La gauche à la française, une erreur intellectuelle

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La gauche à la française, celle qui est prête à abandonner nos libertés contre la promesse, jamais tenue, de l’égalitarisme est une erreur intellectuelle.

La gauche à la française, celle qui est prête à abandonner nos libertés contre la promesse, jamais tenue, de l’égalitarisme est une erreur intellectuelle.

Par Fabrice Descamps.

Norberto Bobbio définissait la gauche comme le parti de ceux qui préfèrent l’égalité à la liberté et la droite, à rebours, celui de la liberté au risque de l’égalité.

Plus près de nous, Alain-Gérard Slama a essayé de saisir l’essence des deux camps politiques, soulignant notamment que la droite était une anti-gauche ayant abandonné à la gauche le leadership des idées et la production de doctrines pour se concentrer sur une fonction réparatrice et modératrice face aux aventures et aux errances de la gauche.

J’avouerai tout de go que je souhaite revenir à la définition de Bobbio contre la typologie de Slama. Car la vision de Slama fait de la droite une gauche au rabais, une gauche modérée honteuse, née d’un sinistrisme inhérent au jeu politique et selon lequel tout parti de droite serait un ancien parti de gauche déporté sur sa droite par la naissance d’un parti encore plus à gauche que lui.

Il est vrai que c’est par un accident de l’histoire, l’émergence du marxisme, que les libéraux se sont retrouvés au centre-droit. Mais ils auraient pu tout aussi bien rester à gauche en opposition à un parti conservateur, comme c’est d’ailleurs encore le cas aux États-Unis, au Canada ou au Japon. Je ne crois donc pas à la thèse sinistriste car le développement du marxisme n’était en rien inévitable, ainsi que le prouve l’exemple nord-américain.

Je vais en effet montrer maintenant que la gauche à la française, loin d’être une pourvoyeuse d’idées novatrices, est une erreur intellectuelle que la droite doit combattre par le verbe et l’action.

Quel était en fait le principe directeur du marxisme ? Comme Bobbio l’avait fort bien saisi, il impliquait que la cause de l’égalité exigeait le sacrifice de nos libertés si nécessaire. Le marxisme n’est, de ce point de vue, que le surmoi écrasant du parti socialiste, surmoi qu’il se repent de trahir chaque fois que la gauche française est au pouvoir et mesure l’inanité de ses programmes successifs.

Or pourquoi vivons-nous en société ? Parce que nous y avons intérêt : le partage du travail augmente l’efficacité de nos activités économiques, laquelle se traduit par un accroissement de notre liberté. Nos gains de productivité, par exemple, nous permettent soit de dégager plus de temps libre, soit d’augmenter les salaires, deux conséquences qui accroissent notre liberté.

On voit donc d’emblée que le sens même de la vie en société est la liberté et non l’égalité. Quand la gauche à la française méconnaît la liberté au nom de l’égalité, elle renie le sens de tout contrat social et sape insidieusement les bases de l’arrangement social.

Car la société devient un carcan, voire une prison, quand la liberté des uns s’y achète au prix de celle des autres. Que m’importe que mon voisin s’enrichisse du moment qu’en s’enrichissant, il ne m’appauvrit pas, voire m’enrichit aussi, même dans une moindre mesure ?

Bien évidemment, de trop grands écarts de revenus peuvent s’avérer dangereux, en particulier pour la cohésion sociale nécessaire à la bonne marche des nations. On comprend notamment qu’il ne soit pas rationnel de laisser trop filer les inégalités non fonctionnelles, c’est-à-dire celles qui augmenteraient indéfiniment la liberté des uns sans augmenter de conserve celle des autres. Le contrat social se doit de rester mutuellement avantageux ; or s’il profite disproportionnellement aux uns plus qu’aux autres, on admettra que ces derniers se demandent quel intérêt ils ont encore à y participer.

C’est pourquoi je suis un libéral tempéré et non un « ultra-libéral ». Et je serais ravi d’être encore de gauche. Mais la gauche à la française, celle qui est prête à abandonner nos libertés, autrement dit vider nos sociétés de leur sens, contre la promesse, jamais tenue, de l’égalitarisme, est une erreur intellectuelle qui doit être dénoncée sans relâche. Qui, sinon la droite, peut mener ce combat juste et sage ? Qui osera encore prétendre que cette gauche-là soit intellectuellement supérieure à la droite ?


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