Misères de la philosophie libérale

Quelle critique le libéral-conservatisme peut-il adresser au libéralisme classique, et par extension, au libertarianisme ?

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Misères de la philosophie libérale

Publié le 22 août 2013
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Par Aurélien Biteau.

Depuis quelques semaines, un débat sur la compatibilité et l’homogénéité du libéralisme et du conservatisme s’est installé sur Contrepoints. Il fut jusqu’ici l’occasion d’un véritable déballage d’ignorance sur la nature du conservatisme de la part de certains contributeurs et commentateurs. Le conservatisme souffre chez beaucoup de préjugés aussi ridicules que ceux dont doit souffrir le libéralisme de la bouche des socialistes. De la même façon que l’opinion commune semble ignorer totalement le background philosophique du libéralisme et se permet donc les plus vulgaires caricatures à son sujet, nombreux sont les libéraux totalement ignorants du background philosophique du conservatisme, et dressent les portraits les plus idiots qui soient de ce courant de pensée.

C’est pourquoi, avant d’en venir au sujet essentiel de cet article, et en tant que libéral-conservateur moi-même, il me faut signaler en premier lieu que non en aucun cas le conservatisme n’est qu’une simple question de valeurs morales ou de croyances individuelles. C’est une véritable misère que de croire qu’un conservateur est simplement une personne qui a des valeurs individuelles conservatrices ou religieuses. Parole d’athée. Un libéral-conservateur n’est pas un libéral politique faisant des choix individuels conservateurs, car en effet, s’il n’était que ça, il serait inutile de se dire autre chose que « libéral ».

Le conservatisme est un véritable courant philosophique propre qui ne s’intéresse pas spécifiquement à la morale et à l’éthique. Il porte bien plus son regard sur la politique et la société. Il reconnait qu’il existe un ordre social dont l’équilibre précaire, s’il peut être perçu, est d’une très grande complexité vis-à-vis de laquelle la raison reste ignorante, et c’est pourquoi il prêche la prudence en politique, prudence qui n’est clairement pas la vertu de l’État. Le conservateur, davantage éclairé par la philosophie classique, porte ainsi en horreur toute philosophie politique qui aurait la prétention de fonder ses principes par les idées abstraites de la raison. Or il est nécessaire de reconnaître que le libéralisme est né de ce type de philosophie et que ceci ne fut pas sans malheur.

C’est le sujet de cet article : ce libéralisme dont Hobbes fut le précurseur et qui se développa aux XVII et XVIIIè siècles a péché par orgueil au sein de la modernité et fut par trop aveugle de ses propres limites. Je vais essayer, par la suite, de remettre en perspective cette philosophie et ses concepts essentiels et le rapport que nous entretenons, nous libéraux des temps actuels, avec eux. Je souhaite indiquer que j’explore ici une intuition, et que ce que j’avancerai mériterait d’être développé bien davantage et peut aussi s’avérer tout à fait discutable.

Le droit naturel : la grande confusion

L’un des concepts majeurs du libéralisme, c’est bien sûr le droit naturel, que certains d’entre nous écrivent religieusement avec une majuscule. J’ai écrit LE droit naturel, et c’est peut-être une erreur, car parmi les misères de la philosophie libérale, on doit compter ce fait étonnant qu’il est écrit indifféremment droit naturel au singulier ou au pluriel chez les libéraux comme s’il n’y avait aucune différence de sens entre le droit naturel et les droits naturels.

Sur les questions de droit, la plupart des libéraux se sentent confiants. Ils tiennent pour absolument certains qu’il existe des droits naturels que l’individu doit précisément à sa nature. Les droits naturels sont synonymes de liberté, qui est ainsi définie de manière négative. Et ces droits sont le produit du libéralisme et des philosophes libéraux. Merci John Locke.

Malheureusement, la réalité est bien différente. Les droits naturels des libéraux, bien loin d’être issus d’une philosophie nouvelle et d’une grande rigueur dans le raisonnement, sont en fait une complète parodie du droit naturel antique et médiéval [1].

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire quelques articles sur le droit naturel et les droits naturels. Je renvoie les lecteurs vers ces articles.

Le reproche tout à fait fondé que les libéraux font aux socialistes de changer le sens du mot liberté en opposant « liberté formelle » et « liberté réelle » peut leur être retourné au sujet du droit. Le droit a d’abord été défini par Aristote (dikaion) [2] et repris dans le droit romain (ius) comme étant la juste part de chacun. C’est le travail du juge de dire le droit, c’est-à-dire, dans un litige, de dire ce qui est à chacun. Le droit n’est en rien un pouvoir de l’individu, il est une chose. Il n’est pas nécessairement une chose positive ou un avantage. Une obligation, par exemple, pèse sur celui à qui elle appartient. En aucun cas les hommes ne naissent libres et égaux en droit : l’homme naît chétif et doit tout à ses parents qui l’élèvent et à sa famille, et l’enfant né ne saurait être l’égal de son père. De même, dans un litige entre deux parties, chaque partie a des droits différents.

Le juge n’est pas créateur de droit, il le découvre au sein de l’ordre, par les catégories et les genres qui le composent. Et parce que l’ordre évolue, le droit est évolutif, il change, et les solutions de droit du passé peuvent se révéler injustes et inefficaces au présent. D’autres, au contraire, se révèlent stables de manière admirable, comme la propriété privée.

À partir du XVè siècle, et petit à petit, le droit est approprié par les théologiens et perd de plus en plus sa nature juridique. L’époque moderne (XVI-XVIIIè siècle) en fait définitivement un objet de la philosophie politique et de la philosophie morale : c’est la fin de la philosophie du droit [3] – les libéraux ont tort de prétendre que le libéralisme est une philosophie du droit : ils prouvent par là leur complète ignorance de ce que peut être la philosophie du droit et le travail des juristes. Hobbes n’a jamais été un philosophe du droit, pas plus que Locke, Bastiat, Rand ou Rothbard.

L’époque moderne signe le passage d’un art de philosopher, la dialectique, à un autre, le syllogisme, et les succès nouveaux des sciences ne sont pas pour rien dans ce changement. Les philosophes s’épargnent de discuter leurs prédécesseurs : ils sont de plus en plus enclins à créer des systèmes à partir de leur propre raison et font semblant de ne plus avoir d’influences. C’est ainsi qu’ils reprennent le vocabulaire philosophique passé en tentant de forcer l’intégration des concepts qu’il recouvre au sein de leur propre philosophie. Le droit naturel a subi cette épreuve, et sous l’apparente rigueur de ces nouveaux systèmes « géométriques » se cache l’imposture du changement de sens des mots qui masque des tentatives de rationalisation a posteriori de ce qui existait déjà.

Ainsi le droit naturel, d’une chose, devient-il un pouvoir de l’individu. Ou des pouvoirs. Le droit devient pluriel. Pire, il perd toute valeur juridique et vient se confondre avec la loi naturelle, autre concept hérité de l’Antiquité et du Moyen-Âge [4]. Le droit est un impératif, un commandement, et il n’est pas étonnant que les philosophes libéraux posent les premières pierres d’un droit totalement légaliste.

