Que reste-t-il à sauver, au juste ?

Publié Par h16, le dans Édito

J’ai commencé, en 2005, à écrire des chroniques sur la lente décomposition de la France. C’était il y a sept ans et sur ces sept années, j’ai à de nombreuses reprises écrit, de façon claire et sans ambiguïté, que ce pays était foutu. Par « Pays », j’entends bien sûr l’État providence et son système social. Et par « foutu », je veux dire que tout ceci va prochainement finir. Mal.

Je sais déjà que nombreux sont les jeunes qui, lisant ces premières lignes, feront un bond en se disant : « oh, zut, quel pessimiste ! » Mais voilà : les nouveaux citoyens d’aujourd’hui, frétillant à l’idée d’étrenner leurs 18 ans tout neuf dans la première urne à proximité, étaient en fait âgés d’à peine onze ans lorsque j’ai commencé mes chroniques, et il y a peu de chance qu’ils m’aient suivi depuis tout ce temps et aient pu se former une opinion solide étayée par les faits que j’ai rapportés dans cette période. Leur étonnement est donc pardonnable.

Mais pire encore, je sais que pas mal de personnes plus âgées voire mûres, se diront que j’exagère et que j’ai ce biais caractéristique des prêcheurs de catastrophes qui font leur beurre sur le malheur des foules. En réalité, non seulement je ne m’enrichirai pas dans le processus, mais l’observation de cette décrépitude et de son caractère inéluctable m’ont, plus souvent qu’à mon tour, valu des remarques acides.

Oui, la France est foutue, complètement corrompue par idéologies étatistes et anti-libérales qui ont de véritables boulevards sur les ondes et dans la presse : regardez, des communistes ont régulièrement les plus belles tribunes, sans la moindre honte pour les catastrophes dont leurs idéologies mortifères sont responsables. Et le peuple, les médias et les gouvernants en redemandent.

Oui, la France est foutue à cause de sa caste politique lamentable, totalement étrangère à ce que subissent ceux qui l’ont élue. Cette caste ne connaît pas le peuple. Elle se gargarise de ce mot dans ses discours, mais elle ne le fréquente pas, n’a jamais eu ses problèmes (ou plus depuis si longtemps qu’elle les a totalement oubliés), vit sur un autre monde. Pire : elle est conseillée par des imbéciles et des larbins (avec cumul possible et fréquent) qui n’ont jamais été du peuple ou renieraient de toute leur âme en avoir jamais fait partie. N’entendant qu’un seul son de cloche (le leur), la caste politicienne dirigeante n’a jamais remis en question ni sa façon de penser, ni sa façon d’agir.

Oui, la France est foutue. Et elle est foutue parce que lorsque je le dis, clairement, on me répond : « eh bien, tu n’as qu’à partir ». Et lorsque je dis que, précisément, c’est ce que j’ai fait, on enchaîne sur « Eh bien tu n’as qu’à te taire », ajoutant ainsi le dernier des douze clous sur le cercueil français.

Car même silencieux, les analyses continuent de tomber juste (dernier exemple en date : l’immobilier, dont la bulle aurait dû éclater il y a déjà trois ou quatre ans, montre les signes évident d’un effondrement à venir), et la lente décomposition du pays continue de plus belle.

Oui, la France est foutue, confite dans un anti-libéralisme incohérent et assumé.

Car c’est bien joli de cogner comme des sourds sur le libéralisme, sur la liberté d’entreprendre, de créer, mais comme absolument tous les leaders politiques, tous les syndicalistes, tous les artistes, tous les journalistes, tous les chroniqueurs et même une partie des grands patrons eux-mêmes honnissent le libéralisme, on se demande exactement où il est passé. Tout le monde sait que le libéralisme est la pensée dominante, à tel point que tout le monde le fustige. Et dans le même temps, pas un candidat ne s’en réclame. Pas un journaliste. Pas un artiste. Pas un chroniqueur. Pas un syndicaliste. Zut. Pour un truc qui domine, c’est tout de même fort. Alors qu’a contrario, des gens qui se réclament du socialisme, de la sociale-démocratie, du communisme, du trotskisme, du corporatisme, là, on en trouve des pelletées aussi joyeuses que frétillantes.

Oui, la France est foutue, ayant trouvé la cause de tous ses maux.

Car c’est bien joli d’accuser les banquiers, les riches et les producteurs de richesses, les patrons. Mais à force, ils trouvent un peu lassant de constater que créer une entreprise leur attire surtout la jalousie, la convoitise, le mépris. Ils finissent par se lasser et s’en aller, fermer boutique, ou laisser tomber. Un nombre croissant d’individus qui auraient pu créer leur propre emploi avant d’en créer d’autres préfère n’en rien faire. Trop de risques, trop peu de gloire. Et puis, du côté des politiciens, si on ne veut surtout pas cliver lorsqu’il s’agit de syndicalistes qui paralysent le pays (ou empêchent des greffes d’organes, par exemple), si on ne veut surtout pas stigmatiser les uns ou les autres, parce que c’est mal, voyez-vous, en revanche, lorsqu’il s’agit de montrer un bouc-émissaire et que celui-ci s’appelle Banquier ou Riche, alors là, c’est open bar et tournée générale.

