Les chefs d’entreprise ne méritent pas leurs rémunérations

Publié Par Baptiste Créteur, le dans Non classé

Après avoir fixé une rémunération plancher qui maintient une partie de la population hors de l’emploi, les hommes politiques souhaitent aujourd’hui fixer une rémunération plafond, appuyés dans les deux cas par des économistes capables de dire avec beaucoup de sérieux qu’ils sont plus légitimes que celui qui versera le salaire et celui à qui il sera versé pour en fixer le niveau.

Par Baptiste Créteur.

James Galbraith, économiste américain, signe « Ce que la société doit attendre des plus riches », traduit et repris par Le Monde. Dans cette tribune, il explique que les chefs d’entreprise sont des voyous qui ne méritent pas de rémunérations élevées, qu’ils utilisent d’ailleurs dès qu’ils en ont l’occasion pour s’acheter des yachts et des résidences de luxe. Espérons que les hommes politiques français comprendront grâce à lui le ridicule de leurs positions, notamment vis-à-vis des chefs d’entreprise.

Il est probable que Depardieu ne peut pas dissimuler ses revenus au fisc français aussi facilement que le peut – et, sans aucun doute, le fait – un banquier ou le patron d’une grande entreprise.

Un banquier ou le patron d’une grande entreprise est sans aucun doute malhonnête et dissimule sans aucun doute une partie de ses revenus au fisc français, ce que Gérard Depardieu pourrait plus difficilement faire – sans que l’économiste prenne la peine d’expliquer pourquoi, ni en quoi cela change quelque chose. Diaboliser le chef d’entreprise sert le propos ; peu importe qu’on donne l’apparence de la certitude à des suppositions.

Malheureusement, la réforme fiscale américaine de 1986 a eu une conséquence désastreuse : elle a contribué à faire exploser la paie des chefs d’entreprise, car ceux qui se trouvaient à la tête de grandes sociétés ont estimé plus avantageux de s’accorder de généreuses rémunérations. En conséquence, des résidences et des yachts somptueux occupent les banlieues et les marinas américaines.

Conséquence désastreuse d’une réforme qui réduit la pression fiscale : les individus s’enrichissent. Ils s’offrent alors des yachts et des villas – sans parler des voitures de sport et des orgies, que l’économiste tait poliment. L’enrichissement matériel est désastreux, surtout s’il permet à certains de consommer des biens de luxe que d’autres ne pourraient pas s’offrir. De la même façon, l’enrichissement intellectuel est désastreux puisqu’il permet à certains d’apprécier des œuvres et de manier des concepts inaccessibles à d’autres ; mieux vaut donc systématiquement niveler par le bas.

Les actionnaires déterminent la rémunération du chef d’entreprise en fonction du talent qu’ils lui prêtent ; les rémunérations élevées visent à attirer et retenir les meilleurs afin qu’ils permettent à l’entreprise d’être rentable. Mais pourquoi un économiste s’opposerait-il à l’enrichissement des chefs d’entreprise ?

En vérité, le cas de Depardieu est très différent. Son enrichissement a été possible grâce à son talent. Ce n’est pas le cas des dirigeants d’entreprise ! Leurs revenus proviennent de sociétés qui ont gagné de l’argent grâce à un effort collectif. Il est donc normal qu’un taux marginal d’imposition très élevé discipline les salaires et les bonus des chefs d’entreprise, et, par voie de conséquence, encourage (entre autres) ces derniers à redistribuer une part plus importante des recettes à leurs employés.

L’explication est simple : les dirigeants d’entreprise s’enrichiraient grâce à un effort collectif. À ce titre, il serait donc normal de limiter autant que faire se peut leurs rémunérations, de discipliner ces dirigeants qui n’ont aucun mérite. Dans cette vision, c’est l’effort collectif qui innove ; les idées sont présentes dans l’air du temps et quelqu’un les saisit avant les autres. C’est l’effort collectif qui dirige ; un chef d’entreprise prend aujourd’hui ses décisions par sondages successifs parmi ses salariés. C’est l’effort collectif qui coordonne ; l’information circule parfaitement entre des salariés qui ont tous conscience de leur but commun et du rôle qu’ils doivent jouer pour l’atteindre. Le talent, l’effort et la réussite d’une entreprise seraient uniquement collectifs, sans qu’on ait à se poser la question de ce qui permet à ce collectif de se coordonner vers un même but sur un périmètre large et une durée longue.