Mais en combinant ce droit légaliste avec les théories politiques nouvelles du XVII et XVIIIè siècle, dont le concept de contrat social est un des grands produits, les libéraux ont ouvert grand la porte au positivisme juridique d’une part, au socialisme d’autre part qui a pu reprendre à sa sauce cette conception faussée du droit. Il est facile, aujourd’hui, de prétendre que le libéralisme, grâce à la puissance de sa philosophie, est une solution aux problèmes causés par ces deux courants. Mais c’est oublier que c’est très justement cette philosophie mal bâtie, malgré sa rigueur devant laquelle on aime à s’extasier, qui est leur cause.

La politique : de l’ordre social à l’individuation

Le libéralisme a donc, comme on l’a vu, intégré le droit à la philosophie politique, jetant aux oubliettes l’authentique philosophie du droit née avec Aristote et perfectionnée par les Romains. Il ne fut pas le premier à le faire, mais il a continué dans cette voie. Parmi les libéraux contemporains, seuls Bruno Leoni [5] et Friedrich Hayek [6] ont compris la différence entre ces deux philosophies, bien que la philosophie politique fût la priorité de ce dernier, laissant ses théories sur le droit quelque peu imparfaites.

Or la philosophie politique a subi, elle aussi, d’importantes mutations avec l’époque moderne, mutations dont notre époque contemporaine semble avoir perdu presque toute conscience, valeureusement enorgueillie d’être la digne force du Progrès.

Dans l’Antiquité, la philosophie politique consiste essentiellement à comprendre la vie politique, c’est-à-dire, comprendre dans la Nature qui est ordonnée, et composée de genres, d’espèces, de catégories, les Cités, qui existent. Cette philosophie s’inscrit dans une perspective téléologique : il y a un ordre apparent de la Nature dans laquelle les choses comptent, parmi leurs causes, une finalité.

La Cité, qui est une réalité, a pour fin ce que nous appelons le bien commun. Dès lors la philosophie politique cherche en vue de cette fin la meilleure constitution – non pas un texte fondateur, puisque la Cité est et existe déjà – mais le meilleur ordre, où chacun est à la place qui est sienne.

Au Moyen-Âge, cette conception est peu à peu perturbée par les luttes entre les empereurs et les papes, ainsi que par les rois qui, unifiant leur territoire, cherchent leur place au sein de la Chrétienté. À ce titre, Machiavel, à la fin de cette période, transforme l’objet de la philosophie politique en s’intéressant au pouvoir personnifié par le Prince. La constitution de la Cité et sa finalité, le bien commun, cèdent leur place au bien du Prince et à ses actions.

C’est avec le libéralisme et Hobbes qu’une tentative de fusion de ces deux sortes de philosophie politique a lieu. Mais à nouveau, les concepts antiques sont dénaturés. Par excès de rationalisme, l’établissement de la fiction de l’état de nature ne permet de voir comme bien des individus que leur succès dans la poursuite de leurs propres fins. La Cité comme réalité est méprisée, ainsi que l’ordre social. Le monstre sacré de la modernité, le contrat social, fait figure de constitution non pas d’une Cité, mais d’une masse d’hommes qui ont intérêt, dans la poursuite de leurs propres fins, à céder leur liberté à un seul qui perd toute responsabilité par la possession du pouvoir absolu.

La philosophie politique moderne est sans cesse orientée sur l’individu au mépris des réalités qui constituent l’ordre social telles que la famille et la Cité qui est déjà. À force d’abstraire, à force de ne pas prendre conscience de ce que la raison ne peut connaître, la tentation de la table rase est en germe dans ce libéralisme, et le socialisme poursuivra dans cette voie. Encore une fois, présenter cette philosophie libérale comme une solution aux problèmes du socialisme, c’est ne pas comprendre que loin d’être un rempart contre celui-ci, elle en fut une porte ouverte.

La politique n’a aujourd’hui plus de fin propre. Tous les individus et les groupes d’intérêt en font leur outil pour assouvir tous leurs souhaits et désirs, au mépris de l’ordre social réel. C’est le règne du constructivisme au sein de la politique, et de l’individuation au sein de la société, si bien perçue par Tocqueville. L’État construit, fabrique, modèle la société selon les désirs et idéologies à la mode, tandis que l’individu devient, dans les relations de pouvoir, avec l’appui du clientélisme visant précisément à satisfaire les désirs individuels, un être isolé face au « plus froid des monstres froids ».

L’État et le gouvernement : nos créatures

Sous l’influence du mouvement libertarien, les libéraux sont enclins à se considérer aujourd’hui comme des adversaires de l’État, et lorsque certains d’entre eux lui trouvent une légitimité dans un domaine limité, c’est à peu près toujours dans l’idée que l’État est un moindre mal. Il me semble que ceci est faux ou au moins à moitié faux, et que la philosophie libérale, bien loin d’avoir cherché simplement à donner des limites à l’État, a créé, a produit, a conçu l’État et a confirmé et ouvert le champ à ce que Michel Foucault a appelé la « gouvernementalité ».

Je sais qu’en affirmant que l’État est une invention de l’époque moderne, je risque de susciter une certaine incompréhension, car il ne fait aucun doute, pour l’homme contemporain, qu’il y a eu des États de tout temps. Les Cités grecques étaient des États, l’Empire romain était un État, le Royaume de France était un État, etc. Même chose pour les gouvernements. L’Empire romain était gouverné par l’Empereur, le Royaume de France était gouverné par le Roi de France, etc.

Ceci est une méprise. Bien que ces organisations politiques aient parfois des similitudes avec ce que nous connaissons sous le nom d’État, elles ne peuvent au mieux qu’être qualifiées de proto-États. De même, le concept de gouvernement est apparu à l’époque moderne. On ne connaît pas le « gouvernement » auparavant.

Il convient ici de renvoyer le lecteur au travail admirable de Michel Foucault dans son Cours au Collège de France de 1977-1978 intitulé Sécurité, Territoire, Population. Il n’y a pas de « gouvernement » avant le XVIè siècle, mais un souverain. Le souverain ne gouverne pas. Il règne sur un territoire : sur ses terres il est l’autorité suprême. Ceci ne signifie nullement que le souverain dispose d’un pouvoir absolu, ni qu’à la manière du Prince de Machiavel, il puisse tout se permettre en vue du bien de la Nation, et encore moins qu’à la façon du Leviathan de Hobbes, le souverain soit totalement irresponsable et puisse faire tout ce qui lui passe par la tête.

Dans l’ordre de la Cité, le souverain est au-dessus, c’est sa juste place, et c’est une place étroite dont l’occupation implique le maintien de cet ordre.

Avec l’apparition des grands royaumes unifiés au sortir du Moyen-Âge et la dislocation de la chrétienté avec la Réforme et les guerres de religion, les intellectuels sont de plus en plus portés à traiter les territoires comme des unités géographiques cohérentes sur lesquelles les rois et leur administration exercent leur pouvoir. C’est la naissance, au XVIè-XVIIè siècle de la raison d’État et de la science politique : l’État a pour fin de se maintenir. Il n’a d’autre fin que lui-même, et son action porte sur un territoire bien précis et organisé en vue de la raison d’État. Petit à petit, avec la stabilisation des territoires des grandes puissances européennes, c’est sur les personnes que cette action finit par se porter : ainsi naît le concept de « population ». L’État gouverne une population.

