Tu seras bienvenu chez moi…

Le Droit Au Logement réquisitionne le logement d’une octogénaire et n’envisage pas vraiment de le lui rendre. La propriété, tout le monde s’en fout.

Le droit au logement s’étend désormais aux logements occupés. On ouvre votre porte, change la serrure, et on installe chez vous quelqu’un d’autre.

Ce n’est sans doute pas légitime, sans doute pas légal, mais c’est ce que font aujourd’hui les militants du Droit Au Logement. Pleins d’empathie et de compassion pour les mal-logés, un peu moins pleins d’empathie et de compassion pour les octogénaires, ils ont investi un logement non vacant dont la propriétaire avait eu le malheur de s’absenter quelques semaines. Lors de son retour à Bordeaux, son immeuble était occupé par des Bulgares.

Pour son avocat, Odette Lagrenaudie est victime du DAL (Droit au logement), une association indépendante s’occupant des sans-logis et des personnes expulsées. Ce seraient eux qui auraient décidé de « réquisitionner » le logement de la personne âgée pour y installer les deux familles bulgares sans logis ni titres de séjour. L’avocat va même plus loin, et accuse le DAL d’avoir forcé la porte de l’appartement pour y installer les sept personnes, tout en négligeant les preuves de son occupation. « Il restait tous les meubles de ma cliente, ainsi que de la vaisselle dans les placards. »

Une version que le DAL conteste. Selon l’association, l’immeuble présentait tous les signes d’un logement abandonné. « La porte d’entrée du bâtiment était ouverte depuis plusieurs semaines, et il ne restait presque aucun effet personnel à l’intérieur. Il n’y avait pas de vêtements dans les penderies et les pièces à vivre portaient de nombreuses marques de vétusté », explique Raphaëlle Reix, militante du Droit au logement. Suffisant pour décider d’y installer ces familles sans solution d’accueil. Un empressement dont la militante s’excusera tout de même face à Odette Lagrenaudie, lui assurant ne pas l’avoir fait « à son encontre », persuadée que l’immeuble était abandonné.

Logement un peu vide et un peu vétuste : pouf, réquisition !

Inutile de s’attarder sur la bêtise sans nom des militants, qui ne prennent pas le temps de vérifier que le logement est inoccupé. Se renseigner auprès des voisins aurait sans doute pris trop de temps, et l’urgence était grande : les familles bulgares n’avaient pas de solution d’accueil.

C’est maintenant la propriétaire qui est sans solution d’accueil ; elle loge à l’hôtel. La propriété privée n’est pas vraiment sacrée, après tout. Sans doute y a-t-il des millions de mal-logés dans le monde, auxquels le DAL sera ravi d’offrir votre logement pendant que vous partirez en vacances – surtout si vous emportez avec vous vos vêtements et que le logement paraît presque vide.

La récupération politique est presque aussi rapide qu’à la mort d’un antifasciste violent à la sortie d’une vente privée.

Ambiguïté de la préfecture. Pour Fabien Robert, maire-adjoint du quartier, cette histoire ubuesque est une conséquence directe du manque de cohérence de la préfecture, qui a choisi de ne pas accorder de titre de séjour à cette famille sans pour autant l’expulser du territoire français.

Il s’agirait d’une conséquence de la décision de la préfecture, qui aurait le choix seulement entre accorder un titre de séjour et expulser du territoire. Le DAL ne semble même pas envisager de demander à ses nouveaux amis bulgares de quitter les lieux pour rendre son logement à sa propriétaire – ce qui semblerait logique à toute personne sensée.

Il semblerait que le bon sens a disparu. On peut expulser le propriétaire d’un logement, mais pas ses occupants aussi illégaux qu’illégitimes. On peut se prendre de compassion pour des mal-logés, mais pas pour une octogénaire expulsée.

Il faut attendre d’être nonagénaire et expulsée d’une maison de retraite privée pour attirer un peu de compassion. Mais quand on est seulement octogénaire, on ne peut pas espérer retrouver son logement en l’état, ou conserver le chauffage l’hiver quand on tente de produire soi-même un peu d’électricité. L’âge n’est pourtant pas le critère qui détermine la compassion ; ce critère, c’est la propriété dans certains cas ou l’obéissance à l’État.

Tout, si on le fait pour des démunis, devient moral. C’est le beau credo de la morale altruiste ; on en vient presque à se demander si les militants du DAL n’ont pas tenté de soutirer une petite larme de pitié de l’octogénaire pour les nouveaux occupants. Comprenez, en plus d’être mal logés, ils n’ont rien à faire là et ont fait un long chemin pour enfin pouvoir loger chez l’habitant, sans l’habitant.

La propriété vous placera donc systématiquement du mauvais côté de l’empathie, du mauvais côté du jugement. Que certains principes moraux et droits inaliénables soient bafoués ne pose plus vraiment problème, et les médias seront sans doute plus sensibles au délogement des nouveaux occupants qu’au sort de la vieille dame.

Le collectivisme nouveau est arrivé, celui de militants pleins de ferveur et convaincus de la justice de leur action qui remettent en cause les droits individuels pour donner la priorité à leur conception de la morale. Tous auront le sentiment d’obéir à une justice supérieure quand ils arrachent des plants de maïs ou réquisitionnent des logements occupés, certains n’hésiteront pas à manifester contre un ennemi fasciste fantasque qu’ils incarnent mieux que quiconque, à affronter la police pour dénoncer la violence.

Ils ont raison : ce qui compte dans la bataille des idées, c’est la cohérence. Les plus collectivistes, les plus violents et les plus actifs, l’emporteront sur les collectivistes modérés qui veulent bien qu’on leur prenne plus de la moitié de ce qu’ils produisent, mais aiment retrouver leur logement dans l’état où ils l’ont laissé.

Espérons tout de même que les vacances des Français seront bonnes, et que la plupart d’entre eux retrouveront leur logement à leur retour.