C’est le rôle que jouait Depardieu dans ses entreprises. Fait que semble ignorer l’économiste, l’acteur est également à la tête de plusieurs entreprises ; son succès au cinéma et au théâtre serait donc lié à son talent personnel, mais tout succès entrepreneurial serait lié à un effort collectif dont il n’est en rien responsable.

Ce présupposé fort est accompagné d’un autre présupposé, et non des moindres. Selon James Galbraith, diminuer et plafonner arbitrairement les rémunérations des dirigeants d’entreprise les amènera non à réduire leur implication et la valeur qu’ils créent, mais à verser des salaires plus élevés aux salariés. Ainsi, plafonner les salaires des dirigeants diminuerait les inégalités sans réduire la richesse créée ; une meilleure distribution des revenus, arbitraire et dogmatique, sans en affecter le montant total. Il semble d’ailleurs évident que les actionnaires, dans l’impossibilité où ils se trouveront de verser de hautes rémunérations, ne les verseront pas aussitôt en dividendes : ils préféreront récompenser l’effort collectif plutôt que leur investissement.

La difficulté réside dans la façon d’en exempter les cas exceptionnels comme celui de Depardieu. En l’absence d’un moyen pour distinguer, sur le plan fiscal, le cas de cet acteur de ceux des patrons de Dassault ou de Paribas, faisons preuve de retenue et ne lui en voulons pas. Vraisemblablement, Depardieu ne s’installera pas en Russie. Il ira en Belgique, autant dire la porte à côté.

Il faut avoir bien compris à ce stade qu’un acteur, un chanteur ou un footballeur s’enrichit grâce à son talent, alors qu’un chef d’entreprise s’enrichit grâce à un effort collectif. Il est difficile de distinguer fiscalement les hauts salaires des chefs d’entreprise des autres hauts salaires ; donc, il faut excuser le départ de Depardieu. Les responsabilités assumées par un chef d’entreprise n’ont aucune importance aux yeux de l’économiste, quand bien même des acteurs déclareraient l’inverse.

Imaginons toutefois que les chefs d’entreprise estiment également – à tort, selon Galbraith – qu’ils s’enrichissent par leur talent et méritent leurs rémunérations élevées. Ils pourraient alors décider de partir eux aussi, ou de cesser de mettre leur talent au service d’un « effort collectif » dont ils ne tireraient plus grand-chose. On pourrait leur en vouloir, certes, car ils ne sont pas artistes ; mais est-ce bien aux politiques – et aux économistes qui leur disent qu’ils devraient s’arroger des pouvoirs plus larges – de fixer les rémunérations du secteur privé ? En se focalisant sur « ce que la société doit attendre des riches », monsieur Galbraith oublie que les riches, eux, n’en attendent rien, si ce n’est qu’elle les laisse créer, produire, innover et ne les sanctionne pas systématiquement pour ce qu’ils lui apportent.

Un plafond de rémunération aura les mêmes conséquences qu’un plancher : maintenir une partie de la population hors de l’emploi. Le salaire minimum maintient les moins productifs au chômage, les entreprises refusant de les employer à ce prix ; le salaire maximum maintiendra les plus productifs hors de l’emploi, refusant de travailler à ce prix. Si les hommes politiques français estiment qu’ils peuvent se passer des plus talentueux dans leur quête de la compétitivité perdue, qu’ils n’hésitent pas à sanctionner le talent et à distribuer des amendes pour excès de compétence ; sinon, qu’ils cessent de jouer aux grands architectes de l’économie et de la société et qu’ils laissent les citoyens – qu’ils sont censés représenter, pas remplacer – décider pour eux-mêmes de ce qui les concerne.

Quant à monsieur Galbraith, je ne saurais que lui conseiller de devenir artiste. Il pourra alors toucher légitimement des rémunérations élevées et mettre à profit son indéniable talent pour manier les clichés.

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  1. C’est sans compter le nombre d’heures travaillé chez soi et le risque pris personnellement pour un chef d’entreprise lors de la création de sa taule.

    Exit évidemment les chefs des grands groupes publics et parapublics arrivés à leur poste grâce à un joli parachute doré.

