L’affaire Carlotti ou les chinoiseries du PS

Quand une ministre vend la mèche au sujet de l’arrosage clientéliste d’associations en échange de votes.

Par Marc Crapez.

Marie-Arlette Carlotti

Hier soir, la surprise n’était pas à Brignoles, où le résultat était somme toute prévisible, mais à Marseille, où se déroulait le premier tour de la primaire socialiste, en vue de désigner le futur candidat aux élections municipales.

Peu après 20 heures, la ministre Marie-Arlette Carlotti, candidate à ces primaires, dénonçait un clientélisme « à plein régime », avec « échanges d’argent » et « intimidation », accusant son adversaire à l’investiture, Samia Ghali, d’avoir affrété des minibus pour emmener voter certains quartiers.

Sur les chaînes d’information, certains journalistes n’hésitaient pas à qualifier les propos de la ministre de « virulents » ou de « violents », feignant de se demander s’il était répréhensible de faire du « covoiturage »…

Ce qui est répréhensible, c’est la corruption clientéliste (dite « système Guérini ») qui consiste à arroser certaines associations appropriées pour inciter certains électorats à aller voter et à bien voter. Sylvie Andrieux a été condamnée à un an de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité, et Gérard Dalongeville à trois ans ferme et cinq ans d’inéligibilité.

Qu’une ministre socialiste dénonce des pratiques douteuses au sein de son parti, et annonce le dépôt d’un recours, est évidemment une bombe à désamorcer. Jean-Pierre Mignard, président de la commission de contrôle des primaires socialistes, n’hésite pas à déclarer : « Nous n’avons pas reçu, et d’ailleurs nous ne le souhaitons pas, de recours » (sur i-télé vers 23 heures). Avons-nous bien entendu : la commission de contrôle ne souhaiterait rien contrôler de ce qui fâche ? En voilà qui ne risquent pas de s’autosaisir de l’affaire Carlotti.

François Hollande serait intervenu en personne (selon BFM TV). L’ex-premier secrétaire du parti socialiste n’avait rien remarqué de bizarre dans la fédération des Bouches-du-Rhône. Cette fois, le président de la République a, semble-t-il, tranché en faveur de sa ministre, menacée par la jurisprudence gouvernementale qui veut qu’un ministre battu à une élection démissionne.

Du coup, Ghali se permettait de flatter sa rivale en déclarant au sujet de Carlotti : « Elle nous sera utile encore au gouvernement ». Et la ministre de mettre ses accusations en sourdine. Pas assez, sans doute, au goût de son adversaire qui, ce matin, réclame sa démission.

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