La France a-t-elle quelque chose à offrir à sa jeunesse ?

Jeunesse travail (Crédits somgestio, licence Creative Commons)

La France a-t-elle quelque chose à offrir à sa jeunesse, à ses talents et créateurs de demain ?

La France a-t-elle quelque chose à offrir à sa jeunesse, à ses talents et créateurs de demain ?

Par Aster.

Quand je regarde l’État français, je le vois se débattre dans la crisese tordre de spasmes et agripper le futur pour reculer un peu plus l’échéance de la mort. Ce passé s’accroche tellement que j’ai peur qu’il finisse par étouffer le futur. Est-ce que quelqu’un peut me dire que la France est sur le bon point de départ pour y développer les modèles de sociétés de demain ? Les business de demain ? Quoi que ce soit qui ne soit pas d’hier ? Est-ce que la France a quelque chose d’autre à offrir à la jeunesse qu’une place hypothétique dans un ministère ou un grand groupe assortie d’une évolution à l’ancienneté ?

Plus j’observe plus j’ai le sentiment que la France n’a rien à offrir à des jeunes avec de l’ambition professionnelle… Beaucoup de mots, peu de faits. Évoquons quelques symptômes.

Quelles sont les jeunes sociétés qui sont devenues grosses en France par leur talent ?

Regardons déjà dans le top 10 du CAC40 les sociétés ayant une dépendance à l’État (voir ce vieil article) :

  • Total, qui a bien été aidé par maman État pour que les ouvriers puissent continuer d’aller faire le plein.
  • Sanofi, dont les produits sont remboursés par l’État et dont Roselyne (l’intellectuelle du gouvernement précédent) avait acheté un lot de vaccins pour une histoire de rhume chelou (patriote la madame).
  • GDF Suez, ancienne entreprise publique.
  • Danone, pour lequel on considère en France que les jeux d’argent sont un secteur stratégique pour l’économie. Vous ne voyez pas le rapport ? Ça autorise l’État à s’opposer aux offres publiques d’achat (OPA des méchants étrangers en haut de forme et avec un manteau de Dracula) au prétexte que Danone est un grand acteur des jeux d’argent (puisqu’il possède le casino d’Évian).
  • BNP Paribas, dont plus de 40% du capital est public.
  • EDF, idem GDF.
  • France Telecom, idem EDF.

Si je retire les entreprises manifestement étatiques, il reste :

  • Déjà mentionné reparlons-en Danone, fondée en 1919.
  • LVMH, dont pas une des marques de l’acronyme n’a été créée après le XXème siècle.
  • L’Oréal, fondée en 1909.
  • AXA, fondée au XIXème.

Donc tout le top 10 peut revendiquer d’avoir vu passer la seconde guerre mondiale…

Je me focalise peut-être un poil sur le top 10, je vous invite à faire tout le reste du CAC, je pense que la société non issue d’un grand groupe (par joint-venture ou spin-off) la plus jeune est Cap Gemini (1967).

Si je résume, il y a soit des groupes qui ne sont au final que des ministères de l’industrie sortis du giron de l’État (pour 60% quand même) ou alors des sociétés en mode grand-père, probablement des PME que l’on n’a pas réussi à tuer à coup de règlements,  de charges, et de « sale riche« .

Ayant entendu la remarque deux fois en peu de temps, j’entends dire que l’on peut taxer les entrepreneurs, il y en aura toujours qui viendront prendre leur place. Où sont-ils ?

Mais, c’est grave ? La jeunesse veut forcément créer une boite niveau CAC40 ? Le futur c’est forcément de ne plus avoir celles-ci dans la liste ?

En soi non ce n’est pas grave tant que l’on a pas planté le reste du décor. La jeunesse s’intéresse peu à l’entrepreneuriat (si, si, je le pense). Eh oui, le futur c’est de voir du changement dans cette liste.

Le reste du décor c’est que oui, en France, pour beaucoup de diplômés et de non diplômés, avoir une carrière intéressante signifie passer dans des grands groupes. Ceci se fait naturellement en l’absence d’autres structures de tailles dites moyennes, le champ de réflexion est très court et étroit. Or aujourd’hui, ces grands groupes sont des machines conçues pour l’inertie la plus complète, ils sont peu à accepter de donner un peu d’autonomie ou de responsabilités à des jeunes (un peu de lecture pour aller plus loin). La carrière normale est de se défoncer pour être « corporate » jusqu’à enfin être vieux ou en être dégoûté avant.

Un jeune ne veut pas forcément créer une boite, même une petite PME, peut-être même que faire carrière, ça ne l’intéresse pas. Dans ce cas, la France est peut-être un pays acceptable pour lui, pas trop de risque de se faire virer, pas trop de risque de voir quoi que ce soit changer à l’horizon, un petit ascenseur bien joli. Il n’y a qu’à s’asseoir et attendre. En revanche, si professionnellement, il souhaite quelque chose, j’espère pour lui qu’il parle anglais, parce que ce pays n’a rien à lui offrir. Mais sinon, non vraiment, en l’absence d’ambition professionnelle la France n’est pas un pays trop mal. Les seules choses qui pourraient venir noircir son horizon professionnel sont l’ennui et la récession. Pour l’ennui, il y a le Prozac et le pinard, c’est légal et ça fait tourner l’économie, pour la récession en revanche je n’ai rien à conseiller.

