lui accordera encore sa confiance — et son blanc-seing inconditionnel pour dépouiller les autres.

De plus en plus de faillites en Belgique

Ce paramètre, chers Belges surtaxés, vous ne pourrez l’influencer de la moindre façon : les clients du PS lui resteront fidèles jusqu’au bout — quoi que vous fassiez. Jusqu’à la faillite du pays, vous devrez automatiquement composer avec un Parti socialiste fort. Dans ces conditions, vous vous demandez très certainement comment défendre, de la meilleure façon qui soit, ce 25 mai 2014, votre portefeuille lorgné par l’œil lubrique et envieux des sbires de Di Rupo…

Ecolo ? Les pastèques ? Restons sérieux.

Le cdH ? Il demeure le meilleur allié des socialistes.

Positionnement du cdH

Le MR, alors ? Dois-je réellement me répéter ? Le Mouvement réformateur, malgré ses belles promesses, ne parvient pas à faire baisser les impôts ; il ne réussit même pas à obtenir le statuquo fiscal, non ; il participe activement à la mise en place de nouveaux prélèvements étatiques. Dès lors, (1) voter pour eux n’empêchera pas les socialistes de vous sucer vos dernières gouttes de sang ; (2) voter pour eux renforcera même l’équipe sortante, celle qui augmenté les impôts de 18 % (!) entre 2010 et 2014. Voter pour ces collabos ne changera donc strictement rien à la façon dont vous serez pressurisés par les prochains gouvernements socialistes, à l’échelon fédéral et au régional. À leur habitude, les toutous du MR se coucheront devant leur maître socialiste afin de recevoir quelques maroquins rémunérateurs. Et les impôts continueront de pleuvoir.

Bref, vous ne voterez pas pour le MR. Parfait : cette infidélité vous avantagera sur trois plans.

Tout d’abord, vous gratifierez votre âme d’un vent rafraîchissant de liberté. Vous ne serez plus un quelconque numéro au service de la grande machinerie bleue. En tant qu’individu trahi, vous ne tendrez pas l’autre joue, cette fois, ça non ! Vous n’imaginez pas le bien fou que vous procurera ce cri du cœur, ce « merde ! », adressé aux politiciens qui ne vous considèrent pas à votre juste valeur, à ces professionnels de l’élection qui ne respectent pas le mandat que vous leur avez confié. Vous vous sentirez libres — mais aussi plus habiles et perspicaces que tous ces électeurs socialistes s’obstinant, malgré les mauvais résultats économiques du parti rouge, à maintenir la couleur de leur vote.

Ensuite, et nous entrons ici dans un champ plus politique, votre infidélité, couplée à celle des autres, entraînera des répercussions non négligeables à la tête du parti, mais aussi dans son action politique. Les pontes réformateurs n’ignoreront plus, en cas de revers électoral, que vous n’êtes plus dupes, que vous ne leur faites plus confiance. Le trou que vous aurez creusé dans leur sébile électorale ne pourra rester indéfiniment béant, s’ils souhaitent recouvrer quelques pourcents. Par conséquent, ils devront réagir — et leur réaction, pour avoir des effets sur ceux qui ne se laissent plus berner par des mots, devra absolument passer par la voie de l’action. Voyez le positif que cela vous apportera : cette chute permettra peut-être au MR de rebondir lors des élections suivantes, avec une nouvelle équipe, de nouvelles valeurs, un nouveau respect pour son électorat.

Par contre, si les réformateurs ne perdent pas cette élection de mai 2014, ils ne se remettront pas en question. Ils poursuivront leur bonhomme de chemin, se disant qu’après tout l’électeur les soutient. Ils continueront donc à vous assommer de taxes, ces nantis d’argent public ; ils s’allieront encore avec le PS, comme lors des quinze dernières années ; ils voteront toujours ces lois qui accroissent les pouvoirs du fisc. Est-ce cela, que vous voulez ? Quatre, cinq nouvelles années de socialisme bleu, sans la moindre échéance électorale pour revenir sur la candeur de votre vote ? Soyez réalistes, Belges surtaxés, ce MR ne vous aidera pas. Aidez-le, vous, à méditer sur ses actes de haute trahison à l’encontre du contribuable : punissez-le de sa fourberie.