  2. Bonjour,

    1. Je pense que vous partez d’un postulat, les riches sont tous des génies et des innovateurs. Sans nul doute certains le sont, mais d’autres ont simplement fait les bonnes études ou sont nés dans les bonnes familles.

    Votre propos ne me parait pas très rigoureux en la matière et il me semble que le salaire récompense le travail, pas le talent. On embauche quelqu’un parce qu’il est talentueux et on le paie pour son travail et non l’inverse ! Le problème des libéraux c’est qu’ils ne voient pas la limite. A un moment il faut savoir se limiter parce que sinon, il se créé une énergie inverse du côté des salariés les moins bien payés. Plus les salaires des dirigeants sont jugés inacceptables vers le haut, plus on voit les salariés se plaindre d’avoir un salaire trop bas !

    2. Vous semblez dire que le salaire plancher est ce qui créé le chômage. Là encore, je ne suis pas d’accord avec vous. C’est l’inemployabilité des demandeurs d’emploi qui créé le chômage. Trop de français attendent qu’on leur donne un emploi sans mouiller la chemise ou préfèrent travailler au noir plutôt que de participer au pot commun. Trop de français sont dans l’idée qu’on leur doit un emploi et ils oublient qu’il faut se former, s’intéresser, s’investir (et que ce n’est pas le rôle de l’entreprise de les préparer aux mutations de demain) …. C’est très marqué chez les plus jeunes qui pensent qu’avec les études qu’ils ont faites, le marché du travail n’attend qu’eux et très marqué chez les plus anciens qui pensaient que la planque dans telle ou telle « grosse boite » leur garantirait un emploi à vie. C’est un peu comme si l’effort d’un jour devait les servir une vie : c’est faux ! De nos jours, il faut se battre pour décrocher l’emploi, faire ses preuves puis se battre pour le garder ou en changer. Les meilleurs sont avantagés, alors j’ai envie de dire … chacun doit chercher l’excellence dans un domaine (au moins) … vous voyez le gap avec les mentalités françaises ? Avec l’état d’esprit des « demandeurs d’emploi ». On ne demande pas : on le cherche, on le créé, on se bat pour l’avoir, on se forme pour pouvoir le décroché, on propose son expérience ou ses compétences … mais on ne le demande pas !

    Le smic garanti un minimum pour vivre souvenez-vous de Marx qui en son temps disait avec ces mots que « pour pouvoir opprimer une classe, il faut lui assurer des conditions au sein desquelles elle puisse au moins prolonger son existence soumise ». Même avec la moitié du smic à payer, je n’embaucherai pas différemment. En entreprise on ne cherche pas à embaucher le salarié le moins cher mais le salarié en phase avec le poste !

    3. pour finir mon propos, je pense que la limitation du salaire par un plafond intervient comme la limitation de vitesse : quand il y a trop d’abus, il faut finir par légiférer ! Je suis contre, je suis pour l’auto ajustement mais je sais reconnaitre les limites avec raison comme beaucoup de chefs d’entreprises. En revanche comme certain ne le savent pas, il faut bien les aider à devenir raisonnables ! Les abus portent préjudice à toutes les entreprises les plus grandes comme les plus petites et détériorent l’image des dirigeants qui sont alors vu comme des escrocs. Comme les richesses ont créé les pauvretés, les salaires toujours plus élevés ont créés les revendications et les critiques plus fréquentes et plus virulentes …

    Je vous souhaite une agréable journée et vous remercie pour votre article qui a stimulé mon intellect quelques instants ;-)

    1. « le salaire récompense le travail ». Non ! Il ne s’agit pas d’une récompense mais d’un échange de valeur. Il suit qu’il est possible de verser le salaire à la condition impérative de la création de valeur. Peu importe le talent ou la quantité de travail s’il n’y a pas création de valeur ! En soi, le travail n’a aucune valeur.

      « C’est l’inemployabilité des demandeurs d’emploi qui créé le chômage. » Un salaire élevé obligatoire contribue par définition à l’inemployabilité des demandeurs d’emplois faiblement qualifiés alors qu’un salaire de base plus faible permettrait leur formation par l’emploi.

      « En entreprise on ne cherche pas à embaucher le salarié le moins cher mais le salarié en phase avec le poste ! » Tout à fait. Par conséquent, lorsque le poste correspond à un salaire inférieur au smic, le poste n’est tout simplement pas créé. Le smic contribue indéniablement au chômage.

