Révoltes contre la cleptocratie en Bulgarie

Que se passe-t-il en Bulgarie ? Pourquoi ces révoltes populaires ? Y a-t-il un parallèle avec la Grèce ou l’Égypte ?

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Révoltes contre la cleptocratie en Bulgarie

Publié le 5 août 2013
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Que se passe-t-il en Bulgarie ? Pourquoi ces révoltes populaires ? Y a-t-il un parallèle avec la Grèce ou l’Égypte ?

Par le professeur Stefan Kolev de l’Université de Zwickau (*).

La Bulgarie étant un pays relativement petit à la périphérie de l’Europe, elle bénéficie rarement d’une importante couverture médiatique internationale. Les choses ont changé le 24 juillet : des images inquiétantes de la capitale, Sofia, étaient omniprésentes dans les médias européens comme américains. Les faits étaient effectivement inquiétants : la veille au soir, la police avait exercé de graves violences à l’encontre de manifestants qui avaient encerclé le bâtiment du parlement national. Comment comprendre ces événements récents ?

Il y a plus de 40 jours, des manifestations de masse ont commencé à se produire quotidiennement à Sofia. Les participants, dont de nombreux étudiants et lycéens s’organisant par l’intermédiaire de divers médias sociaux, ont été consternés par des nominations douteuses à des postes administratifs élevés par le nouveau gouvernement. La plus frappante a été celle d’un magnat des médias notoire de 33 ans à la tête de la puissante agence des renseignements interne. Cela, à côté d’autres mesures similaires, a été interprété comme un symptôme évident du lien inextricable entre la classe politique et les milieux d’affaires à moitié légaux.

Les manifestations qui ont suivi sont en grande partie non-partisanes, puisque la plupart des manifestants refusent d’être liés au parti d’opposition au parlement et accusent l’ensemble de l’establishment politique d’être mêlé aux pratiques de corruption. Sans doute le terme de « cleptocratie » (comprise comme synonyme plus élégant de « copinage ») décrit-il correctement le système en place : ces vingt-trois dernières années, le comportement caractéristique de la plupart des administrations a en effet été de s’enrichir sans scrupule au détriment du public.

La transition de la Bulgarie a été un processus très complexe. Tout a commencé à la fin de 1989, lorsque, contrairement aux pays d’Europe centrale comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie, l’élite communiste a elle-même fabriqué le renversement de l’ancien régime, le remplaçant très subtilement par de nouvelles structures dans lesquelles les anciennes figures du parti communiste et de ses organisations filiales réussirent à conserver d’importants « leviers de commande » à la fois dans le système politique et l’économie. L’ancien parti communiste changea son nom en Parti Socialiste Bulgare (principal partenaire de la coalition du gouvernement actuel).

Certains des dirigeants changèrent aussi, mais contrairement à la plupart des anciens partis communistes en Europe centrale, le PSB ne s’est jamais vraiment transformé en une entité sociale-démocrate de type ouest-européen. Les réminiscences du « bon vieux temps », lorsque la Bulgarie était le plus fidèle satellite soviétique, demeurent présentes dans la rhétorique du parti.

Bien sûr, le tableau d’ensemble n’est pas uniformément sombre : suite à l’hyperinflation dévastatrice de 1996/1997, la Bulgarie a connu quelques succès macroéconomiques notables. En 1997, le FMI a contribué à installer un currency board, arrimant le lev au mark allemand, puis à l’euro, permettant depuis la stabilité monétaire.

La dette publique a diminué de façon spectaculaire, actuellement à 18% du PIB, soit parmi les plus faibles dans l’UE. Voilà d’ailleurs un accomplissement que les économistes et les manifestants bulgares voient menacés par de nouvelles propositions budgétaires du gouvernement et des plans réactivées pour construire une nouvelle centrale nucléaire dirigée par les conglomérats russes. En outre, la Bulgarie a un des taux d’imposition les plus bas de l’UE, une taxe forfaitaire de 10% sur le revenu des particuliers et un taux de 10% sur le revenu des sociétés.

Cependant, aucun des gouvernements précédents n’a réussi à casser le lien entre les structures mafieuses dans les grands secteurs de l’économie et la classe politique, en dépit des tentatives de l’UE (quelque peu sporadiques et souvent inefficaces) d’exercer des pressions extérieures après l’adhésion en 2007. La qualité des institutions est donc faible, même en comparaison à ses voisins directs. Ainsi, après la fin de la bulle immobilière qui a éclaté en 2009, les investisseurs étrangers sont devenus réticents à s’engager dans de nouveaux projets. Des améliorations modestes en 2012 n’ont pas radicalement changé le tableau.

Les manifestations en Bulgarie sont-elles uniques ? Certains commentateurs internationaux tentent des analogies avec les récents événements en Égypte ou en Grèce. Il existe des différences importantes. En Bulgarie, contrairement à l’Égypte, il n’y a pas de questions religieuses en jeu ; et il n’y a rien de comparable à la puissance de l’armée égyptienne.

Contrairement à la Grèce, on ne trouve pas de sentiments anti occidentaux dans les rues, bien au contraire : les manifestants de Sofia, rejetant toute forme de violence, se réjouissent du soutien qu’ils reçoivent des médias étrangers, des ambassadeurs de plusieurs pays de l’UE ainsi que de la Commissaire européenne Viviane Reding, applaudissant leurs déclarations peu diplomatiques à l’égard du gouvernement actuel.

Pourtant, il semble y avoir une similitude au centre des manifestations autour de la Méditerranée : l’appel à « ceux au pouvoir » à abandonner leur complaisance pseudo-élitiste. À Sofia, les manifestants de toutes générations crient clairement « Assez ! » à l’establishment des partis.

Il se pourrait que la transition bulgare finisse de manière heureuse, ce qui signifie que le pays se rapprocherait lentement de l’idéal d’un ordre libre, avec un état de droit encadrant une économie de marché concurrentielle, une démocratie qui fonctionne et une société civile dynamique. Pour être plus explicite, ce serait le contraire absolu de la transformation du pays en une petite copie de la Russie de Poutine (une vision toujours partagée chez les Russophiles d’aujourd’hui à Sofia).

Beaucoup de gens dans les rues soulignent, lors d’interviews, le rêve que la Bulgarie devienne juste un pays européen normal, peut-être avec un niveau de vie modeste comme nos anciens « frères » en Europe centrale. Est-ce utopique ? Les semaines et les mois à venir pourront s’avérer décisifs pour répondre à cette question.

Sur le web.

(*) Stefan Kolev enseigne à l’Université de Zwickau et est directeur général de l’Institut Wilhelm Röpke à Erfurt, en Allemagne

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  • On ne voit vraiment aucune grosse différence entre la Bulgarie et la France. « L’administration qui s’enrichit au dépend du public », Vous croyez que seuls les bulgares sont témoins d’un tel comportment cleptocratique? Amis bulgares, venez en France pour voir comment ce système est poussé à un niveau qu’on peut qualifier de « grand art ».

  • Avoir laissé la Bulgarie rejoindre l’Europe est la démonstration du mépris de la démocratie et du bien être des peuples. Ceux-ci peuvent bien être asservis, détroussés, moqués, nos eurocrates ouvriront grands leurs bras aux responsables.

  • Le plus grand danger est le risque de démagogie monétaire (fin du curency board) et de démagogie fiscale avec l’instauration de taux prohibitifs!Quand à la corruption SVP inspirez vous de la Nouvelle -Zélande un des pays les plus libéraux de cette terre!Quand aux aides sociales connaissez vous l’impôt négatif?

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