Le cannabis rend fous (les prohibitionnistes)

Tout penche pour la légalisation du cannabis, n’en déplaise aux hygiénistes qui voudraient renforcer la guerre contre la drogue

Par A. Barton Hinkle, depuis les États-Unis.
Un article de Reason.

cannabis

L’administration Obama, pour essayer d’effrayer l’opinion publique sur la légalisation du cannabis a publié une note selon laquelle, en 2009, le cannabis était impliqué dans 376 000 visites aux urgences chaque année aux États-Unis. Tremblez tremblez, cela représente moins de 0,3% des visites aux urgences, et 3,3 millions de visites en moins que ce que cause le sport amateur. De tels chiffres permettent de comprendre pourquoi les électeurs des États de Washington et du Colorado ne furent pas effrayés et approuvèrent les référendums décriminalisant la marijuana.

L’Oregon, lui, a rejeté des mesures similaires, tout comme la Californie deux ans plus tôt. Mais aux États-Unis, le vent est en train de tourner. En plus des 14 États qui ont décriminalisé la possession de cannabis, cinq villes du Michigan ont décidé d’arrêter les poursuites envers les consommateurs, tandis que 18 États et le district de Columbia ont approuvé l’usage de cannabis à des fins médicales.

Les Américains hésitent sur ce que les gens devraient avoir le droit de mettre dans leur corps. Les paternalistes à New-York, à Cambridge, Massachusetts et à Richmond, Californie, et les officines comme le Center for Science in the Public Interest pensent que le gouvernement devrait carrément limiter votre consommation de boissons gazeuses. Les fumeurs de tabac sont devenus les nouveaux intouchables de cette idéologie. Mais le cannabis a une connotation « contre-culture » et n’est pas vendu par de grandes entreprises internationales – en tout cas pas des entreprises légales – pour le moment. Ainsi même si elle est également nocive, beaucoup de progressistes ne voient pas de mal à la marijuana.

Des multinationales, illégales elles, vendent pourtant du cannabis, et il est surprenant que les cartels mexicains n’aient pas créé un super-PAC (NdT : Organisation de financement des candidats aux États-Unis) pour faire du lobby contre la légalisation lors des dernières élections présidentielles. Selon un think tank mexicain, légaliser le cannabis dans les trois États qui ont tenu des référendums avec l’élection présidentielle aurait diminué les bénéfices des cartels de 23%. Une étude menée par le centre de recherche RAND arrivait à des résultats similaires pour la proposition californienne rejetée deux ans plus tôt.

Les barons mexicains de la drogue ne sont pas les seuls qui verraient leurs finances affectées. Il y a trente ans, une personne incarcérée sur dix était un délinquant non violent arrêté pour un motif en relation avec la drogue. Le ratio est actuellement d’une personne sur quatre. Le cannabis ne concerne qu’une partie de ces condamnés, mais l’économiste Jeffrey Miron de l’université d’Harvard estime que légaliser le cannabis ferait économiser près de neuf milliards de dollars par an en coûts de guerre contre la drogue. Légaliser toutes les drogues ferait économiser 41 milliards de dollars.

Cet argent est-il au moins dépensé efficacement ? Depuis 2005 la dépense fédérale dans la lutte contre la drogue a augmenté de 25%. Également depuis 2005, la consommation de drogues illégales a augmenté de 10%. L’usage de marijuana est « au plus haut niveau jamais atteint ces dernières huit années » notait il y a deux ans l’administration Obama.

Cela ne surprendra personne que le tsar de la répression des drogues, Gil Kerlikowske, ait admis il y a deux ans que la guerre qu’il menait contre la drogue n’avait pas été couronnée de succès. Ou que la Commission globale de la politique de la drogue ait conclu que la guerre contre la drogue avait échoué.

Malgré tout cela, les guerriers anti-drogue craignent que, sans leur intervention, les États-Unis se transforment en un pays où des masses de drogués bloqueraient les trottoirs et où les collégiens achèteraient des drogues à la supérette du coin. Ils devraient regarder en direction du Portugal qui a décriminalisé les drogues – même les plus dures – il y a 12 ans. Les gens sont amenés devant des institutions administratives et non plus judiciaires. En 2009, un article de Glen Greenwald au Cato Institute a examiné ce qu’il s’est passé au Portugal depuis. Résultat ?

Les pires peurs des faucons anti-drogue ne se sont jamais matérialisées. L’usage de drogue est resté constant, et a baissé dans de nombreuses catégories. L’épouvantail du tourisme de la drogue où des milliers de jeunes du monde entier viendraient au Portugal se shooter ne s’est jamais réalisé. Aucune des horreurs prédites par les opposants à la décriminalisation ne s’est produite, tandis qu’une bonne partie des effets positifs avancés par ses partisans s’est produite.

Cela en raison notamment du fait que la décriminalisation n’a jamais été vue comme une concession à la drogue, mais comme la plus efficace des politiques pour réduire les addictions et accompagner leurs effets. Les personnes arrêtées en raison des stupéfiants au Portugal sont amenées devant des « commissions de dissuasion » dont le but est d’éviter les stigmates qu’entraîne un procès pénal. Le respect pour la personne en difficulté est mis en avant, et ceux qui ont un grave problème avec les drogues sont envoyés en désintoxication plutôt qu’en prison.

Le contraste est fort avec l’approche de la plus grande partie des États-Unis où le gouvernement fédéral « s’oppose fermement à la légalisation des drogues ». Voilà ce que dit l’administration actuelle, à la tête de laquelle il y a un homme qui déclare avoir consommé du cannabis dans sa jeunesse, et qui maintenant soutient la politique du « enfermons-les et oublions-les ».


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