Le choix du chômage

Au nom d’une idéologie anti-entreprise et en refusant les réformes, les gouvernements français ont fait un choix : celui du chômage.

Au nom d’une idéologie anti-entreprise et en refusant les réformes, les gouvernements français ont fait un choix : celui du chômage.

Par Jean Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

Pôle emploi

La France a fait le choix du chômage, et cela depuis bien longtemps. Les derniers chiffres le confirment une nouvelle fois. Les politiques successives ont cherché à appliquer le « traitement social du chômage » et à préserver l’emploi tel qu’il est, même si l’évolution économique les condamne. Elles ne se sont pas intéressées à la création de nouveaux emplois, que tout vient décourager. Le refus des réformes est la véritable raison du chômage en France. Et le refus des réformes n’est rien d’autre que le refus du marché.

Entre 3,2 et 5 millions de chômeurs

Les chiffres publiés fin mars, pour le mois de février, ne font que confirmer l’inéluctable dégradation du marché de l’emploi. Le fait que le gouvernement annonce les jours précédents que les résultats seront très, très mauvais, afin de conclure que, finalement, ils ont seulement été très mauvais, ne trompe personne. La dégradation se poursuit mois après mois. La discussion sur le nombre effectif de chômeurs est vaine, car tout dépend de la définition.

Le chiffre habituellement commenté (catégorie A) est le plus faible, mais il ne concerne que les demandeurs d’emplois n’ayant même pas travaillé une heure au cours du mois. C’est ce chiffre qui a fait l’objet de toutes les analyses, avec 3 187 700 chômeurs. La hausse est de 10,8% en un an, après 22 mois de hausse consécutive. Mais les catégories B et C concernent bien elles aussi des chômeurs ; on les distingue de la précédente en raison du fait que les personnes concernées ont travaillé quelques heures (B) ou plus de la moitié du temps (C) dans le mois. Leur point commun est d’avoir fortement progressé, non seulement d’un mois sur l’autre, mais encore d’une année sur l’autre. Au total, le nombre de chômeurs se situe en gros entre 3,2 et 5 millions, surtout si on intègre les DOM/TOM.

Comparaisons internationales

L’OCDE procède à des comparaisons internationales, en calculant le taux de chômage (rapport entre le nombre de chômeurs et la population active). Les derniers chiffres connus portent sur la fin janvier (communiqué du 12 mars 2013). La France se situe à 10,6%. Certes, tous les pays de l’OCDE sont confrontés au chômage, mais la moyenne des pays membres est à 8,1%. La France est donc à 2,5 points au-dessus, c’est considérable. Les États-Unis sont à 7,4%, le Japon à 4,2% (que n’a-t-on pas dit sur l’économie japonaise en crise et en déflation ! Nous aimerions être aussi malades qu’eux), l’Allemagne à 5,3%, le Royaume-Uni à 7,7%. Nous pouvons certes nous consoler avec une Espagne à 26,2% et une Grèce à 27%, mais s’agit-il des modèles dont nous rêvons ? Il faut comparer les grands pays entre eux, et là, le chiffre du G7 est sans appel : 7,4% ; à comparer avec nos 10,6% (la moyenne des pays du G7 serait d’ailleurs plus basse sans nous !)

Pour lutter contre le chômage, le gouvernement embauche… à Pôle Emploi !

Face à cette situation, le gouvernement mobilise les médias. Il va créer 2000 postes à Pôle Emploi ! Ce serait risible si ce n’était dramatique : on accepte la situation et on se contente d’embaucher quelques fonctionnaires pour gérer l’armée des chômeurs. Puis il y a les emplois aidés, comme les emplois d’avenir : 100 000 maximum cette année, financés largement sur fonds publics, ce qui, comme le rappelait Bastiat (« ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ») se traduira par des destructions d’emplois ailleurs, en raison de leur coût en prélèvements. Enfin, la fameuse négociation entre « partenaires sociaux », qui, centralisation oblige, doit être approuvée par le Parlement, ce qui est loin d’être acquis. Elle ne fait que prendre des mesures cosmétiques, le crédit d’impôt devrait baisser le coût salarial de 4% seulement. Quant à l’assouplissement des règles de licenciement, il est plus symbolique que réel et la flexibilité sera toujours aussi limitée.

Tout cela n’est pas sérieux, face aux vraies réformes du marché du travail, en Allemagne ou au Danemark, ou à la flexibilité dans les licenciements (États-Unis) ou dans le salaire (Japon). Même l’OCDE, organisme international qui passe difficilement pour ultra-libéral, nous a rappelé à l’ordre à propos du coût du travail, préconisant, entre autres, un SMIC jeune et une baisse des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires, en nous incitant à supprimer d’emblée un échelon administratif (les départements) et en fusionnant la plupart des petites communes (1 800 habitants en moyenne contre 5 500 pour l’union européenne).

Les gouvernements ont fait clairement le choix du chômage

Les gouvernements ont fait le choix du chômage en refusant de considérer le marché du travail comme un marché. Comment un marché peut-il s’équilibrer si le prix est fixé arbitrairement ? Par exemple le SMIC n’est que ce que Jacques Rueff appelait un faux prix ; il condamne les moins productifs au chômage. Quant au poids des charges sociales (80% environ du salaire net), il accroît le déséquilibre en diminuant le salaire net et en augmentant le coût salarial, ce qui fait que le salarié n’est pas sensible au même prix que l’employeur (quand l’un touche 2000, l’autre paie 3600 !).

Les gouvernements ont fait le choix du chômage en rigidifiant le marché, rendant les licenciements complexes, ce qui empêche les entreprises d’envisager des embauches : qui va embaucher, face à un avenir incertain, s’il ne peut pas licencier si nécessaire ? On croit protéger le salarié (c’est un choix), donc on pénalise le chômeur qui reste ainsi sans emplois (c’est la conséquence de ce choix). Le code du travail en France est le plus épais du monde, et empêche les entreprises de s’adapter : le droit social devient anti-social et se retourne contre les salariés.

Qui crée les emplois ?

Les gouvernements ont fait le choix du chômage, en imaginant que c’est l’État qui créait des emplois. Ce sont les entreprises qui créent les emplois et elles le font quand on les laisse libres de le faire et quand elles y ont intérêt. Le poids des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires n’incite aucun entrepreneur individuel à entreprendre et à créer des emplois. La France, comme vient encore de le souligner l’OCDE, est vice-championne des dépenses publiques (56,3% du PIB) et des prélèvements obligatoires. Nous avons 15 points de PIB de dépenses publiques en plus que la moyenne de l’OCDE et 10 points de plus que l’Allemagne. Qui croira sérieusement le modèle social allemand moins bon que le nôtre ? Il coûte pourtant beaucoup moins cher.

Le gouvernement a fait le choix du chômage, quand il incite les plus productifs, les plus entreprenants, ceux qui créent des emplois, à partir en annonçant des prélèvements confiscatoires, retoqués certes en partie par le Conseil constitutionnel puis le Conseil d’État, mais qui resteront de toutes façons à des taux marginaux supérieurs à 50%. Tant que les gouvernements considéreront ceux qui créent des richesses comme des exploiteurs ou des vaches à lait, ceux-ci créeront de moins en moins de richesses et d’emplois.

En refusant les réformes, les gouvernements français ont fait un choix : celui du chômage. Au nom de l’idéologie anti-entreprise, ils ont choisi sa hausse inéluctable. Pour créer des emplois, il faut changer de cap, faire confiance aux entrepreneurs et les libérer de leurs chaînes réglementaires, sociales et fiscales.


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