Un gouvernement à l’écoute

Suite aux manifestations contre l’écotaxe, Pierre Moscovoci vante la capacité d’écoute du gouvernement. Quand cette dernière se traduit par des blessés graves et des coups de matraques, le ministre démontre surtout qu’il brouille l’écoute dont il se vante.

Par h16 et Baptiste Créteur

Sur iTélé et Europe 1, Pierre Moscovici vante la capacité d’écoute du gouvernement. Venant de Barack Obama, l’affirmation aurait été moins choquante ; son gouvernement est effectivement à l’écoute de ses citoyens et des dirigeants européens et il a même considérablement investi pour qu’il en soit ainsi. Mais en France, parler d’écoute ressemble bien fort à l’un de ces petits moquages de visage dont nous sommes maintenant coutumiers.

Ou plutôt à un bon gros foutage sur la gueule ; il serait intéressant de demander aux Bretons qui ont manifesté ce weekend (en particulier aux blessés) s’ils se sentent suffisamment écoutés. Gageons que leurs réponses seraient instructives.

Soyons clairs : effectivement, le gentil Pierre peut toujours déclarer les écouter, lorsque les Français grondent aussi fort que ces derniers mois, il faudrait être sourd pour ne pas les avoir entendus. Mais y a-t-il là de quoi se féliciter ?

Quand Stéphane Le Foll affirme avoir entendu les Français, en particulier les agriculteurs et notamment les irréductibles Bretons, et leur indique qu’un rabais (promotion « Grande Quinzaine Commerciale Du Gouvernement », probablement) de 50% sur l’écotaxe est envisageable, qui croit-il tromper ?

D’une part, il menace le principe d’égalité devant l’impôt ; on peut tout de suite s’amuser à prendre les paris sur la prochaine région de France qui décidera de détruire l’un ou l’autre portique écotaxe lorsqu’elle aussi sera touchée par l’iniquité de la mesure. Le petit jeu qui suivra, à celui qui paiera l’écotaxe la plus faible, promet d’être amusant, surtout politiquement.

D’autre part, et c’est au moins aussi important, le minustre ne comprend pas que les taxes ne sont pas censées être un jouet politique qu’on ajuste réforme par réforme au gré de l’opinion, en particulier bruyante. Par exemple, on ne change pas le cadre de la loi pour accueillir une pseudo-réfugiée pseudo-kosovare pseudo-misérable, même si elle couine fort, même si les journalistes remuent l’affaire, même si des lycéens embobinés par des syndicats émettent leurs habituels petits gémissements ridicules que la puberté calmera à coups d’iPod et de chichons déstressants.

De la même façon, on ne change pas une loi qui modifie significativement la fiscalité deux mois avant son entrée en vigueur, et on ne taxe pas rétroactivement à 10 ans. D’abord, c’est très impoli vis-à-vis des gens qui, ne l’oubliez pas, payent pour vos salaires. En outre, c’est redoutablement inefficace voire contreproductif : cette idée géniale vous permettra, cette année seulement, de rapporter quelques millions supplémentaires dans cet endroit extra-froid, extra-sombre et extra-vide que vous tentez de remplir depuis des années (on parle du Trésor Public, ici, pas de votre tête – à l’impossible, nul n’est tenu). L’année prochaine, il faudra à l’évidence faire tintin : ce qui était iniquement rétroactif ne pourra plus l’être à nouveau en 2014, et le montant de cette taxe risque bel et bien de s’évaporer. Cette année, vous étiez très manifestement en slip pour voter une telle taxe ; l’année prochaine, vous serez nu.

Le président pédalo-flambyste à l’assaut du kapitalisme sauvage

 

Non, franchement, ça ne colle pas ; vous n’êtes, messieurs les ministres, qu’une bande d’amateurs aux commandes d’un vaisseau bien trop gros pour vous. On aurait souhaité que le président pédalo-flambiste soit effectivement à la barre de l’un de ces frêles esquifs de tourisme, ce qui aurait eu le mérite, en cas de gros temps, de l’inciter à rentrer sagement sur la berge. Mais l’obstination de ce dernier, et la vôtre, derrière, à persister manœuvrer le paquebot France en pleine tempête alors que vous n’avez jamais dépassé le stade de moussaillons laisse présager du pire.

On peut rêver que vous retrouviez les responsabilités correspondant à votre stature : après tout, il y a tout de même pas mal de coursives à récurer dans le bateau républicain et vous y ferez, peut-être, des merveilles ; et si, à ce poste, ayant malgré tout atteint votre « niveau d’incompétence de Peter », vous vous gamellez, vous n’entraînerez avec vous que ceux qui auront été assez idiots pour vous épauler dans vos tâches accessoires.

Malheureusement, l’ensemble des Français est aujourd’hui embarqué de force dans l’épave socialiste, vous et l’ensemble de l’appareil étatique êtes à la barre, une partie croissante de la population bronze sur le pont et le reste pédale dans les soutes. Et quand bien même elle le fait de plus en plus fort, grâce à vos courageuses gesticulations à contre courant, vos ordres contradictoires en timonerie et votre entêtement à barrer n’importe comment, ça avance de moins en moins…

Ne vous étonnez pas que certains refusent de pédaler, attaquent les contremaîtres ou quittent le navire.

Mais surtout, lorsque la révolte gronde dans la cale, ne vous félicitez pas niaisement de l’avoir entendue ; il faut être un bien piètre second pour annoncer, tant aux passagers du pont qu’au capitaine, que les grognements qu’ils entendent sont soigneusement écoutés, et que, promis promis, vous en tiendrez compte lorsque le gros temps sera tombé. À l’évidence, la seule écoute que vous savez appréhender, c’est l’autre, ce bout qui règle l’incidence de la voile… ce qui fait tache sur un fier paquebot à hélices.

Écoute (n.f., nautique) Sur un voilier, cordage servant à régler l’angle de la voile par rapport à l’axe longitudinal du voilier et en conséquence l’angle d’incidence du vent sur la voile. Il y a une écoute dédiée à chaque voile hissée (grand-voile, génois, spinnaker…).

À votre place, concentrez le cynisme habituel dont vous faites preuve, mettez tout votre butin dans les canots de sauvetage et commencez à ramer. Souquez ferme, moussaillons de pacotille. Souquez, souquez loin et oubliez-nous, laissez-nous, libérez-nous de votre insupportable présence. Sinon, tout porte à croire que vous serez débarqués sur une île ou connaîtrez la planche.

Et méfiez-vous, les Bretons ont le pied marin.