Financement des infrastructures et écotaxe : halte à l’intox !

Portique écotaxe sur une autoroute française (Crédits : Murielle29, licence Creative Commons)

D’aucuns prétendent que l’abandon de l’écotaxe nuirait au financement des infrastructures routières. Mais combien coûtent les infrastructures et combien rapportent les automobilistes ?

Par Kevan Saab.

Portique écotaxe sur une autoroute française (Crédits : Murielle29, licence Creative Commons)
Portique écotaxe sur une autoroute française (Crédits : Murielle29, licence Creative Commons)

Le mouvement des bonnets rouges en aura surpris plus d’un : venue d’un fief socialiste, la fronde fiscale qui a retenti jusqu’à la capitale a renvoyé au placard l’écotaxe, un impôt dont le nom bobo-compatible et l’impact indirect sur le Français lambda aurait dû lui assurer une introduction discrète dans le porte-monnaie du quidam moyen. Assurément, voilà un impôt qui aurait violemment calmé les ardeurs entrepreneuriales de nos amis bretons, qui comme tient à le rappeler M. Mélenchon ont le culot de tenter tant bien que mal d’exporter leurs produits dans toute l’Europe ! On murmure aussi qu’ils feraient ça afin d’en dégager un profit ! Non mais, où va le monde ?

Manque de bol pour l’exécutif, la filière agricole bretonne, mourante, a décidé de faire des siennes sur le chemin de l’abattoir, semant la zizanie dans la bétaillère. Le mal s’étant propagé à d’autres régions, l’État se retrouve aujourd’hui dans l’embarras pour faire rentrer cette énième goutte d’eau dans le vase fiscal déjà plein à ras bord.

C’était sans compter sur l’ingéniosité d’une petite clique de députés PS, EELV et UDI, qui n’hésitent pas à monter au créneau (ici dans Le Monde) pour défendre la taxe maudite, brandissant fièrement l’argument du financement des infrastructures routières en défense de l’écotaxe, qui si abandonnée, amputerait la pérennité des infrastructures du pays. Allons donc voir ce que les faits disent sur la question.

Les infrastructures routières : combien ça coûte ?

La France possède le réseau routier le plus étendu d’Europe, rien de surprenant étant donné que notre pays est aussi le plus étendu d’Europe occidentale. Évidemment, l’entretien et l’agrandissement d’un tel réseau nécessite des investissements annuels importants, ainsi, le European Road Network estime dans son rapport annuel à 11 942 millions d’euros les investissements totaux annuels  publics et privés  en France dans l’expansion et l’entretien du réseau. Pour mettre cette somme en perspective, on pourrait dire qu’elle représente plus ou moins 0,5% du PIB français, ou grosso modo l’équivalent de 1% de la dépense publique en France (et encore certaines de ces dépenses sont encourues par les compagnies d’autoroutes).

Les automobilistes : combien ça rapporte ?

Les automobilistes et les transporteurs routiers étant les principaux utilisateurs de ces infrastructures, on est en droit de se demander combien ces usagers de la route font rentrer dans les caisses de l’État pour les 12 milliards de dépenses annuelles qu’ils génèrent. Voilà donc le compte-rendu détaillé pour l’année 2010 :

Revenus

(en milliards d’euros)

Taxes sur les produits pétroliers

32,26

Taxes à l’immatriculation

1,92

Revenus des péages autoroutiers reversés à l’État

3,93

Taxes sur la possession de véhicules (ex : TVS)

1,27

Autres taxes

1,20

TOTAL

40,58

 

Sans compter les retombées économiques annexes générées par les utilisateurs de la route, ces derniers payent sous forme de taxes diverses et variées près de 3,5 fois le prix de tous les investissements routiers annuels en France !

Avant d’imposer une nouvelle taxe sur les usagers de la route, eux qui ont déjà largement été mis à contribution ces dernières années, au prétexte d’améliorer les infrastructures qu’ils utilisent, commençons par retrouver la trace des 40 milliards d’euros annuels qu’ils font rentrer dans les caisses publiques.

Source : European Road Statistics 2012.