Quant au CAC 40 et au futur, oui, je pense que oui, cette liste devrait bouger. Conditionnel, conditionnel parce qu’on fait tout pour qu’elle ne bouge pas. On empêche nos vieilles industries de mourir et, pour cela, ne nous mentons pas, tous les prétextes sont bons. Le plus tendance en ce moment c’est le prétexte des emplois, Arnaud Montebourg est un préservatif de plus d’1m80 (l’égo de Sarkozy pourrait y rentrer) et il préserve quoi, il préserve des z’emplois. Remarquez la sémantique « préserver », tout le monde à arrêté de parler de création d’emplois, on a fait une croix sur le sujet, on attend que Superman vienne redresser les usines. Quand l’idée n’est pas de sauver des emplois on parle simplement de « risque systémique », ce risque suprême de venir toucher la pierre angulaire de notre château de cartes mode Louis XIV.  Malheureusement, je pense que l’idée de destruction créatrice est vraie et sans destruction point de création.

Sans mal point de bien

Le passé est passé, mais j’ai l’impression de vivre avec une carte postale des Trente Glorieuses collée sur mon frigo. Comme si l’euphorie économique, externalité positive d’une des guerre les plus destructrices qu’ait connue l’humanité, pouvait revenir à coût de « bonus écologique », « Crédit Impôt Recherche » ou « Plan de Sauvegarde de l’Emploi »… Les politiciens jouent avec l’économie du pays comme des gosses avec leur jeu vidéo. Ils ont dans l’idée qu’il faut sauver les vieilles industries, sauver les vieux emplois, seulement c’est avec votre argent que l’on renfloue. On renfloue les banques, on renfloue PSA, on fait le VRP et on négocie des projets pour Airbus, des projets pour Alstom, des projets pour EDF. Ce n’est même pas une entreprise qui est malade, c’est le système, ce système qui veut que sa priorité numéro 1 soit de se sauver lui-même. La mort par l’invariance.

La mort d’une entreprise, d’un pan de l’économie, c’est comme la mort d’un être humain. Elle nous fait peur, on veut la repousser le plus loin possible, mais au final ce n’est pas la vie que l’on prolonge mais l’agonie.

Mais non, le problème c’est la crise !

Mais non, le problème ce n’est pas la crise, la crise c’est le symptôme, la crise c’est le coup de pelle en plus, celui pour finir le travail.

L’ambiance internationale met beaucoup de pays du monde dans le marasme qu’ils se sont construits eux-mêmes. Les prélèvements obligatoires ont augmenté en pourcentage selon Bercy de 50% (de 30% à 46% du PIB) depuis les années 70 (confiez le calcul à d’autres, je pense que l’on peut atteindre facilement les 80%). Que l’on ne me raconte pas que cela paye des services parce que je ne suis pas persuadé que le niveau du service public ait explosé depuis 1970…

Ce qui était jouable en pleine euphorie économique ne l’est plus aujourd’hui.

On dit quoi à un jeune sans futur alors ?

Il y a plein de choses à dire à un jeune sans futur.

Si vous vous sentez moralisateur, suggérez lui qu’il aurait dû faire plus d’études, n’importe quoi à n’importe quel prix (avec un crédit si possible), ça lui aurait certainement été plus utile. L’utilité principale aurait été que ça lui aurait sucré quelques années au chômage, ça change pas grand chose in fine mais sur du court terme ça dépanne comme disait Lionel.

Si vous vous sentez un poil cynique vous pouvez lui expliquer que le SMIC est vraiment la plus belle des protections qu’on puisse lui offrir. Vous oublierez de lui expliquer que c’est aussi la meilleure garantie de s’assurer que le travailleur non qualifié soit surtout sans emploi.

Si vous vous sentez vieux et parisien, dîtes lui que de toute manière, même si vous ne savez pas trop comment il va payer son loyer vous êtes content de toucher votre retraite par répartition, que quelqu’un cotisera à son tour pour lui dans 40 45 60 70 ans. S’il demande la date exacte, dîtes lui que l’on attend d’avoir un système à l’équilibre, on lui dit après.

Si vous avez un poste bien au chaud n’importe où, dîtes lui qu’il ne faut pas qu’il s’en fasse, on a des droits dans ce pays. Le droit du mec qui a un travail, c’est de le garder, quelle qu’en soit la raison : âge, fonctionnaire, nombre d’enfants, infirmité, le droit du mec qui n’en a pas c’est de savoir pourquoi : trop jeune, les places sont prises par ceux qui sont passés avant, trop difficile à virer, pas assez de tares pour rentrer dans un quota protégé.

Si vous vous sentez comptable et qu’il se demande pourquoi il a du mal à s’en sortir, vous n’avez plus qu’à pointer sur ses factures, la cotisation pour sauver les retraites des employés du gaz, la cotisation pour renflouer la sécu, la cotisation pour renflouer Renault (ne la cherchez pas celle-là, elle est noyée dans la masse).

À 20 ans, il ne mange peut-être pas à sa faim, il ne se loge peut-être pas correctement, il se crible peut-être de crédits bidons, on le taxe dès qu’il veut boire ou fumer et il sait que dans le meilleur des cas demain sera comme hier. Mais, mais grâce à l’État providence il pourra soigner correctement son cancer du colon à 50 ans !


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