      « Comme les richesses ont créé les pauvretés ». Là, vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais vous êtes aveuglé par l’idéologie. Ce n’est pas la richesse qui crée la pauvreté mais le manque de travail. Et, comme démontré plus haut, le manque de travail est alimenté par le smic.

      Le smic, parmi d’autres causes, contribue à l’intensité de la pauvreté.

        1. Toujours la même confusion inopérante entre travail et emploi !

          Il y en a beaucoup avec des emplois qui n’ont aucune idée de ce qu’est le travail, contribuant à enfoncer l’économie du pays et à créer le chômage pour les autres par pur égoïsme. Seul le travail des uns est à même de créer le travail des autres. C’est bien le manque de travail qui renforce la pauvreté.

          Si Ju accepte de bosser dur et longtemps (au minimum 40h par semaine, 48 semaines par an), d’abord en apprenant ses leçons bien sagement à l’école, puis en mettant du coeur à l’ouvrage dans le respect des instructions de son patron, et enfin en prenant sa retraite le plus tard possible, pas avant 75 ans, plus il y aura de travail pour les autres.

          Par contre, si Ju refuse de bosser dur, se syndique, fait grève, vote socialiste, prend un emploi de parasite dans la fonction publique, pratique des moeurs dissolues en laissant à la collectivité le soin de financer leurs conséquences négatives, il y aura globalement moins de travail, donc plus de chômage et plus de pauvres.

          1. C’est vous qui confondez travail et emploi. Le travail n’est pas forcément rémunéré, l’emploi oui.
            Et désolé, mais effectivement mon but dans la vie n’est pas uniquement de travailler et d’être rentable.

          2. « Le travail n’est pas forcément rémunéré, l’emploi oui. »

            Un travail n’est pas rémunéré lorsqu’il ne crée aucune valeur. Un emploi peut être source de rémunération même s’il ne crée aucune valeur (50% d’emplois inutiles en excès dans la fonction publique par exemple).

            L’emploi rémunéré qui ne crée pas de valeur nécessite de détruire de la richesse créée par ailleurs pour être financé. Moins de richesses = moins d’investissements = moins de travail. L’emploi rémunéré non créateur de valeur est une des causes du chômage parce qu’il détruit le travail.

            Le manque de travail contribue à l’intensité de la pauvreté.

          3. ju: « mais effectivement mon but dans la vie n’est pas uniquement de travailler et d’être rentable. »

            Dans une tribu tu serais assis à rien faire en attendant que les autres te procurent de la nourriture.

            Jolie mentalité…

    2. Baptiste CréteurBaptiste Créteur Auteur de l’article

      Bonjour,

      1. Je pense que dans une société libre où les interactions se fondent sur le consentement mutuel, l’enrichissement se fonde sur le travail certes, mais aussi et avant tout sur le talent et la compétence. On n’attendra pas de tout le monde une compétence hors normes, mais on est prêt à payer cher ceux qui l’ont.
      Les salariés, s’ils perçoivent le talent de leurs dirigeants, sont de mon point de vue prêts à accepter des différences importantes avec leurs salaires : le talent d’un dirigeant leur permettra a minima de conserver leur emploi, et sans doute de travailler dans une environnement stimulant et épanouissant et de gagner plus.

      2. L’inemployabilité n’est en général valable que pour un certain prix. Une personne qu’on estime pas assez rentable pour la payer 3000 € par mois le sera peut-être à 2000 € par mois. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas chercher à développer ses compétences, au contraire !
      Rassurez-vous, je n’ai aucune envie d’opprimer quiconque.
      Mais je pense comprendre dans votre propos – corrigez-moi si je me trompe – que vous êtes plus sensible à la compétence de vos salariés qu’au salaire que vous devez leur verser ; autrement dit, non seulement vous n’êtes pas prêt à payer (même quelques euros mensuels) pour un incompétent notoire, mais êtes prêts à bien rémunérer une personne qui répond à vos attentes et les dépasse. A mon sens, il en va de même des actionnaires d’un grand groupe.