Or les théories du contrat social n’ont que faire de la notion de territoire. Elles méprisent toutes l’ordre existant et ne s’intéressent qu’à des abstractions de la raison. Elles ne voient que des masses d’individus indéterminés qui, par l’intermédiaire du contrat social, deviennent précisément une population sur laquelle s’exerce le pouvoir du souverain, compris non pas comme l’autorité suprême, mais comme le pouvoir suprême. Ce souverain n’est rien d’autre que l’État, créature de la modernité que Hobbes et Locke ont confirmé et soutenu. Ce serait une erreur de considérer le libéralisme comme étant opposé à l’État, alors que celui-ci en est le produit. Les libéraux se doivent d’en avoir conscience car encore une fois, quand ils en appellent à leur héritage philosophique pour trouver des solutions aux problèmes posés par l’État, ils ignorent que l’État commence avec le libéralisme… et finit par le dépasser.

La gouvernementalité, ce mode moderne du pouvoir politique, opposé à la souveraineté, ne vise plus le simple maintien de l’ordre, laissant les hommes exercer leur vertu en vue du bien. Son pouvoir s’exerce directement sur la vie des personnes, non pas en punissant les interdits, mais en dirigeant et en corrigeant la vie des personnes de leur naissance à leur mort en vue de la raison d’État, ce qui passe par une politisation forte de l’existence que Michel Foucault a appelé la « biopolitique » [7], un contrôle constant de la population, et la création de structures contraignantes de correction (école, prison, caserne, asile, etc.).

L’État-Providence que nous connaissons en est la quintessence. Mais c’est avec l’économie politique proto-libérale que la gouvernementalité a trouvé son socle fondateur. Les libéraux, qui sont nombreux à céder aux facilités de l’économisme, se doivent de savoir que le sens actuel du terme « économie » comme ensemble des activités de production, de création de richesse, de répartition et de consommation, est un détournement du sens originel. Jusqu’à la fondation de l’économie politique, « économie » signifie administration du foyer. C’est bien en vue de servir la gouvernementalité que l’économie politique, c’est-à-dire littéralement l’administration de la Cité comme d’un foyer, s’est fondée. Adam Smith écrit De la Richesse des Nations, certainement pas « De la Richesse des individus », ni « des hommes libres » : il s’agit bien de présenter à celui qui gouverne les techniques de gestion qui vont lui permettre de maintenir et développer la population, comme un berger gère son troupeau.

Il me semble donc important de reconnaître que le libéralisme qui s’est développé aux XVIIè et XVIIIè siècle a accéléré le développement de l’État, lui a donné une forte consistance, un contenu intellectuel, une conceptualisation qui, peut-être malgré lui, s’est intégré à la raison d’État et l’a renforcée, avant que le socialisme, sur la lancée, ne vienne poursuivre cette œuvre avec des outils bien plus puissants encore dans ce but.

Les deux voies de la critique : le libertarianisme et le libéral-conservatisme

En guise de conclusion à cet article bien trop court pour ce sujet et que je reconnais devoir être approfondi, je souhaiterais aborder l’état actuel de la philosophie libérale. Le libéralisme classique dont il a été question jusqu’ici, né et développé au XVIIè et au XVIIIè siècle et poursuivi au XIXè siècle, a dû faire face à ses échecs. Ces échecs ne consistent clairement pas en des échecs propres : les politiques libérales ont réellement permis de rendre les hommes plus libres et de hisser le niveau de vie des populations. Mais l’échec principal du libéralisme est sa défaite intellectuelle au sein de la modernité. Il est évident que le socialisme est sorti vainqueur de la modernité et règne de manière désastreuse sur l’époque contemporaine. L’État écrase partout les Nations et continue de grossir. Les enfants du libéralisme ont grandi et se retournent, plus puissants, contre lui. La philosophie libérale classique n’a pas cessé de manquer de prudence et n’a pas vu ce qu’elle engendrait.

Face à ces échecs, il me semble que la philosophie libérale s’est renouvelée essentiellement sous deux formes très critiques du libéralisme classique : le libertarianisme d’une part, le libéral-conservatisme d’autre part.

Le libertarianisme est à la fois critique et continuateur du libéralisme classique. Il est critique dans la mesure où devant le désastre de l’action étatique, il a renié l’État comme étant un bien, soit en le considérant comme un mal inutile et immoral (les anarcho-capitalistes), soit en le considérant comme un moindre mal, comme étant, dans certains domaines tels que la sécurité, un mal nécessaire, voire un pis-aller (les minarchistes). Toutefois, les libertariens ont maintenu la façon de philosopher du libéralisme classique. Ils sont adeptes des syllogismes, des raisonnements « géométriques », des abstractions de la raison. L’Éthique de la Liberté de Rothbard pousse cette logique de philosopher à son paroxysme (à l’absurde ?) et prétend déduire tous les droits de sa seule raison. Les libertariens sont complètement prisonniers de la philosophie moderne. Ils lisent la philosophie classique avec leurs yeux de modernes et ne voient pas l’horizon. Ils cèdent facilement à l’économisme. L’arrogance dont ils font parfois preuve est liée au fait qu’ils sont certains d’avoir résolu les problèmes philosophiques de la modernité en combattant les sophismes du socialisme. D’ailleurs, ils considèrent très souvent que tout adversaire du libéralisme est un socialiste, et ne voient dans l’histoire de l’Humanité qu’une longue lutte entre les défenseurs de la liberté et le socialisme. Ainsi le déclin de Rome doit-il s’expliquer par un excès de socialisme. Et tant pis si Rome n’a jamais rien connu de ces querelles des philosophies modernes dont tous les concepts lui sont étrangers. Mais la vérité est que les libertariens, empêtrés dans la modernité, ignorent ce qu’est la modernité et ne peuvent voir ses grandes limites. La philosophie libertarienne semble vouer aux mêmes échecs que le libéralisme classique.

L’autre voie de la philosophie libérale contemporaine est le libéral-conservatisme. Par cet article, j’ai essayé de montrer les grandes lignes de la critique du libéralisme classique, et par extension, du libertarianisme, que peut adresser le libéral-conservatisme. Mais on me demandera, si le libéral-conservatisme semble aussi critique de tous les principes qui ont donné naissance au libéralisme, ce qu’il y a de libéral dans le libéral-conservatisme. La réponse est simple : le projet libéral. Lorsqu’Edmund Burke écrit Reflection on the Revolution in France, c’est bien en tant que défenseur de la liberté qu’il fait la critique du contrat social et autre état de nature d’où devraient se tirer des droits, en s’inscrivant dans la tradition de la philosophie classique. Lorsque Hayek emprunte à la philosophie grecque la notion de « cosmos » et celle de « nomos », c’est bien parce que celle-ci, aussi ancienne soit-elle, a posé des bases essentielles à la liberté et se révèle être un socle autrement plus solide que les mythologies modernes.

Si les siècles antérieurs sont historiquement des siècles où il a pu y avoir peu de liberté, ceci ne peut pas décrédibiliser aux yeux des libéraux contemporains la philosophie classique qui les a portés, bien au contraire, car en reconnaissant qu’il existe un ordre dans lequel les normes évoluent, nous comprenons que ce que nous espérons aujourd’hui de l’ordre social est le fruit d’une très longue évolution de ces normes, et qu’en aucun cas, nous n’aurions pu souhaiter la société ouverte sans ces siècles d’expérience. Pour faire une analogie avec l’économie : sans la très longue capitalisation de l’humanité des hommes préhistoriques jusqu’à nous, nous n’aurions pu construire les buildings de New-York.

