Jeunes poussés à l’exil, personne ne vous vire, restez si vous voulez !

Les indignés s’indignent contre la réalité qui les pousse à l’exil. Pourquoi ne pas rester ?

Alors que l’expatriation représente pour beaucoup de jeunes et moins jeunes une réponse à la crise, les indignés espagnols font ce qu’ils font de mieux : ils s’indignent. Contre la réalité.

Par Baptiste Créteur.

Il n’est ni amusant, ni plaisant d’être jeune lorsque le chômage prévaut. 26% de chômage dans le pays, 55% chez les moins de 25 ans ; les Espagnols ne sont pas à la fête. Reste la possibilité de partir, comme tant l’ont fait à travers les âges, chercher ailleurs une vie meilleure. Heureusement, le monde est assez ouvert pour permettre à tout jeune un tant soit peu débrouillard de trouver facilement une terre d’accueil plus propice.

Loin de considérer l’expatriation comme une chance, une partie des jeunes d’Espagne la voit comme une contrainte : « On ne part pas, ils nous virent. »

Au total, près d’une trentaine de manifestations ont été organisées dans une vingtaine de pays à l’appel l’association Jeunesse sans futur, l’un des collectifs à l’origine de la naissance du mouvement des “indignés”, le 15 mai 2011. L’association dénonce que “toute une génération doit à présent choisir entre chômage, précarité et exil.”

Ils n’ont pas tout à fait tort. Ils ont le choix entre rester et faire face à la précarité et au chômage durablement – la situation n’est pas prête de s’améliorer en Europe. Ou partir, construire ailleurs une vie meilleure dans un contexte plus propice.

Mais cette possibilité ne les séduit guère ; ils veulent une vie meilleure, en Espagne ; quitter le cocon et le giron familial, sans trop s’éloigner de la maison ; conquérir leur indépendance, sans abandonner leur zone de confort.

“Face à ceux qui parlent d’exil temporel, de l’émigration comme phase transitoire qui permet aux jeunes d’acquérir des connaissances et une expérience pour revenir, la réalité est bien différente,” affirme l’association dans un communiqué. Difficultés, déception et manque de foi en l’avenir transpirent dans les quelque 7000 témoignages recueillis par le site http://www.nonosvamosnosechan.net/ depuis le 26 février et distribués sur un planisphère.

L’expatriation n’est pas toujours simple, et elle n’est pas toujours heureuse. Mais le monde est vaste, les possibilités multiples et charge à chacun de les saisir. Face à ceux qui parlent d’exil temporel, d’émigration temporaire avant un retour, la question n’est pas tant « Quand pourront-ils revenir » mais « Pourquoi voudraient-ils revenir ? »

Il n’y a pas grand chose à sauver en Espagne, ni en France. Un État-providence qui n’a jamais tenu ses promesses d’égalité matérielle et d’élimination de la pauvreté – au contraire ; un État toujours plus gourmand et liberticide ; et une société civile quasi inexistante qui a permis et permet la naissance, le développement et le maintien de cette situation, jusqu’au jour où le pays s’effondrera – inéluctablement.

L’émigration est toujours la fuite d’une vie peu appréciée en espérant en trouver une meilleure ailleurs. Les famines et les persécutions ont à ses débuts peuplé l’Amérique d’Européens épris d’une vie plus libre et plus prospère. A la différence près qu’ils renonçaient à tout ce qu’ils avaient, mais ne gémissaient pas sur un sort qui leur donnait l’opportunité de quitter ce dont ils ne voulaient plus.

Certains enfin ne veulent pas quitter leur pays : “Que se vayan ellos” (qu’ils partent, eux”, sous-entendus les politiques), disent-ils, en promettant de continuer de lutter en Espagne et en appelant à une “revolución ya” (révolution maintenant).

Changer le système a du sens, bien sûr, puisque c’est la sociale-démocratie qui a conduit l’Europe à sa situation actuelle. Mais les indignés ne le comprennent pas ; ils ne veulent pas plus de liberté, mais cherchent une impossible sécurité économique. Impossible parce que, de la même façon que la météo ne garantit jamais de bonnes récoltes, l’économie ne garantit jamais le succès – la préférence des clients par rapport à la concurrence, la volonté de salariés compétents de travailler dans l’entreprise, l’existence de fournisseurs compétents, etc.

Car la manifestation avait aussi pour but de dénoncer la politique actuelle menée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. “L’unique alternative au chômage est la précarité : le gouvernement opte pour la flexibilité et la temporalité des contrats”, affirme l’association, en référence aux réformes pour lutter contre le chômage des jeunes mises en place par le gouvernement qui s’inspirent des mini-jobs allemands.

Le gouvernement opte pour la flexibilité et la temporalité des contrats parce qu’il ne peut pas obliger les entreprises à embaucher en CDI l’ensemble de la population. Ouvrir la possibilité à des contrats plus courts et plus flexibles ne créera pas d’emplois à vie bien rémunérés, mais cela permettra à une partie des chômeurs de travailler, acquérir de l’expérience et générer des revenus.

Le problème “n’est pas seulement une stabilité professionnelle nulle, mais un manque d’indépendance qui élimine de notre horizon tout projet de vie stable et transforme les jeunes en des personnes dépendantes de leurs familles,” poursuivent les organisateurs.

Oui, c’est dur. Mais que faire contre la réalité, à part s’indigner ? Menez votre révolution – pour plus de liberté. Retroussez-vous les manches, d’une façon ou d’une autre, pour promouvoir l’initiative privée que vous semblez appeler de vos vœux lorsqu’il s’agit de s’émanciper de vos parents mais honnissez lorsqu’il s’agit de s’émanciper de la société.

Contrairement à l’émigration espagnole des années 60, caractérisée par la faible qualification de la main-d’œuvre candidate au départ, ce sont souvent les jeunes les plus diplômés qui quittent aujourd’hui l’Espagne, une génération préparée, “la mieux formée de l’histoire de l’Espagne”, ne cesse-t-on d’entendre, et qui va apporter ses compétences ailleurs, faire profiter de la formation que l’État a financée à d’autres pays.

L’éducation n’est, effectivement, jamais gratuite. Tant pis pour l’État espagnol, tant pis pour l’État français, s’ils ont financé des études en pensant qu’ils obtiendraient ainsi une rente à vie en prélevant des impôts sur les revenus perçus par leurs citoyens ; personne n’a signé le contrat social que les étatistes font pourtant en permanence valoir. C’est notamment en prétendant offrir une éducation gratuite que les pays européens en sont arrivés là où ils sont aujourd’hui.

Jeunes Espagnols, partez et ne revenez pas. Considérer l’exil comme temporaire en fait un sacrifice, alors que le monde a bien plus à vous offrir que vous ne semblez le croire. Indignez-vous contre un État trop gourmand, pas pour un État plus gourmand. Comme les jeunes Français, saisissez l’opportunité de découvrir enfin la liberté. Ne vous indignez plus alors que contre vous-mêmes si vous êtes déçus, et découvrez la responsabilité.

Rien ne vous empêche de rester ; mais, là aussi, il faut en accepter les conséquences.