Oui la France est foutue. Et bien sûr, la question qui taraude aussi bien les jeunes (qui tremblent à l’idée d’aller voter pour la première fois) que les vieux qui ont déjà bien trop voté sans jamais obtenir le bonheur sur Terre, c’est :

« Y a-t-il un moyen de sauver la France, malgré tout ça ? »

Ce Pays Est FoutuMa réponse : non. Non, non et non, vous ne sauverez pas l’État Providence. Vous n’arriverez pas à sauver la sociale-démocrassie franchouille. Il est impossible de réformer ce pays. Mais surtout, pourquoi, pourquoi, pourquoi voulez-vous sauver ça ?

Qu’y a-t-il à sauver ?

Un système d’assurance santé qui vous rembourse de 2€ pour des lunettes ? 100€ sur 1500€ d’implants dentaires ? Qui cherche par tous les moyens à taxer les trop gros, les trop faibles, les trop petits ? Qui vous prend 25% de votre salaire et vous culpabilise pour avoir mangé gras, salé, sucré ? Qui n’est pas foutu de sauver des vieux quand il fait trop chaud en été, des jeunes quand il fait trop froid en hiver ? Qui dégringole dans tous les classements et qui n’offre pas plus d’IRM par habitant que la Turquie ? Qui, tous les ans, crée des trous par dizaines de milliards d’euros, passant ainsi sur les générations futures avec un bulldozer à clous ?

Un système de retraite qui vous prend 10 à 20% de votre salaire sans assurance de pension future ? Qui laisse une pension misérable à des milliers de vieux travailleurs qui ont cotisé toute leur vie et se retrouvent dans la misère ? Qui creuse, lui aussi, le déficit par milliards tous les ans, là aussi au détriment total des générations futures ?

Un système d’assurance chômage qui n’a jamais permis de recaser les millions de laissés pour compte ? Qui n’a jamais réussi à mettre en face les demandeurs d’emplois et les entreprises qui recrutent ? Un système qui dépense maintenant des millions pour … faire faire son travail au privé ? Un système qui, lui aussi, creuse le déficit et danse la polka sur la bouillie de générations futures ?

Un magnifique enseignement normalisé, standardisé, produisant une purée intellectuelle toujours mieux moulinée et toujours plus facilement digérée par une cohorte plus grosse d’illettrés béats et incultes ? Une magnifique démocratie qui permet à des tanches diplômées comme ce fromage à pâte molle de Hollande ou ce chihuahua thermophile de Sarkozy de rempiler dans leurs médiocres ambitions, aux salaires qu’on connaît, sans avoir jamais prouvé qu’ils étaient capables de créer de la richesse (que du contraire, même) ?

Vous voulez sauver ça ? Et avec encore plus de collectivisme ? Plus de socialisme ? Plus de gentille redistribution des richesses qu’on ne crée plus ? Mais, vous voulez sauver quoi, au fait ? Vous voulez sauver un tel merdier ?

Concentrez-vous plutôt sur ce que vous voulez et pouvez vraiment sauver.

Ce pays est foutu, prenez en acte.

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  1. Voter Flamby ou Melanchon permettra d’accélérer la faillite du pays. Voir François l’Enchanteur se mettre à genoux devant les banquiers après les avoir insulté ça aura le mérite de me faire rigoler.

  2. Je serais complètement d’accord avec vous si, au delà de la crise de l’organisation vous vous occupiez de la crise du sens. Si notre civilisation toute entière est foutue ce n’est pas principalement à cause d’un quelconque système politique et/ou économique, mais à cause de fondements culturels et philosophiques complètement absurdes.

    Les hommes n’ont toujours pas de réponse à leur vide existentiel, et n’a jamais trouvé d’autre réponse à cela qu’en se droguant. Que ce soit chimiquement, par les objets, par les bouffes, par les films .. Comportements qui n’ont pour seule point commun que de conduire à la destruction de l’environnement social et/ou naturel des « individus ».

    La philosophie libérale est attirante au sens qu’elle redonne aux individus la responsabilité de donner du sens à leur vie.

    Néanmoins, quand elle permet dans le même temps de légitimer l’existence d’une classe d’ultra riches complètement déconnectés du réel sous le prétexte de la main invisible … c’est là qu’on part de travers. ( Etant les symboles de cette humanité en perte de sens, qui ne trouve répit que dans l’accumulation de richesses et qui, par son existence même, incite le reste de l’humanité à faire n’importe quoi pour arriver à son niveau ).