Le libéral-conservatisme n’est pas encore bien formalisé, ce qui permet aux libéraux effarouchés de crier au loup en caricaturant à l’extrême le conservatisme dont ils ne connaissent que peu de choses. Hayek, en refusant de se reconnaître conservateur, alors que tout porte à croire qu’il tend à l’être, n’a pas aidé la formalisation de ce mouvement en ne lui donnant pas un nom. C’est pourtant bien avec lui que nous trouverons une tête de file du libéral-conservatisme, ou au moins un précurseur.

Pour finir, Jose López Martínez a intitulé l’un de ses articles sur Contrepoints « Libéral parce que conservateur ». Je crois davantage en la formule « conservateur parce que libéral ».


Notes :

  1. Le Droit et les Droits de l’Homme, Michel Villey.
  2. Éthique à Nicomaque, Livre V, Aristote.
  3. Pour découvrir la philosophie du droit, voir l’excellent La Philosophie du Droit (I et II), Michel Villey.
  4. La Formation de la pensée juridique moderne, Michel Villey.
  5.  La Liberté et le Droit, Bruno Leoni.
  6. Droit, Législation et Liberté, Hayek
  7. Cours au Collège de France 1978-1979, Naissance de la Biopolitique, Michel Foucault.
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  • « Un libéral-conservateur n’est pas un libéral politique faisant des choix individuels conservateurs, car en effet, s’il n’était que ça, il serait inutile de se dire autre chose que « libéral ». »

    Ah ! Enfin la chose est dite.

  • J’ai bien apprécié cet article. En ce qui concerne l’organisation sociale étatique, je pense qu’il y a une voie supplémentaire au minarchisme, à l’anarchisme et au conservatisme : c’est le diagnostic d’un écroulement contingent de celle-ci. Ainsi selon moi l’état ne fonctionne plus : qu’on veuille le conserver ou le limiter ; ça ne veut pas dire que nous serions capables de nous en passer pour autant, il y aurait plus exactement une nouvelle organisation qui émergerait, une hétérarchie non territoriale plutôt qu’une anarchie (souvent pensée dans le cadre d’un renforcement du territoire).

  • Chapeau mec, super article.

    Le manque de recul sur leurs travers, me dérange dans tous les courants de pensée et j’avais déjà apprécié la réponse de Laurent Obertone dans une interview sur Contrepoints (je ne la retrouve pas sur le site, mais on peut la voir ici : http://www.paperblog.fr/6255952/laurent-obertone-entretien-avec-l-auteur-de-la-france-orange-mecanique/)

    Contrepoints : vous considérez-vous comme un libéral, un conservateur, un réactionnaire ou un autoritaire ?

    Laurent Obertone : je peux me reconnaître partiellement dans les trois premières, selon la manière dont on les définit. Le problème de ces catégorisations conceptuelles est que personne ne les définit de la même manière. Elles impliquent souvent un certain jusqu’au-boutisme théorique sans rapport avec la réalité.

    Il y a également la lime, qui aborde le sujet : http://feedproxy.google.com/~r/LaLime/~3/l5Mc6Wr_RTU/liberons-le-liberalisme.html

    Ça fait plaisir tout ça.
    : )

  • Excellent article. Merci et bravo !

  • Je risquerais à la suite de votre article passionnant autant que nécessaire une métaphore architecturale sur 4 axiomes :
    1- le conservatisme (la conservation), c’est garder les immeubles et les architectures qui tiennent le coup même depuis des siècles ou des millénaires
    2- le libéralisme (la liberté), c’est laisser de nouvelles constructions s’édifier pour les nécessités du temps et pour compléter le parc immobilier existant, le remplacer si les structures sont obsolètes
    3- le progressisme (le progrès), c’est oser des structures innovantes à la marge avec la nécessité de prouver que celles-ci peuvent remplacer objectivement les anciennes et rendre les mêmes services
    4- les gens qui veulent opposer toutes ces fonctions sociales naturelles en société sont des blaireaux

  • Je ne crois pas que les libertariens et libéraux s’opposent à l’ordre social qui vient de la Société Civile et cherchent à le détruire. Ça, c’est pour les libertaires et les constructivistes.
    Ils s’opposent au fait qu’il soit décrété, imposé ou renforcé par la force de l’Etat.

    Encore une fois, j’ai l’impression qu’on se fourvoie sur les idées du camps adverse en se disputant des idées qui sont communes.

    • Ce n’est pas ce que dit l’article. Ce que j’explique, c’est qu’il y a une conception de la société par trop rationaliste dans le libéralisme classique et chez les libertariens qui pourtant sert de fondation à des idées importantes de liberté. Un colosse aux pieds d’argile, ça s’effondre vite.

      La mythologie de l’état de nature et du contrat social du libéralisme classique a cédé sa place chez les libertariens à la société comme fruit de la volonté des individus qui, poursuivant leurs propres intérêts, auraient tout intérêt à coopérer volontairement. Ben désolé, mais dans le monde réel, ça ne marche pas comme, et à vouloir tout reconstituer par les idées abstraites de la raison en roue libre au lieu de prendre les réalité pour ce qu’elles sont, et donc à manquer autant de prudence, on risque de se faire dépasser encore une fois. Je ne vois pas un seul Etat fondé sur l’idée des droits naturels avoir évolué vers autre chose que les pires formes politiques qui soient.

      L’idée de « cosmos » (ordre spontané) d’Hayek est en effet partagée par les libertariens. Sauf que chez Hayek, le »cosmos » sans le « nomos » (les lois non écrites, qu’on suit inconsciemment), ça n’a aucun sens. Et ça, c’est vite oublié par beaucoup.

      PS : J’ai eu ma période libertarienne, alors je crois connaître suffisamment cette philosophie.

      • Bonjour, vous dites « j’ai eu ma période libertarienne »… autrement dit celle-ci s’est terminée => pouvez-vous me conseiller qq oeuvres (accessibles pour un novice si possible) pour prendre du recul face à ce courant qui a l’air parfois très attrayant ? Je vous remercie.

        • Personnellement, c’est sous l’angle du droit naturel que j’ai pris du recul. Vous pouvez voir Michel Villey, Le Droit et les Droits de l’Homme, ou mieux encore, La Philosophie du Droit. Villey n’est pas libéral, mais ça reste très intéressant.

          Sinon, voyez les références indiquées dans le commentaire de F.mas.

