Pourquoi Carrefour « insulte les pauvres »

Le principe de précaution et l’interventionnisme public tuent le devoir d’assistance à autrui.

Par le Parisien libéral.

Lundi matin, une activiste de l’extrême gauche parisienne, Leila Chaibi, interpelle Carrefour.

Bonjour @CarrefourFrance cmt pouvez-vous d’1 côté travailler avec le @SecoursPop et de l’autre insulter les pauvres ? http://t.co/HTY5quhcgX
— Leila Chaibi (@leilachaibi) 16 Décembre 2013

La membre du Front de Gauche demande pourquoi Carrefour « insulte les pauvres » en faisant afficher sur les poubelles d’un supermarché ceci :

Les pauvres sont prévenus. S’ils prennent des produits périmés dans les poubelles, ce sera à leurs risques et périls.

Seulement, dans ce cas précis, le problème ne vient pas uniquement de Carrefour, mais du principe de précaution, qui trouve un débouché dans tout un tas de législations, dont cette recommandation faite par la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) concernant les produits ayant une date limite de consommation (DLC).

Les produits soumis à une date limite de consommation (produits frais, charcuterie, viande) devraient être détruits dès lors que leur DLC est dépassée, d’où le fait que la DGCCRF recommande d’asperger d’eau de javel ces produits jugés périmés, afin d’éviter des intoxications et donc l’engagement de la responsabilité du distributeur devant les tribunaux (source : France Nature Environnement). Voila aussi pourquoi les ONG de proximité comme la Croix Rouge ont tant de mal à récupérer des produits alimentaires non secs ou conditionnés hors conserves qu’ils pourraient redistribuer. Saviez-vous, par exemple, que pour savoir comment donner de la nourriture à la restauration collective, il convient de lire 131 pages de réglementation et de recommandations publiques, donc étatiques.

Ces tonnes de réglementations sont évidemment adoptées au nom des pauvres. LSA, le magazine de référence de la grande distribution, note qu’à la DGCCRF on pense que « ce qui est mauvais pour les gens normaux n’est pas meilleur pour les gens pauvres ! » (source LSA). Et si on en croit cet article du Figaro qui évoque des chaines qui se spécialisent dans les produits proches des dates de péremption, la DGCCRF veille !

Il ne s’agit donc pas uniquement d’une absurdité qui consiste à envoyer à la poubelle 10 ou 20% de la production alimentaire française, un chiffre choquant en soi, mais aussi des effets collatéraux des législations qui visent à surprotéger tout le monde. Il y a 40 ou 50 ans en Europe, et encore dans de nombreux endroits du monde, il n’y avait ni DLC ni DLUO, mais du bon sens et moins de nourriture industrielle et hors saison, aussi.

Ce qui est certain, c’est que les ONG réclament un assouplissement des règles concernant la consommation de produits proches de leurs DLC. La balle est dans le camp des législateurs et de la DGCCRF.

 


Mise à jour du 19.12.13

La direction de Carrefour a souhaité apporter les précisions suivantes suite à notre article :

La photo illustrant votre article Pourquoi Carrefour insulte les pauvres a été prise en juin dans un magasin franchisé indépendant qui a depuis changé d’enseigne et de gérant. Ce n’est donc plus d’actualité, les étiquettes ayant été ôtées lorsque le magasin a changé de gérant et d’enseigne en octobre dernier.

Par ailleurs, il n’y a pas de consigne nationale de notre part à destination des magasins franchisés 8 à Huit sur ce sujet. Nous avons contacté le réseau 8 à Huit afin de nous assurer que ces mentions ne figuraient pas sur les containers. Après vérification, il s’agissait bien d’une malheureuse initiative isolée.

Je me permets aussi de vous préciser certains points sur nos actions. Avec les associations comme les Banques Alimentaires, nous favorisons le don de produits dont la Date Limite de Consommation n’est pas dépassée, tant par solidarité que par impératif de lutter contre toute forme de gaspillage alimentaire. Sachez qu’à date sur l’année 2013, ces dons représentent plus de 51 millions de repas donnés pour être redistribués aux associations de l’aide alimentaire. Aussi, seuls les produits qui ne peuvent pas être donnés aux associations sont jetés. Notre accompagnement se manifeste également sur le volet logistique, en dotant les antennes locales d’infrastructures pour le transport et le stockage de denrées, notamment de produits frais. Par exemple, depuis 2000, Carrefour a ainsi financé l’acquisition de 36 chambres froides et plus de 140 véhicules frigorifiques dont 36 sur la seule année 2013.

J’espère que ces quelques éléments peuvent être utiles et convaincre que Carrefour n’insulte pas les pauvres.