Légiférons sur les retraites dorées des ministres et fonctionnaires !

Alors que les médias et politiques s’enflamment pour les retraites dorées de quelques patrons, les Français feraient bien de s’intéresser aux retraites des élus et fonctionnaires. Car contrairement aux retraites des patrons, ils sont obligés de les payer.

Par Baptiste Créteur.

retraitésQu’un sujet soit médiatique et fasse le buzz ne dit rien de plus que l’intérêt qu’il suscite auprès des journalistes. Théoriquement sensibles aux sensibilités des lecteurs, les gratte-papier français ne le sont pas et n’ont pas à l’être : la survie de leur employeur dépend plus de l’arbitraire étatique que du choix des lecteurs qui, depuis longtemps et de plus en plus, les délaissent.

Les distributeurs de subventions sont convaincus qu’ils favorisent la liberté d’expression et le pluralisme ; les bénéficiaires des subventions sont convaincus d’en être les parfaites incarnations ; et le contribuable finance la médiocrité d’une presse unanime dans son apologie et son indignation. L’analyse a disparu de nos journaux, au profit de l’émotion ; ils ne décryptent plus la France et le monde, ils les racontent au travers du seul prisme idéologique possible à ceux qui vivent aux crochets de cet État qui, un jour, fut censé incarner l’intérêt général.

Parmi les sujets qui touchent les journalistes et les hommes politiques figure en bonne place, au même titre que le racisme, la montée du Front National, les discriminations, l’immigration, la franc-maçonnerie, les roms et l’optimisation fiscale, la rémunération des patrons. La question est posée : ces gens payés cher par l’entreprise qui les emploie, parfois même qu’ils possèdent, pour prendre des décisions stratégiques à long terme et assurer leur croissance, qui créent des emplois et de la richesse en allouant intelligemment les ressources, ces gens méritent-ils leur rémunération et avantages ?

La question est posée par des journalistes et des hommes politiques, mais aussi par un certain nombre de Français : les patrons méritent-ils leur rémunération ?

La question est posée mais ne se pose pas, car ni les journalistes, ni les hommes politiques, ni les Français ne sont légitimes pour déterminer la rémunération des patrons ; seuls le sont ceux qui paient le salaire des patrons, qui en fixent les conditions et le montant. Évidemment, dans le système socialiste de copinage français, certains patrons doivent leur rémunération (et, souvent, leur place) à leur appartenance ou proximité avec certains réseaux. Mais dans le cas d’entreprises privées qui n’ont d’autre lien avec l’État que les considérables prélèvements, taxes et impôts dont elles sont accablées, la question ne mérite pas d’être posée.

C’était sans compter sur nos politiciens qui, à chaque fois qu’ils ouvrent un journal, envisagent de légiférer. C’est le cas d’Arnaud Montebourg, qui parvient comme la plupart de ses confrères à être aussi nuisible qu’impotent.

Sur les moyens de régulation de la rémunération des patrons, le ministre souligne que «l’autodiscipline (invoquée par le Medef, ndlr) reste à démontrer puisqu’il faut la régulation par le scandale pour que les choses évoluent».

«Si l’inefficacité est démontrée dans le prochain cas à venir, il faudra légiférer», estime-t-il. «Pour les entreprises privées, si l’autodiscipline ne fonctionne pas, le législateur est parfaitement en droit de procéder à une réglementation», martèle Arnaud Montebourg. «C’est tout à fait possible et cela existe déjà dans d’autres pays d’Europe, comme la Suisse» où les parachutes dorés ont été supprimés, conclut le ministre.

Évidemment, Arnaud Montebourg a raté l’actualité suisse. Espérons qu’il ne rate pas cette sympathique vidéo, suisse également :

Et s’il veut s’inspirer de la Suisse, Arnaud Montebourg peut toujours proposer la suppression du statut de fonctionnaire ; au lieu de cela, dans un pays qui croule sous la dette, les taxes et la réglementation, on envisage d’interdire les tatouages colorés.

Montebourg n’est malheureusement pas le seul à s’exciter :

Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a lui aussi estimé jeudi qu’il fallait «envisager de légiférer» pour «plus de transparence» sur les plus hautes rémunérations dans le secteur privé. «Il faut, si le code que le patronat a lui-même édicté ne fonctionne pas, envisager de légiférer. On ne peut pas l’écarter», a-t-il dit sur RTL.

Et, malheureusement, les hurluberlus qui nous gouvernent ne s’excitent pas dans le vide ; nous vivons dans un pays où des gens qui n’ont jamais travaillé dans le privé et ont toujours vécu de l’argent du contribuable ont le pouvoir de réduire les rémunérations du privé et augmenter les prélèvements au contribuable.

La retraite est pourtant un sujet crucial ; la retraite par répartition, dont l’effondrement est de plus en plus certain et pourrait survenir d’ici quatre ans et que les majorités successives d’incapables sont incapables de réformer ; mais aussi la retraite dorée des élus et des fonctionnaires. Car à la différence des retraites des patrons qui relèvent de décisions librement consenties, tous les contribuables sont obligés de payer pour les retraites des fonctionnaires et élus et d’abonder au système de retraite par répartition. S’il y a des chantiers auxquels s’attaquer, ce sont avant tout ceux qui concernant l’ensemble des Français, pas ceux qui regardent les actionnaires de PSA et monsieur Varin.

Car le coût direct des retraites des élus – du maire au député, et évidemment au président – auquel s’ajoute le coût caché dans les différentes subventions louches d’élus à associations d’anciens élus (bonjour Yann Galut), est rarement évoqué à l’Assemblée ou dans les médias grand public. Les différences de traitement entre public et privé tout autant, alors qu’elles sont inéquitables et coûteuses.

Mais les retraites des élus et fonctionnaires ne sont pas un sujet médiatique. L’opinion, elle, commence à s’y intéresser à mesure qu’elle comprend que tout ce que l’État dépense, les Français le financent. Ils envisagent sans doute d’y changer quelque chose, mais, malheureusement, ceux qui vivent les lois au quotidien ne peuvent pas légiférer ; et ils semblent encore prêts à accepter de déléguer ce pouvoir à des incapables au-dessus des lois comme Arnaud Montebourg qui n’ont pas à payer le prix de leurs erreurs, ou à obtenir le moindre résultat en échange de leur rémunération.