  • Très bon article vraiment intéressant académiquement parlant. Mais la vrai problématique réside selon moi dans les réalité d’aujourd’hui.
    Les conservateurs du présent ne sont pas des libéraux et le libéralisme ne peut pas se mélanger à ce conservatisme là. Si il a une chose que l’on ne peut déroger c’est la liberté et peu importe si « dans le passé » certain en on jugé autrement. Quand à la polémique sur l’existence au non de l’état j’oserais dire que c’est disserter sur le sexe des anges. L’état, le despotisme, la royauté, la tyrannie, la monarchie et toutes les autres formes plus ou moins étendu, plus ou moins invasive ou autoritaire se résume systématiquement par la domination de quelque uns dans le but de tirer profit du reste de la population. Peut importe les justification morale, le type d’organisation, les bases pseudo philosophiques ou religieuses l’affaire se résume à l’exploitation de A par B par la violence. Et si le consentement finit par être obtenu celui ci n’est le fruit que d’un subtile jeux de punition/récompense conduisant au formatage des esprits. La démocratie, à ce titre détient la palme de la subtilité et peut sans conteste recevoir la palme du régime politique le plus vicieux, c’est sans doute pour cela que les socialistes y sont tellement attachés.

  • Je salue la volonté de débattre et de ne pas faire du libéralisme une idéologie, par définition close sur elle-même et insusceptible de révision.

    Toutefois, moi qui suis à la fois insatisfait du droit et de la science politique moderne, tout en me situant très nettement du côté de l' »anarchie ordonnée » (par le marché) pour parler comme Anthony de Jasay, je relève certaines faiblesses qui mises bout à bout me font dire que la distinction entre le libéralisme dont vous parlez et le conservatisme n’existe pas, sauf dans le regard des libéraux issus de ce que Strauss appelait la première vague de la Modernité, c’est à dire de ceux qui parlent en termes de droits et de fondement naturel de l’ordre social dans la propriété (après Locke).

    Après Hobbes et Locke, il y a eu Hume, Smith et Montesquieu quand même (ce qui me permet d’ailleurs de rappeler au passage que Hobbes est l’auteur d’un commentaire sur la common law de 1666 sous forme d’un dialogue, qui témoigne de sa connaissance dans le domaine du droit, contrairement à ce que vous affirmez). Ces auteurs, qui, toujours pour reprendre la division straussienne de l’histoire de la philosophie politique moderne, interviennent au cours de la seconde vague « historiciste » de la Modernité, ne parlent plus le langage de la nature et des droits, mais celui de l »histoire et des conventions. En effet, Hume comme Smith (qui a enseigné le droit à Glasgow comme en témoigne ses « lectures on jurisprudence » de 1762) ne mentionnent pas de droits naturels, mais l’institution de la justice et de la propriété comme des conventions.

    Si je partage votre critique du rationalisme en politique comme en droit, je me permets d’attirer l’attention sur cette branche particulière du libéralisme que furent les Lumières écossaises, et dont sont issus Burke mais aussi Hayek et Buchanan. Je me permets aussi d’insister sur le fait que leur attrait pour la common law, et non le rationalisme franco-kantien, a aussi permis de déplacer l’attention des droits vers la fonction du juge (et donc, dans une certaine mesure, à un retour aux questions touchant à l’activité de juger et à celle de l’interprétation des textes, comme en témoigne par exemple un Dworkin).

    L’existence de cette tradition écossaise non seulement est critique du rationalisme du premier libéralisme, mais il place l’institution de la justice et de la propriété (et de l’économie !) antérieurement à celle de l’Etat moderne, qui du coup répond à d’autres modes et canons (Hume semble avoir une approche somme toute assez machiavélienne du pouvoir politique distinguée de la justice).

    Pour affirmer que les libéraux sont à l’origine de l’invention de l’Etat, il faudrait pouvoir affirmer qu’ils sont tous hobbésiens (et non lockien ou humien). Or Hobbes, tout en inventant l’individualisme en politique, ne l’est pas (c’est à dire une manière de légitimer le gouvernement civil) parce qu’il ne distingue pas l’état de la société civile, la politique du droit.
    Enfin, pour conclure, il existe des libertariens anarchocapitalistes qui sont issus de la tradition écossaise et non lockienne, qui sont plutôt conservateurs, voire carrément réactionnaires, et qui cumulent à la fois les compétence en économie, en droit et en philosophie. Je vous invite à jeter un oeil sur par exemple ce qu’écrivent Anthony de Jasay, Bruce Benson ou encore Randy Barnett.

    Bien cordialement.

    • Merci pour ce commentaire très riche.

      Je reconnais les faiblesses de mon article. Comme je l’ai indiqué, j’explore une intuition personnelle qui mérite d’être davantage nourrie, notamment par les auteurs que vous indiquez, et dont j’ai déjà par ailleurs quelque connaissance.

      Je connais les Lumières écossaises, à la fois pour en avoir lu et parce qu’Hayek y fait abondamment référence. J’ai eu des regrets, une fois transmis l’article à Contrepoints d’écrire que c’était chez Hayek que nous pouvions trouver un précurseur au libéral-conservatisme, mais j’avais dans l’idée qu’il y avait chez lui une forte formalisation de l’idée d’ordre spontanée et que le pont qu’il faisait avec la philosophie grecque en empruntant son vocabulaire permettait davantage d’ouvrir des portes aux libéraux vers des concepts parfois oubliés.

      Je connais aussi ce dialogue de Hobbes avec un juriste de la Common Law, et n’ai donc pas prétendu qu’il ignorait celle-ci (ç’aurait été ridicule).

      J’espère ne pas avoir donné l’impression de faire des libéraux les inventeurs de l’Etat : c’est sur le domaine philosophique que mon propos portait, et davantage avec l’idée que la philosophie libérale lui a donné une consistance, une épaisseur, et lui a permis de se formaliser.

      En ce qui concerne Locke, n’est-il pas, d’une certaine manière, hobbesien ? Il est vrai que l’idée d’un état de nature et d’un contrat social n’est pas une invention hobbésienne et trouve ses racines dans la philosophie et la théologie médiévales, mais, et corrigez moi si je me trompe, c’était à cette époque dans le but de justifier ce qui était déjà (le rôle du pape, etc.), pas de reconstituer le politique, le refaire, le réinventer.

      Pour finir, les auteurs que vous m’inviter à lire sont depuis un certain temps dans ma pile de livres à lire, je les découvrirai donc bientôt.

      Cordialement.

      • Le rôle des libéraux dans l’invention (théorique) de l’Etat est effectivement important, quand on pense à l’idée de « représentation » ou de « gouvernement représentatif » (cf le fédéraliste), dans son expansion (cf de Jouvenel et de Jasay sur l’expansion concomitante au consentement aux institutions) comme dans ses tentatives de limitation (par la règle du droit et le constitutionnalisme par exemple).

        Locke est d’une certaine manière hobbésien (il reprend son individualisme, son idée d’état de nature et l’impérieuse nécessité commandée par la loi naturelle d’instituer le gouvernement politique) mais jusqu’à un certain point. Locke invente la société civile, et rend le pouvoir comptable devant le peuple là Hobbes fait de l’institution du gouvernement civil une fiction juridique indissoluble et en dehors du contrat (qui se fait entre citoyens, et certainement pas entre citoyens et souverain).

        Hobbes ne cherche pas à justifier les pouvoirs en place, et certainement pas celui du Pape, qu’il hait de tout son coeur (l’Eglise lui rendra bien en mettant son oeuvre à l’index et en les faisant brûler), mais à remettre l’intégralité du pouvoir dans la main du souverain, ce « dieu mortel » institué sous le regard du « Dieu immortel ».