      3. Que les hautes rémunérations fassent automatiquement les chefs d’entreprise qui en bénéficient pour des escrocs est pour moi problématique – tant que les interactions sont fondées sur le libre consentement, une haute rémunération est juste et correspond à une compétence ou à celle que les actionnaires attribuent au dirigeant.
      Je ne pense pas que la richesse crée la pauvreté, au contraire ! Lorsqu’une innovation émerge, ceux qui la mettent en œuvre s’enrichissent mais tous ceux qui font appel à eux estiment ont estimé qu’ils y gagnaient plus que ça ne leur coute.
      Toute régulation arbitraire et fondée sur la contrainte est moins légitime que l’auto-ajustement ou auto-régulation. Je pense que c’est à chacun d’être raisonnable pour lui-même ; ce genre de décisions crée des distorsions dans le marché qui devront être corrigées à leur tour, et qui souvent sont la source de déséquilibres plus grands que ceux qu’elle visait à corriger.
      En l’occurrence, je crains pour la France le départ d’encore plus d’entrepreneurs et d’individus qui ont, estiment avoir ou veulent avoir un talent.

      Bonne journée également,

      Baptiste

    3. emmanuel: « Plus les salaires des dirigeants sont jugés inacceptables vers le haut, plus on voit les salariés se plaindre d’avoir un salaire trop bas ! »

      Hilarant quand on compare la part du salaire d’un dirigeant et celle des impôts sur le salaire d’un travailleur. Pour un SMIC à 1500 l’employeur paie 1500 euro d’impôts. La vache !

      Si autant d’impôts sont indispensable pourquoi des pays font avec 30% d’impôts (65% en France) 30% de dette (France 90%) bien mieux que la France coté chômage et social avec 3% seulement de chômage et de chômage des jeunes (10% et 25%), de bien meilleurs salaire pour les ouvriers tout en étant mieux classé au PISA et dans pas mal de domaines y compris la démocratie ?

      Les salariés feraient bien mieux de se plaindre de l’état mais avec une presse subventionnée aux relent marxistes on comprend qu’ils n’appuient pas trop la dessus.

  3. Ça part déjà mal: le revenu ne vient pas sanctionner un quelconque « mérite » mais uniquement une production valorisée à un instant t par le marché. Si le marché des clients valorise un talent comme étant exceptionnel, untel peut gagner un salaire mirobolant, ce n’est que l’offre et la demande, pas qu’il « travaille » ou « mérite » plus que les autres.

    Les socialistes veulent fausser les bases du débat pour amener à discuter sur leur terrain de mauvaise foi, posons donc la bonne question: est-il moral et est-il normal que les légitimes propriétaires d’une entreprise puissent décider de se payer – avec leur argent – les services d’un excellent dirigeant qui vaut, de par sa rareté, très très cher ?

    Ensuite, quelle démagogie ridicule de parler de yachts et de villas de luxe: le raffinement serait-il à proscrire ? Ces achats ne créent-ils pas des emplois intéressants et bien payés ? Le seul salut pour la société serait le nivellement par le bas, tous dans des tours en ciment façon banlieues parisiennes ? On voudrait attiser les bas instinct de jalousie les plus vils on ne s’y prendrait pas autrement.

  4. Quelques commentaires:
    1. les gros salaires, ensuite la richesse, reflètent le talent ou le travail? pour les très gros salaires, les patrons qui ne sont pas propriétaires des entreprises ne les méritent pas; car d’une part ils ne risquent pas leur argent, et d’autre part avec de tels salaires ils diminuent de fait l’argent disponible pour d’autres employés; et cela quelquesoit le talent ou le travail fourni, car il y a pléthore de jeunes talents qui sortent de nos écoles, et beaucoup de gens travailleurs. Pour les gros salaires des cadres, fonctionnaires compris, ils ne deviendront de toute façon pas riches, car la France est justement réputée à l’étranger pour ne pas faire devenir riches les Français pas leur travail; trop de taxes et de cotisations sociales.
    2. le SMIC favorise le chômage; peut-être en partie vrai, mais il faut dire que certains Français ne veulent pas se donner la peine de travailler à n’importe quel prix, et préfèrent parfois rester dans le chômage et les allocations le plus longtemps possible; ont-ils tort pour autant? non puisque l’Etat leur en donne la possibilité; a-t-on vu déjà quelqu’un refuser de l’argent ?
    3. les pauvres sont souvent jaloux des riches, ce n’est pas nouveau; et la tendance à l’heure actuelle de stigmatiser les riches, enfonce encore un peu plus la hargne des premiers pour les seconds; et pourtant il existe aussi des Bill Gates, dont la richesse a débouché sur une Fondation donnant plus à elle seule plus d’argent aux démunis que plusieurs Etats cumulés ne le font; ceci c’est pour un très riche, pour beaucoup d’autres, ils créent des entreprises, ouvrent des marchés, donnent du travail,…