    Le regard fixé sur la déconfiture économique, vous refusez de voir la déconfiture environnementale, qui a exactement les mêmes causes primaires, et devrait être intégrée dans votre analyse philosophique. C’est en cela que je considère le blog de Paul Jorion comme étant à un niveau de réflexion bien plus élevé que contrepoints, avec comme corollaire que les réponses qui sont exposées ne prétendent pour l’instant répondre qu’à court terme à la crise polyphonique qui se prépare.

    Notamment, la question de la propriété pose beaucoup de difficultés, qui sont ici complètement balayées, ce qui est pour moi une erreur vous l’aurez compris.

    1. @FabriceM : le libéralisme n’a pas vocation à donner un sens à la vie des gens, mais à leur permettre de vivre ensemble dans la justice et la prospérité. Si vous cherchez le sens de votre vie, alors mettez-vous en quête d’une religion ou d’une secte.

      Et si votre propriété vous pose un problème philosophique, des milliers de pauvres seraient ravis que vous leur en donniez une partie. Pourquoi ne le faites-vous pas ?

      1. @Benjamin Guyot

        Vous faites semblant de ne pas voir la différence entre donner UN sens, et donner DU sens. Pas besoin de révélation divine pour essayer de donner du sens à ce qu’on fait.

        1. @FabriceM : pas besoin de politique non plus pour donner du sens. Si vous en avez besoin, ce que je comprends, personne ne vous empêche d’aller chercher ou fabriquer du sens.

          1. Je pense que l’idéal libéral, tel que vous le défendez, ne peut s’appliquer « correctement » qu’à une humanité en quête de sens de manière permanente. Aujourd’hui, ça a été complètement abandonné vis à vis du confort à court/moyen terme, ce qui aura des conséquences tragiques.

            Le temps nous jugera. Sur ce, bonne continuation.

    2. La propriété privée ne pose aucun problème : c’est le bien commun de l’humanité.

      « L’appropriation des biens est légitime pour garantir la liberté et la dignité des personnes, pour aider chacun à subvenir à ses besoins fondamentaux et aux besoins de ceux dont il a la charge. Elle doit permettre que se manifeste une solidarité naturelle entre les hommes. La promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son exercice. La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches. L’autorité politique a le droit et le devoir de régler, en fonction du bien commun, l’exercice légitime du droit de propriété. »

  3. @FabriceM
    « quand elle permet dans le même temps de légitimer l’existence d’une classe d’ultra riches complètement déconnectés du réel sous le prétexte de la main invisible … c’est là qu’on part de travers. »

    Non, au contraire. Les capitaux privés peuvent seuls dynamiser l’économie. Quand Warren Buffett investit un milliard et en retire 10% de gains, il a fait croître l’économie d’au moins 100 millions et enrichit l’offre.
    Quand l’État lui prend cet argent pour le secteur non-marchand ou pour le redistribuer, il y a destruction de valeur. C’est ainsi.
    Il faut accepter la richesse honnêtement acquise.

    Par ailleurs oui, il y a une crise de sens.
    Nous étions un peuple chrétien, c’est dans le christianisme que nous allions chercher du sens et des principes moraux – notamment celui de ne pas convoiter le bien d’autrui. Ou la charité, qui inclut notamment le don, qui n’a rien à voir avec la redistribution.
    Jésus a beaucoup incité à donner, mais n’a jamais pris d’autorité (il n’a d’ailleurs jamais rien imposé à qui que ce soit, quelles que fussent les circonstances) ni prétendu savoir qui méritait combien.
    Du reste, exorter à donner, n’est-ce pas affirmer la propriété (= droit d’user et de disposer) ?
    Employer l’autorité de l’État pour redistribuer, c’est au contraire nier la propriété. Le faire en arguant de « justice sociale », c’est non seulement nier la propriété mais la condamner. C’est aussi nier l’effort.

    Pour sortir de ces funestes erreurs, il faut sortir le peuple de France de l’étatisme, et de ses corollaires que sont le relativisme et l’égalitarisme.
    Il s’agit d’une révolution anthropologique. Elle ne peut être obtenue que par une religion qui distingue État, société, et religion.
    En 1905 l’État a nationalisé les biens de l’Église, mais aussi et surtout son domaine de compétence. Ce n’était pas un progrès mais un retour en arrière de mille ans: L’autorité régalienne redevenait autorité morale et spirituelle, paradoxalement au prétexte de la laïcité. Cette révolution a pris 3 générations pour achever la déchristianisation du peuple.

    Le parallèle entre christanisme et libéralisme est frappant dans l’Histoire mais aussi dans le monde actuel, où l’adhésion au libéralisme (pour lui-même et non pour les avantages qu’il induit) ne se rencontre plus guère que chez la droite chrétienne américaine.