        Bonnes lectures sinon ! 🙂

        • Je voulais dire que c’était les espèces d’état de nature et de contrat social qu’on retrouve au Moyen-Âge (notamment dans les disputes entre la papauté et les franciscains) qui cherchaient à justifier l’existant.

          • Ah oui, dans ce sens là, oui, on est d’accord. Il y a d’ailleurs un article intéressant de Gauchet sur le changement de sens de ce contrat dans son livre sur la condition politique. Vous le connaissez peut-être ? (sur « la philosophie politique du droit »)

  • étant libertarien, j’ai du mal à comprendre ce que l’auteur dit de ce mouvement.

    En fait, tout adversaire du libéralisme (cad de l’individualisme philosophique) est par construction un collectiviste.

    Le socialisme n’est qu’une forme de collectivisme parmi d’autres.

    Mises (que certains qualifient de libertarien, dont moi) expliquait la chute de l’empire romain (dans l’action humaine) par l’explication classique qui explique le progrès humain ou pas : le degré de protection plus ou moins important des droits fondamentaux.

    Sinon, étant libertarien, être conservateur ou progressiste est pour moi une vision personnelle, qui ne regarde que chaque individu.

  • c’est bien de revenir aux sources de la philosophie, mais soyons un peu concret.
    Approuvez-vous que l’etat se mele de tout, subventionne ce qu’il lui plait (ou plait a ses elus) et taxe à mort tout ce qui ne lui plait pas ?
    Approuvez-vous l’assistanat de masse qui deresponsabilise leurs beneficiaires et en font des machines à bien voter ?
    Approuvez-vous le principe de précaution qui empeche toute innovation ?
    Approuvez-vous le musèlement de la liberté d’expression, lorsque sont menacés de procés ceux qui ne suivent pas la pensée unique ?
    Approuvez-vous une démocratie où les belles promesses ne durent que quelques jours et où les élus ne sont redevables à personne de ce qu’ils font pendant 5 ans ?
    Approuvez-vous le fait que les monopoles établis puissent acheter les politiques par diverses formes de lobbying, au détriment des nouveaux entrants ?
    Voila quelques-unes des questions qu’il faut se poser, et surtout trouver la voie pour sortir de cette situation dangereuse pour nos enfants et petits enfants.
    Peu importe que cela s’appelle du Chiraquisme, du Sarkosisme, du hollandisme ou du socialisme.
    Peu importe que l’on soit libéral, conservateur ou libertarien.
    L’essentiel est de lutter pour que la liberté et la responsabilisation de chacun reviennent au devant de la scène politique et économique, alors qu’actuellement l’égalisation par le bas et la déresponsabilisation sont portées aux pinacle de la pensée unique.

  • Celui qui parle de socialisme en ce qui concerne le déclin romain se trompe bien évidement…Mais de collectivisme au sens plus large, de dirigisme là c’est indéniable. Il suffit de voir l’organisation administrative des territoires romains sur la fin (la pléthore de fonctionnaires), des anecdotes qui en disent long : l’obligation de reprendre le métier du perd, l’interdiction de quitter son job, les routes commerciales que l’on faisait et défaisait en fonction d’intérêts particuliers divers et variés.

    Nous subissons une décadence similaire, j’en suis convaincu. Je pense même que ces cycliques, après quelques siècles la meilleure organisation possible succombe au poids des « aménagements », apportés de génération en génération d’intérêts particuliers.

    Un conservatisme ne pourra juste que freiner de tels phénomènes inéluctables.

  • Une analyse très intéressante mais dont je ne partage pas les points essentiels. Mais peut-être n’ai-je pas tout compris? Grosse fatigue et peu de temps.

    La Cité telle que définie dans l’antiquité (=communauté de citoyens), l’ordre social et leurs finalités n’ont jamais été méprisé, pas plus à présent. La Cité et leurs finalités ont tout simplement évolué avec le mutation de l’environnement (leur époque) et surtout l’évolution de l’homme. Car au fond tous les penseurs cités ont basé leur réflexion sur la conception qu’ils avaient au préalable de l’homme pour ensuite le définir comme citoyen, puis chercher le cadre de gouvernance le plus adapté à cette finalité de bien commun et de bonheur. Ainsi Aristote disait dans Ethique à Nicomaque que «Personne ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul, car l’homme est un être politique et naturellement fait pour vivre en société», il n’a donc nul besoin d’un ordre social pensé puisque celui-ci est un effet de l’homme lui-même. Quant à Jean Jacques Rousseau, dans Discours sur les Origines et les Fondements de l’Inégalité parmi les Hommes, il disait «Qu’il sache que l’homme est naturellement bon, qu’il le sente, qu’il juge de son prochain par lui-même ; mais qu’il voie comment la société déprave et pervertit les hommes» et préconisait un contrat social pour protéger l’homme de toute dérive de la société par des droits et devoirs réciproques. Thomas Hobbes dans Leviathan disait que «Il peut paraître étrange au lecteur qui n’a pas bien pesé tout cela, que la nature ait ainsi séparé les hommes et leur donné cette tendance à s’entr’attaquer et à s’entre-détruire» et d’en déduire que les lois s’imposent car «Tant que les lois n’ont pas été faites, les hommes ne peuvent les connaître». De l’antiquité à nos jours, toutes les réflexions reposent sur la définition que chacun a eu à son époque de l’homme et donc du citoyen car la finalité du bien commun se fait par un ensemble d’hommes qui ont changé au fil du temps, de même que leur rôle de citoyen.

    Quant à dire que «l’État est une invention de l’époque moderne» c’est vite oublié son apparition dans l’antiquité. Dans son livre La Politique Aristote en parlait déjà «C’est l’amitié qui porte les hommes à la vie social? Le but de l’Etat c’est le bonheur de la vie. Toutes ses institutions ont pour fin le bonheur. La cité est association de familles et de bourgades pour jouir d’une vie parfaitement heureuse et indépendante. Mais bien vivre selon nous, c’est vivre heureux et vertueux; il faut donc admettre en principe que les actions heureuses et vertueuses sont le but de la société politique et pas seulement de la vie commune». Non seulement il parlait de l’Etat mais de plus de ses «institutions».
    Une même autorité pour tous les citoyens. L’État, en tant que communauté politique rassemblant des gouvernés sous une même autorité, existe depuis l’Antiquité. Que son concept ait évolué, certes. Mais il en va de même de l’homme. Et toute notion de citoyen repose avant tout sur la conception de l’homme et donc influe sur la conception de l’Etat. Effectivement avec le temps la Cité, où l’aristocratie régnait au détriment des femmes, et pratiquait l’esclavage, c’est transformé en royaume avec un souverain et des nobles qui ont pris le relais. L’Etat a toujours étaient au mains de quelques uns et chacun a voulu imposé un ordre social aux autres. C’est le libéralisme qui en a donné une autre vision: un Etat au service des «tous» les citoyens, de la Nation, en respectant leurs libertés individuelles. Libertés individuelles, une expression inexistante dans l’analyse.