    1. Baptiste CréteurBaptiste Créteur Auteur de l’article

      1. Il y a plusieurs idées dans ce que vous dites ici.
      La première, c’est que les patrons ne méritent pas leur rémunération s’ils ne sont pas propriétaires de l’entreprise. Pensez-vous que ce soit à vous d’en décider, ou aux propriétaires de l’entreprise, qui les emploient ?
      La deuxième, c’est qu’ils ne méritent pas leur rémunération parce qu’ils en privent de fait les autres employés. Même réponse que pour la seconde, et j’ajoute que les propriétaires de l’entreprise pourraient être tentés de s’octroyer le bénéfice supplémentaire dégagé.
      La troisième, je ne peux que la partager ; c’est d’ailleurs pour cela que beaucoup s’en vont.

      2. Oui, il y a des gens qui refusent de toucher de l’argent qu’ils ne méritent pas.

      3. Avant même de créer une fondation, Bill Gates avait sans doute apporté beaucoup à l’humanité. De nombreux entrepreneurs à succès également ; nul besoin d’être philanthrope pour justifier la richesse. Bon contre-exemple toutefois ; l’utilisation qu’il fait de sa richesse ne rend pas plus ou moins légitime son enrichissement, mais rend caduques les discours collectivistes sur la nécessité de forcer l’homme à être solidaire.

  5. @fergunil
    « Si vous ne voulez pas créer de valeurs, ne vous plaignez pas de ne pas manger. »
    Insinuez vous qu’il faut laisser crever de faim tous les gens qui ne créent pas de valeurs ?

    1. Fergunil vous répondait.
      Vous avez exprimé votre rêve dans la vie : ne pas travailler et ne pas créer de valeur, autrement dit refuser d’apporter le moindre service à autrui. C’est-à-dire vivre en asocial. C’est votre droit.
      Mais maintenant vous voudriez que ceux qui travaillent et contribuent à rendre des services à autrui entretiennent votre train de vie ?
      Vous voulez vivre en asocial et réclamer de la société qu’elle vous entretienne.
      Vous n’êtes qu’un égoïste.

      1. Tout d’abord laissez le répondre à ma question ? Ou répondez y vous ?
        De plus, je crois que vous n’avez pas lu ce que j’ai écrit (1 seule phrase pourtant), mon but n’est pas UNIQUEMENT de travailler.
        Cela veut-il dire ne pas travailler du tout et vivre en asocial, je ne crois pas ?
        D’ailleurs, bizarrement, je travaille et j’entretiens la société et réciproquement. Votre seul argument est la mauvaise foi.

        1. @ju : Quand on parle sur un lieu ouvert, on accepte que d’autres personnes parle … D’autant que Raphaël a bien exprimé ce que je pense.
          Donnez moi un exemple de personne ne pouvant pas créer de valeur, après, on pourra discuter.
          On va être un peu moins restrictif, j’accepte l’exemple d’une personne ne pouvant pas assurer sa propre homéostasie par son travail, son capital, ou son cercle familiale.
          Trouvez moi un exemple, et estimez la faction de la population que cela représente. Après, comparez ce qu’il faut pour subvenir aux besoins de ces personnes aux prélèvements sociaux en France.

          1. Mais j’accepte tout à fait qu’il parle mais je trouvais étonnant qu’il parle quasiment en votre nom.
            Sinon, lorsque vous modérez vos propos, que vous êtes « moins restrictif », je trouve le débat effectivement plus interessant.
            « Comparez ce qu’il faut pour subvenir aux besoins de ces personnes aux prélèvements sociaux en France. » Cela me fait au moins réfléchir.
            Vous voyez donc bien vous mêmes que votre première réponse était un peu hative et peu réflechi.
            On est là pour discuter pas pour s’enfoncer les uns les autres.

