Avenir morose en France : quitte ou double ?

L’avenir de la France est morose. Rester ou partir ? Quitte, ou double ?

L’avenir de la France est morose. Quitte, ou double ?

Par Baptiste Créteur.

La France est en récession, le chômage augmente, la dépense publique est hors de contrôle et la dette colossale ne pourra être remboursée qu’en spoliant les citoyens, si tant est qu’elle puisse être remboursée. Il devient clair que l’avenir de la France est morose.

L’une après l’autre, les entreprises mettent la clé sous la porte. Les success stories françaises sont de plus en plus exceptionnelles. La taxation des profits a réduit la capacité des entreprises à investir et, surprise, elles ne sont plus compétitives. La redistribution aplanit les revenus et, surprise, c’est la classe moyenne qui prend. Innovation et investissement se raréfient, et les offres étrangères qui permettraient d’impulser une nouvelle croissance dans les quelques entreprises françaises à succès sont refusées, non par leurs propriétaires et fondateurs, mais par le gouvernement. Quelques ministres décident de l’avenir d’entreprises qu’ils n’ont pas créées ni gérées, qui ne leur doivent rien, mais avec lesquelles ils ne peuvent s’empêcher de jouer – l’un des seuls jouets à leur portée qui ne soit pas trop abîmé ou usé.

Concrètement, la France va s’enfoncer ou chuter ; à un rythme difficile à déterminer, elle va s’essouffler, perdre pied, et ce qu’on appelle poliment en économie « ajustement » ne pourra en France se faire sans heurts. Le retour à la réalité et à des principes cohérents avec celle-ci sera nécessairement douloureux pour une partie des Français, à qui on devra expliquer que personne ne leur offrira l’accès à tous leurs désirs illégitimes ou de protection contre tous les risques de la vie. On devra leur expliquer qu’il n’y a rien de gratuit, que les interactions humaines sont décidées par les individus et pas par l’État, qu’on ne peut pas plus « relancer la croissance » qu’on ne peut « inverser la courbe du chômage ». C’est possible en quelques mots, étrangement peu utilisés en français : « There is no free lunch« .

Il faudra donc expliquer aux Français que l’État-providence n’est pas simplement un joli bouton sur lequel on appuie et qui donne automatiquement à tous des droits sympathiques ; la « solidarité » sur laquelle il repose n’est pas offerte par l’État, mais réalisée par lui avec la richesse de ceux qui en produisent. Il y a de très belles citations sur le sujet [1], mais si on veut que les Français comprennent bien comment les choses fonctionnent dans la vie, quelques mots suffisent : « If you want a guarantee, buy a toaster ».

Les Français, après des décennies de martèlement, sont désormais convaincus que les richesses sont destinées à être redistribuées avant tout ; ils ne comprennent pas plus le concept de propriété privée qu’ils n’en acceptent les implications. La réussite crée des devoirs envers tous ceux qui n’ont pas réussi et ne force ni l’admiration, ni le respect ; au mieux, celui qui réussit s’en est bien tiré en ayant bénéficié de conditions favorables. Jamais le talent individuel n’entre en compte ; l’égalité poussée trop loin (i.e. au delà de l’égalité des droits) n’admet pas que nous puissions être différents, sauf pour tenter d’imposer toujours et partout une improbable diversité. La lutte contre les discriminations est devenue une lutte pour les discriminations forcées.

Tout ce système de redistribution forcée repose sur l’hypothèse, simple mais forte, que les individus qui le peuvent choisiront toujours de produire et qu’on pourra, si ce n’est pas le cas, les forcer à le faire. Toute décision imposée par l’État est, en dernier ressort, assise sur son possible recours à la force. En clair, le système français (ou « modèle français » pour les fans) repose sur l’idée que les producteurs de richesse produiront de quoi redistribuer. Et pour les Français un tant soit peu ambitieux, cela veut dire que, s’ils restent en France, ils seront forcés de contribuer à ce système. Qui ne pourra qu’exiger d’eux de plus en plus.

La bonne nouvelle, c’est qu’en faisant tourner un planisphère et en arrêtant leur doigt au hasard, ils tomberont difficilement sur un pays moins libre.

Le degré de liberté n’est pas le seul critère à prendre en compte, mais il est étrangement corrélé avec le développement, la richesse produite par habitant et des tas d’autres critères sympathiques. Compte tenu de la situation du marché de l’emploi en France et de la facilité d’y créer, gérer et développer une entreprise, il ne sera pas difficile de faire mieux ailleurs. Mais attention, on n’a rien sans mal. Les jeunes Espagnols s’en plaignent déjà : partir, c’est dur. Et Contrepoints l’a déjà bien expliqué : on a tous de bonnes raisons de rester. Mais au regard de ce qui attend les Français, le choix est assez simple : ce sera quitte, ou double.


Note :

  1. Dans la mesure où les choses dont l’homme a besoin pour survivre doivent être produites, et où la nature ne garantit le succès d’aucune entreprise humaine, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de garantie d’une sécurité économique. L’employeur qui vous donne un emploi n’a aucune garantie que son entreprise va rester en activité, que ses clients vont continuer à acheter ses produits ou services. Les clients n’ont aucune garantie qu’ils auront toujours la capacité et l’envie d’échanger avec lui, aucune garantie de ce que leur besoins, choix et revenus seront dans le futur. Si vous vous retirez dans une ferme autonome, vous n’avez aucune garantie vous protégeant des conséquences d’une inondation ou d’un ouragan sur vos terres et vos cultures. Si vous laissez tout aux mains du gouvernement et lui donnez tout pouvoir pour planifier l’économie dans son ensemble, cela ne garantira aucunement votre sécurité économique, mais garantira l’abaissement de la nation entière à un niveau de pauvreté misérable – le résultat pratique que toutes les économies totalitaires, communistes ou fascistes, ont démontré.

    Moralement, la promesse d’un impossible « droit » à la stabilité économique est une infâme tentative d’abrogation du concept de droits. Elle ne peut signifier et ne signifie qu’une seule chose : la promesse de réduire en esclavage tous les hommes qui produisent au bénéfice de ceux qui ne travaillent pas. « Si certains hommes ont le droit de bénéficier des fruits du travail des autres, cela signifie que ces autres sont privés de droits et condamnés à travailler en esclaves. »* Il ne peut y avoir de droit de réduire en esclavage, i.e. de droit de détruire les droits.

    Ayn Rand, « The Ayn Rand Letter » ; *Ayn Rand, « Capitalism: The Unknown Ideal ».