    Le libéralisme n’a pas déformé le principe de la Cité. Il a fait mieux que ceux qui pratiquaient l’ostracisme et l’esclavage, et a donné une cohérence économique et sociale en adéquation avec son fondement: le respect des libertés individuelles, la souveraineté de chacun. Ce n’est pas le libéralisme qui «a accéléré le développement de l’État», Bien au contraire. Ce sont les socialistes qui se sont inspirés de la devise des rois «l’Etat, c’est moi» en centralisant tout, même nos vies privées, en devenant sa propre finalité. Les étatistes en tout genre n’ont guère fait mieux. Et que propose le conservatisme? Une politique avec un ordre social. Quel ordre social? Un ordre social est un concept de masse qui par le mot «ordre» s’impose à tous. Une antinomie au libéralisme. Le libéralisme, à l’image de Aristote, fait confiance aux individus (un peu moins car il admet des faiblesses) et minimise le rôle de l’Etat à certaines fonctions dites à présent «régaliennes» telle que la Justice. Le conservatisme=concret et le libéralisme=abstrait n’est que conjecture qui ne tient pas compte des fondements du libéralisme et en plus ne développe pas ceux du conservatisme.

    C’est l’absence de définition consensuelle pour les libéraux d’un mode de gouvernance moderne, et adapté aux défaillances humaines du monde contemporain, qui offre au conservatisme une voie pour tenter d’y apposer leur cadre social, leur organisation de vie. Tant que celle-ci ne tend pas à vouloir être imposée, il n’y a pas d’incompatibilité avec le libéralisme. Dans le cas contraire, c’est une atteint à la vie privée, aux libertés individuelles. Nous sommes à présent au XXIe siècle et si les précurseurs du libéralisme étaient pour certains des conservateurs et ont su s’extraire du conservatisme pour privilégier les libertés individuelles, ce n’est pas pour qu’à présent des conservateurs créer des limites au libéralisme avec un conservatisme qui reste d’ailleurs à définir.
    Le bien commun pour les libéraux se construit par l’apport de chaque individu tandis que pour certains conservateurs il émane d’un ordre social établi… par eux.

    • A votre décharge, le conservatisme n’existant pas en France, on ne sait pas ce que c’est. Voici un très bon article pour mieux l’appréhender :

      http://www.contrepoints.org/2013/07/30/132637-liberal-parce-que-conservateur

      • « Le » conservatisme n’existe pas. L’article que vous citez amalgame le conservatisme de tradition américaine avec « le » conservatisme, c’est d’ailleurs sa grosse faiblesse et cela réduit considérablement sa portée.

        La tradition conservatrice dominante en France, c’est la réaction catholique de Maistre, Bonald puis Maurras ; elle n’a pas grand chose à voir avec le libéralisme, en opposition auquel elle s’est construite.

  • Je dois être trop con pour comprendre où l’auteur veut en venir.

  • Conservateur, du verbe conserver (les privilèges, l’ordre établi, les injustices…). ⓋΔ

    • je manque des références interessantes de certains commentaires, pour raffiner mon sentiment, mais je ne comprends pas comment on peu se dire clairement ou non conservateur, à part dans les confitures. Il y a des choses à conserver (la vie) et d’autres à détruire (la médiocrité). On ne saurait être vaguement conservateur comme on ne peut être vaguement destructeur.

      • Je pense qu’il s’agit de conserver le contexte, le cadre de l’action : figer les lois et chercher à mieux les appliquer, figer les organisations et les hiérarchies aussi.
        Le sport en est sans doute l’idéalisation : les règles sont arrêtées pour permettre à tous de jouer avec. Après il y a plusieurs degrés de conservatisme : certains ne s’occupent que des règles et de la neutralité de l’arbitre, d’autres considèrent qu’il faut interdire les modifications technologiques du ballon et des crampons, certains considèrent qu’il faut garder un seul arbitre d’autre que la vidéo permet d’améliorer l’application de la mission de l’arbitre avec plus d’authenticité.

      • Historiquement, « conserver » signifie aussi « respecter ». Mais il ne faut pas faire une fixette sur le sens commun du mot « conservateur » alors qu’il est utilisé ici dans son sens politique. Ce serait comme ne pas comprendre comment quelqu’un peut se dire libéral en prenant le sens du libéral de « profession libérale ».

        Historiquement, « conserver » signifie aussi « respecter ». Les conservateurs sont liés à une tradition de pensée, pas à un mot du dictionnaire. Le conservatisme se comprend dans son opposition au rationalisme du XVIIIè siècle et aux tentations de la table rase que celui-ci engendre, et marque un certain retour au réalisme (philosophiquement parlant). Voir le commentaire de F.mas pour réaliser qu’il y a une tradition libérale conservatrice.

    • Les libéraux sont pour la liberté (du renard dans le poulailler, d’exploiter les pauvres, …).

      Voilà, on a bien philosophé. D’autres caricatures à faire ?

  • C’est un article très intéressant. Mais c’est là que le libéralisme tourne en rond.

    Il est une philosophie du droit politique et non une philosophie de la pratique politique. Cela crée un problème éternel. Le gouvernement est unité de temps , de lieux et d’action (comme au théâtre) il suit rarement l’éthique du droit mais plus une histoire du droit et des rapports politiques sur lequel il bâtit une convention et rationnalise a posteriori ces décisions.

    • Chapeau à l’auteur. Il y a des structures de phrases qui prêtent me semble-t-il à confusion dans la compréhension du message, mais je salue l’auteur pour son soucis pédagogique de nous faire comprendre la différence entre la compréhension antique et moderne de l’Etat et de la Cité.
      Au fond si je comprends bien, libéralisme et Etat dans sa forme moderne sont deux conceptions issues d’une compréhension moderne du monde dans laquelle la raison et la rationalisation sont l’alpha et l’oméga de toute réflexion. L’homme antique n’était pas forcément plus libre ou moins libre qu’aujourd’hui, mais libre différemment. Son rapport à la Cité/l’Etat était différent.
      Il y aurait sûrement beaucoup à dire car ces réflexions peuvent servir de pistes fructueuses, mais si l’on doit comparer les bienfaits/méfaits du monde antique et du monde moderne, je dirais entre autre les choses suivantes :

      – Dans le monde antique, la compréhension du droit ne posait pas d’inconvénient à l’existence de l’esclavage. Dans le monde moderne, c’est plus difficile à concevoir.
      – Dans le monde antique, les projets des Cités étaient réalistes et modestes. Le monde moderne a inventé l’émancipation de l’individu, les droits de l’homme mais aussi le socialisme (revers de la même médaille) et la possibilité des massacres de masse.

      Corrigez moi si je me trompe.

      Face aux dérives d’un monde moderne conçu à la lumière de la raison triomphante, il me semble également salutaire de se rappeler au bon souvenir des vertus du conservatisme et de la conception antique de la liberté.
      Si l’on devait revoir sous l’angle de la conception antique les rapports Individu/Etats, on pourrait dire que la vie politique dans la Cité n’a pas pour but unique le bien commun, mais plutôt la conciliation du bien commun avec la réalisation personnelle, sans nier les limites que l’un des deux buts pose à l’autre lorsque leur mise en oeuvre impliquent des effets concurrents. L’émancipation individuelle ne doit dans tous les cas pas être poussée à un point tel que la stabilité globale de la société fut menacée (la prudence des conservateurs).
      Pour mettre tout le monde d’accord cela fait belle lurette que la raison n’est de toute façon plus maître à bord dans nos démocraties.