          2. Mais discutons, discutons …
            Mais si vous n’avez jamais été choqué de payer la très grosse majorité de votre salaire en taxes et charges, et quand même voir en rentrant chez vous des gens qui dorment dans la rue, et qu’il faut un commentaire sur internet pour vous le faire remarquer, je ne pense pas qu’il y ai beaucoup à discuter …
            Vous ne répondez pas à ma question, d’ailleurs :)

  6. Il y a un bon gros coté « you didn’t build that » dans la position de Galbraith qui est franchement inquiétant.

    Sur le fond, bien d’accord avec l’essentiel de votre argumentaire.

    Une précision cependant. Ce ne sont pas les actionnaires qui décident la rémunération des dirigeants mais les administrateurs. Certes, ces derniers sont nommés par les actionnaires, mais il y a là une distance supplémentaire renforcée par une information des actionnaires incomplète les rémunérations des dirigeants.

    Il y a des exemples de dirigeants dont la rémunération n’est clairement pas corrélée à la valeur qu’ils créent pour l’actionnaire, et je pense qu’une grande partie des raisons provient de cette faiblesse des actionnaires.

    Une façon d’améliorer la situation et d’aller à la fois dans le sens des libéraux et des jaloux serait de renforcer le pouvoir des actionnaires en matière de rémunération des dirigeants. Par exemple faire qu’aucune rémunération (ou engagement de verser une rémunération) ne puisse être accordée à un dirigeant sans un vote explicite de l’AG.

    1. Si les actionnaires ne controlent actuellement pas completement la remuneration des dirigeants, c’est parce qu’ils preferent deleguer, parce qu’ils n’ont pas forcement le temps de s’occuper de chaque entreprise dans laquelle ils investissent: ils ont les moyens, mais pour certains, pas la volonte. De toute facon, c’est leur argent, c’est leur probleme, cela ne regarde que eux.

      1. « De toute facon, c’est leur argent, c’est leur probleme, cela ne regarde que eux. »

        Non, la loi interdit explicitement à l’actionnaire de décider de la rémunération du dirigeant tout comme d’ailleurs de sa nomination.

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_anonyme : Les actionnaires nomment les membres du CA qui désignent un président parmi eux.

        Le fait que beaucoup d’actionnaires ne souhaitent pas s’occuper de leurs sociétés ne signifie pas, selon moi, qu’il faille interdire à ceux qui le souhaitent de le faire.

        La gouvernance des entreprises, notamment cotées, où l’actionnariat est très dilué, est souvent déficiente, justement parce que le lien entre décideur et payeur est rompu. Il y a des CA en situation de quasi-autogestion : le président choisit les candidats administrateurs proposés aux actionnaires, les actionnaires choisissent parmi ceux qui sont proposés (donc forcément un proche du président), les administrateurs confirment le président dans ses fonctions.

        Briser un tel cercle vicieux est presque impossible si on ne contrôle pas (individuellement ou collectivement) une part très importante du capital.

        Je pense que donner aux actionnaires un droit de regard sur la rémunération du président permettrait une forme de sanity check selon moi assez vertueux.

        Mais je sais bien qu’il est peu populaire aujourd’hui de prôner un renforcement du pouvoir des actionnaires.

        1. Si tu estimes que la boite est mal gérée par son CA, débarrasse toi de tes parts. Que ton droit de vote porte sur le dirigeant ou le CA.
          Dès que l’actionnariat se dilue, le CA prend du pouvoir, puisqu’il est bien plus simple de convaincre des milliers de petits porteurs qu’un gros fond de pension du bien fondé d’une stratégie globale.
          Il faut accepter qu’un petit porteur n’ai qu’un pouvoir faible, et donc tenir compte, dans la volatilité du titre, ton estimation du sérieux du CA.

          1. Tout cela est vrai.

            Mais céder mes titres règle mon problème, pas celui de l’entreprise. Au final, on a une situation où un CA vit aux dépends de l’entreprise sans l’accord des actionnaires.

          2. Oui et non, oui dans le sens ou la même logique fait dire à nos amis gauchos qu’un patron vit aux dépends de ses employés : Si un CA pète les plombs et gère mal la boite, ses membres ne seront pas ré-élu au bout de leur mandat (6 ans, en général).
            L’intérêt général de la société, quand l’actionnariat est dilué, est assez proche de l’intérêt général d’une nation : il n’existe pas.

        2. Je pense que le meme probleme existe dans des pays ou les actionnaires ont le droit de se prononcer directement sur la remuneration des actionnaires. Cependant, je ne savais pas que la loi francaise interdisait aux actionnaires de choisir leur dirigeant directement… je trouve cela scandaleux.

