Belgique : le mouvement des Bonnets rouges récupéré politiquement

Bonnets rouges Belgique 2

Après un départ tonitruant, la vague des Bonnets rouges vient de retomber comme un soufflé à la suite de nombreuses décisions irréfléchies.

Cette chute brutale illustre une nouvelle fois l’incapacité à monter un mouvement sérieux lorsque les activistes en première ligne sont dépourvus des connaissances nécessaires à la compréhension des grands sujets économico-politiques.

Par Oliver Rach, depuis Liège, Belgique.

Souvenez-vous : il y a un mois, le mouvement des Bonnets rouges organisait sa première manifestation dans les rues de Charleroi. Une petite centaine de manifestants, venus d’horizons politiques divers, se retrouvaient dans les artères carolorégiennes pour protester contre la pression fiscale asphyxiant la Belgique. Une équipe de RTL-TVI avait d’ailleurs immortalisé les actions de sensibilisation menées ce jour-là.

Depuis la naissance du mouvement, quelques semaines auparavant, les troupes avaient sérieusement gonflé : sur Facebook, près de 2500 personnes soutenaient ainsi les Bonnets rouges de Belgique — et, au quotidien, c’était par dizaines que les individus spoliés par les multiples gouvernements du plat pays rejoignaient le mouvement contestataire. L’une des raisons de ce succès rapide était l’apolitisme des Bonnets rouges. Leur objectif unique était la baisse drastique de la fiscalité ; les autres thématiques politiques n’avaient pas droit de cité chez eux. Las ! Tout allait trop vite. Mi-décembre, un groupe de motards débarqua l’instigateur du mouvement et, dans la manœuvre, déséquilibra la belle mécanique. Ce virage mal amorcé engendra une chute, une longue glissade brûlante sur un tarmac de qualité wallonne — c’est-à-dire perforé d’ornières —, et un frontal avec un autre accident — j’ai nommé Laurent Louis.

Le groupement, qui se voulait initialement familial, non-violent et apolitique, devint en effet — une fois étêté — sectaire, d’agitation extrême et connoté politiquement. Refusant de mener leurs actions en étroite collaboration avec la police, les nouveaux leaders du mouvement se coupèrent d’une partie de leur base. La manifestation organisée à Mons le 15 décembre n’attira qu’une dizaine d’irréductibles ; la marche sur Liège, une semaine plus tard, mobilisa six personnes. Le nombre de sympathisants dégringola : à ce jour, sur Facebook, seuls quelques 400 membres suivent encore les tribulations des derniers Bonnets rouges. Et ce nombre diminue sans discontinuer : les déçus et les purgés désertent le groupe au fil des jours.

Dernièrement, les Bonnets rouges de Belgique, dans un dernier sursaut, ont remisé leur antienne apolitique au placard. Ils se sont acoquinés, en la personne de Mickaël Dethière, leur vice-président, avec le farfelu député fédéral Laurent Louis. Ce dernier, un vagabond politique, qui a créché, lors des cinq dernières années, sur la paillasse du MR, dans les meilleures chambres du PP, dans les obscures fondations du MLD, sur le matelas adultérin d’Islam et dans la cave interlope de Debout les Belges, ce vagabond politique — disais-je —, qui mange à tous les râteliers, n’hésite pas à qualifier la politique confiscatoire menée par le gouvernement Di Rupo (PS) d’ « ultralibérale » — preuve de son incommensurable bêtise politique. Surfant sur la vague populiste, donnant écho à la moindre théorie du complot (pédophilie du Premier ministre Elio Di Rupo, grand complot juif mondial, etc.), il récupère ici un mouvement à son image : en pleine agonie intellectuelle. Nul doute que Laurent Louis et les derniers rescapés des Bonnets rouges s’entendront à merveille.

Bonnets rouges Belgique
Le président de Debout les Belges, Laurent Louis, et le vice-président des Bonnets rouges, Mickaël Dethière, exécutant une quenelle.

La chute brutale des Bonnets rouges de Belgique illustre à merveille l’incapacité à monter un mouvement sérieux lorsque les activistes en première ligne sont dépourvus des connaissances nécessaires à la compréhension des grands sujets économico-politiques. Que peut-on espérer d’une association politique lorsque ses leaders déclarent que l’idéologie communiste est parfaitement compatible avec le combat anti-fiscalité mené, mais que le libertarianisme ne l’est pas ?

Il est des vagues qui, en vue de la côte, avec espoir, s’élèvent, grossissent tant et plus et s’élancent fièrement à l’assaut de leur cible ; parfois, leur onde est tellement puissante qu’elles se transforment en tsunami. Il en est d’autres, par contre, qui, bien qu’élancées, bien que grondeuses, bien que menaçantes, accouchent d’un petit filet d’écume trop chétif que pour atteindre les premiers rivages ; ce sont des vaguelettes. Le mouvement des Bonnets rouges de Belgique n’était pas une vague, encore moins un tsunami ; ce fut une vaguelette désorientée qui s’échoua un soir de janvier non loin du rivage endormi de la côte belge.