  • J’admire l’érudition et l’agilité intellectuelle, qui confine quelquefois à l’acrobatie.
    Sans reprendre la discussion point par point, je voudrais faire quelques commentaires

    1, La notion hobbesienne ou rousseauiste d’état de nature est purement fictive, L’espèce humaine a évolué à partir d’hominidés vivant déjà en société comme les babouins ou les chimpanzés aujourd’hui, Le point de départ de l’évolution des sociétés humaines est la horde primitive, dotée de structures sociales déjà élaborées et non la simple juxtaposition d’individus autonomes.
    La notion de contrat social entre individus est donc elle aussi purement fictive, De toute façon, un contrat n’engage que ceux qui y adhèrent explicitement. Les théories du contrat social telles que proposées par Hobbes et Rousseau sont sans valeur, et ne sont certainement pas libérales.

    2, Associer Hobbes et Locke est un peu fort de café, Le premier dit que les individus doivent remettre tous leurs droits au souverain, le second que chaque individu est souverain de lui-même. Des deux, seul Locke est authentiquement libéral. Hobbes n’est pas le fondateur du libéralisme, mais du totalitarisme. Personnellement, je refuse de ranger Hobbes parmi les libéraux.
    Dire « Hobbes a ouvert la voie au totalitarisme » est exact, mais dire « avec Hobbes, le libéralisme a ouvert la voie au totalitarisme » est grossièrement faux, et il en est donc de même pour toute la thèse, qui fait le fond de l’article, selon laquelle l’État est le produit du libéralisme.
    De la même façon, il suffirait de considérer tout aussi arbitrairement que Keynes est libéral (comme je crois il l’a prétendu) pour affirmer que l’interventionnisme monétaire des gouvernements est le produit du libéralisme.
    3. Je trouve tout le développement sur le droit particulièrement confus, A mon avis, l’auteur nourrit la « grande confusion » en tombant dans le travers qu’il dénonce : le changement du sens des mots.
    Le « droit naturel » des libéraux classiques est très simple. Il se résume au droit pour chaque individu de déterminer ses propres actes et s’exprime encore mieux sous sa forme négative, l’interdiction faite à tout individu d’imposer sa volonté à un autre. (Diderot : « aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres »). Ce droit (naturel) n’est pas un pouvoir mais l’affirmation simultanée d’une liberté et d’une interdiction qui en est l’autre face.
    Certes, LE droit n’est pas naturel, mais il existe des droits naturels. Il ne faut pas confondre LES droits naturels, c’est à dire un (petit) nombre de principes bien précis qui au fond se résument à un seul, avec LE droit (naturel ou non) entendu comme la collection de toutes les règles applicables aux relations entre individus à un moment donné, quelle qu’en soit l’origine.

    4. Oui, Adam Smith s’intéresse à la richesse des nations, mais pour conclure que la richesse des nations n’est pas autre chose que celle des individus, et qu’elle est d’autant plus grande que l’État n’intervient pas. Il ne donne à celui qui gouverne qu’une seule technique de gestion : ne pas intervenir dans l’économie.

    5. La critique de la position libertarienne n’est qu’une diatribe sans véritable argumentation.

    • Je vous remercie pour cette critique intéressante. Pour éviter de traîner en longueur, permettez moi de répondre sur les points 2 et 3 seulement. Les critiques que vous y faites me semblent souffrir de la même erreur.

      Il me semble très facile, aujourd’hui, avec nos yeux de libéraux contemporains qui avons une expérience évidemment plus longue des produits de la Modernité que les modernes eux-mêmes, de constater certains errements dramatiques que nous leur devons, comme le totalitarisme, et donc de les disqualifier complètement dans le cadre de notre philosophie libérale.

      Il faudrait voir à ne pas refaire l’Histoire simplement parce que la poursuite de certaines voies a échoué. Dire de Hobbes qu’il est le précurseur du libéralisme, c’est tout sauf arbitraire. Sa conception individualiste de la politique, sa reconnaissance qu’il existe des droits naturels qui définissent la liberté des individus, sa volonté de fonder le Leviathan dans le but de préserver la sécurité des individus afin qu’ils puissent se développer, commercer, prospérer, tout cela en fait bien un précurseur du libéralisme, une philosophie sans doute imparfaite mais qui constitue une piste explorée par les libéraux, Locke en premier. Les mouvements de la pensée sont lents et un nouveau « système de pensée » ne tombe pas du ciel en un jour du cerveau d’un auteur unique (contrairement à ce que peut laisser croire une vision trop rationaliste de la philosophie politique).

      l y a quelque chose de nouveau chez Hobbes dans l’histoire de la pensée (à un moment où par ailleurs, se développent gouvernementalité et son outil, la police, comme quoi…), c’est ce désir de sécurité pour permettre aux hommes de prospérer, et il me semble bien que ceci est un leitmotiv que les libéraux s’approprieront, et que bon nombre en font une mission primordiale de l’Etat.

      Votre critique sur le droit naturel souffre d’un travers de même nature. Que le droit naturel des libéraux classiques soit très simple, je n’en doute pas une seule seconde, et j’en comprends bien la définition. Dire que les droits naturels sont « l’affirmation simultanée d’une liberté et d’une interdiction qui en est l’autre face », c’est très exactement ce que j’écris : un pouvoir de l’individu et aussi un commandement, un impératif.

      Seulement voilà, cette philosophie des droits naturels n’est pas tombée sur la terre du jour au lendemain elle non plus. Elle a une très longue gestation, et résulte de bon nombre de confusions. L’usage du mot « droit » pour signifier son exact contraire, à savoir une interdiction, un commandement, bref en un mot, une LOI, mérite que les libéraux soient un peu plus curieux des racines des concepts qu’ils utilisent. Et en l’occurence, il y a eu une philosophie du droit naturel avant les libéraux, une philosophie qui commence avec Aristote et qui a été perfectionnée dans la pratique par les Romains, puis restituée par Saint-Thomas d’Aquin. C’est chose aisée de dire que les libéraux ne confondent pas leurs droits naturels avec le droit naturel classique, mais enfin on pourra trouver rien que sur Contrepoints une bonne quantité d’articles où l’alpha et l’omega des relations juridiques et de la justice sont les droits naturels. Je vous renvoie vers mes articles sur le sujet cités dans l’article, et surtout vers Michel Villey, La Formation de la pensée juridique moderne.

      • d’accord, Hobbes est parti d’idées, nouvelles pour l’époque, qui sont d’essence libérale et qui ont été reprises par Locke entre autres. Mais à partir de là, il s’est aussi livré à un raisonnement qui l’a conduit à des conclusions qui, elles, sont profondément totalitaires. Et je parle ici d’un « mouvement de la pensée » à l’intérieur d’une seule et même œuvre. Mais pour définir la postérité d’un auteur, il faut tenir compte de l’ensemble de son œuvre, et même surtout de ses conclusions.
        Ce qui me rend sensible à cette question, c’est qu’il existe aujourd’hui un fort courant antilibéral qui s’appuie sur Hobbes (entre autres) pour « démontrer » que le libéralisme conduit nécessairement à une société policière.

        Sur le droit, j’avoue que je n’arrive pas à déterminer si nous sommes vraiment en désaccord ou si nous disons la même chose de façon différente (d’où mon accusation de confusion). Admettons que c’est la deuxième hypothèse qui est la bonne.

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