          1. L’organe dirigeant d’une SA est le conseil d’administration, le président du conseil d’administration n’est que premier parmi ses pairs. Je ne vois pas réellement ce qu’il y a de choquant …

  7. L’idée même de mesurer le « mérite » des patrons n’a juste aucun sens. Sur un marché, et le marché du travail ne fait pas exception, le « mérite » n’existe pas ; il n’y a que l’offre et la demande, des propositions (d’achat ou de vente) et des gens qui les acceptent ou pas. Sur un marché, des gens très méritants (bosseurs, intelligents, sérieux, …) repartent bredouillent alors que des charlots repartent avec le gros lot (voyez le marché des idées à la télévision, c’est typique). C’est injuste ? peut-être. ou pas. En tout cas c’est comme ça.

    1. C’est souvent l’axe argumentatif que j’utilise quand je parle à des non libéraux. Quand quelqu’un estime qu’Untel est trop payé/ pas assez payé, demandez lui à combien il estime son travail et pourquoi.
      Si la personne n’est pas trop idéologue, cela peut mener à une discussion sur la théorie de la valeur, qui reste pour moi la faille la plus simple à exploiter dans la théorie marxiste

  8. @Fergunil
    « Mais si vous n’avez jamais été choqué de payer la très grosse majorité de votre salaire en taxes et charges, et quand même voir en rentrant chez vous des gens qui dorment dans la rue »
    Ne vous méprenez pas, cela me choque tout autant que vous, on est juste pas d’accord sur les causes de cette situation et comment y remédier.
    Néanmoins, vu la condescendance ambiante sur ce site, je pense qu’effectivement la discussion ne sert pas à grand chose.

    Juste pour comprendre : votre but ultime dans vos vies est-il de travailler le plus possible, le plus longtemps possible pour créer le plus de richesses possibles et gagner le plus d’argent possible ?
    Svp, répondez moi sincèrement sans m’insulter de toute part.

    Je pose cette question car lorsque je dis que ce n’est pas le mien, on me taxe de fainéant asociale égoîste.

    1. @ju : la question en tant que tel n’a aucun sens, « gagner le plus d’argent possible » est pas possible, c’est un but non atteignable.
      De plus, il n’a pas vraiment de sens : un milliardaire n’a plus aucun intérêt financier à s’enrichir, il peut vivre sur sa rente avec toute sa famille pour des générations.
      Mon but actuel est, effectivement, d’accumuler le plus de capital possible pour ne plus avoir à travailler, ce qui est le but de tout le monde à un moment donné de sa vie, ne serait-ce que pour pouvoir prendre sa retraite.
      Mais pour répondre à votre question, si je suis encore salarié à 35 ans, oui, j’aurais raté quelque chose comparé au plan actuel.

      1. D’accord avec vous.
        Mais pourquoi certains milliardaires veulent quand même s’enrichir encore plus ?
        Et toi aussi, tu aimerais ne plus travailler un jour. Pourquoi quand je le dis, je ne suis qu’un egoiste asocial ?
        Y-aurait il 2 poids 2 mesures ?

        1. @ju,
          Aucun libéral ne t’a traité d’égoïste asocial parce que tu ne veux plus travailler un jour. Soit tu es en plein délires parano, soit tu ne sais pas lire.

          1. A la phrase : « mon but dans la vie n’est pas uniquement de travailler et d’être rentable. »
            J’ai reçu la réponse : « Vous voulez vivre en asocial et réclamer de la société qu’elle vous entretienne. Vous n’êtes qu’un égoïste. »
            Je ne sais peut-être pas lire…

        2. @ju : votre question initiale est :
           »
          « Si vous ne voulez pas créer de valeurs, ne vous plaignez pas de ne pas manger. »
          Insinuez vous qu’il faut laisser crever de faim tous les gens qui ne créent pas de valeurs ? »
          Rien à voir avec le fait de ne pas bosser.

      2. Fergunil : « d’accumuler le plus de capital possible pour ne plus avoir à travailler, ce qui est le but de tout le monde à un moment donné de sa vie »
        ——————————–
        NON !
        Il y a plein de gens qui continuent de travailler parce qu’ils aiment ce qu’ils font.