En ne votant pas pour ce parti, vous bénéficierez en outre d’un troisième avantage : celui de pouvoir accroître la concurrence politique. Vous aurez l’opportunité unique de faire monter en grade l’une des multiples petites formations nées au cours des dernières années. La crise de confiance du citoyen envers la particratie touche l’ensemble du spectre politique. À la gauche de l’échiquier, le PTB, le Mouvement de Gauche et Vega — entre autres — pointent le bout du nez. À droite, le PP, Debout les Belges, VLC et La Droite — entre autres — cherchent à faire de même. Au centre, enfin, le Parti libertarien et l’UdL désirent surmonter les imperfections idéologiques de l’axe gauche-droite et offrir un vent de renouveau à tous les citoyens.

Belges surtaxés, vous vous doutez que, pour lutter contre la rage taxatrice, un vote en faveur du PTB, du Mouvement de Gauche, de Vega ou de tout autre groupuscule d’extrême-gauche est proscrit. Vous pouvez par contre vous orienter sans trop craindre vers le PP, le Parti libertarien ou l’UdL, car ces trois formations réclament dans leur manifeste politique une baisse notable des prélèvements. À vous de voir, en fonction des spécificités des programmes respectifs, lequel de ces mouvements mérite une promotion à l’étage supérieur. Cela relève de votre choix personnel, et je n’ai pas à m’en mêler.

Néanmoins, si vous vous intéressez principalement à la fiscalité — après tout, vous avez raison, elle influe à la fois sur l’économie, les rapports sociaux et la liberté des citoyens, ce qui n’est pas rien —, offrez-moi la possibilité de vous guider plus loin dans le raisonnement. Rappelez-vous ce que j’écrivais tout à l’heure : le mode de scrutin proportionnel implique nécessairement des négociations entre divers partis politiques en vue de la formation d’un gouvernement. Si vous n’êtes pas étrangers au concept de négociations, vous n’ignorez donc pas qu’elles induisent de mettre de l’eau dans son vin, de faire des concessions à la partie adverse. Ainsi, lorsque vous réclamez une augmentation à votre patron, vous aurez tendance à lui suggérer initialement un montant supérieur à celui que vous espérez secrètement. En sens inverse, votre patron, lui, fera une première offre au ras des pâquerettes. Et, contre-proposition sur contre-proposition, un accord finira par se dégager.

Imaginez-vous maintenant, chers Belges surtaxés, devoir négocier, par l’entremise de mandataires politiques, avec le Parti socialiste. Plongez-vous un instant à cette table de négociations couverte de bave taxatrice, en face de ces monstres affamés de pognon — le vôtre —, en face de ces voleurs suintant de suffisance, en face de cette dégénérescence si vile de la démocratie. Quelle position souhaitez-vous adopter face à l’hydre socialiste ? Celle de la victime consentante, façon MR ? Celle, modérée, du PP, qui vous permettra peut-être de conserver le statuquo fiscal au final ? Ou désirez-vous vous asseoir à la table des négociations avec une posture fière et forte, qui impliquera nécessairement d’importantes concessions adverses et vous permettra certainement d’obtenir ce que vous espériez ?

Vous seuls connaissez ce montant d’imposition qui vous satisferait tant. Il est donc possible que, en matière de fiscalité, vous trouviez la position du Parti libertarien radicale. Après tout, la formation conduite par Patrick Smets prône la suppression de tous les impôts, de toutes les taxes, de toutes les accises, bref de tous les prélèvements fiscaux, si ce n’est la TVA. Mais, quel que soit le secret espoir qui vous habite en la matière, chers Belges surtaxés, ne pensez-vous pas que pareil programme vous sera plus utile que celui qui reprend noir sur blanc votre montant d’imposition favori ? N’entrevoyez-vous pas, dans la radicalité de la position du Parti libertarien, la force qu’elle vous confèrera lorsque, à la table des négociations, vous serez amenés à affronter ceux qui vous dépouillent tant et plus depuis des années ? Peut-être votre rêve fiscal se concrétisera-t-il…


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