La moralisation de la vie politique plutôt que la politisation de la morale

La moralisation de la vie politique ne peut passer que par la limitation du pouvoir de l’État, i.e. la défense des droits des individus.

UMP et PS dénoncent Jean-Luc Mélenchon qui utilise un vocabulaire d’extrême-droite pour évoquer la moralisation de la vie politique. Ils ont raison ; le seul vocabulaire de la moralisation de la vie politique est celui de la liberté.

Par Baptiste Créteur.

En appelant à « purifier l’atmosphère politique absolument insupportable » et à donner « un grand coup de balai », Jean-Luc Mélenchon a raison. Nombreux sont les élus condamnés par la justice ou qui devraient l’être, et plus nombreux encore sont ceux qui pourraient l’être par la morale. h16 le montrait récemment, les plus prompts à commenter l’affaire Cahuzac devraient sans doute balayer un peu devant leur porte.

Comme ils n’ont rien à lui reprocher sur le fond, les politiciens l’attaquent sur la forme. Un vocabulaire connoté extrême-droite, dénoncé notamment par Michel Sapin.

Le ministre du travail, Michel Sapin, a mis en garde le leader du Front de gauche estimant qu’« aujourd’hui il joue dans la même cour ou la même arrière-cour » que le Front national et emploie « les mêmes mots ». Michel Sapin s’est dit « frappé » par les propos du leader du Front de gauche évoquant un « coup de balai », une « purification ». « Ce sont des termes qui ont été utilisés par d’autres et les mots ont un sens, ils ont un poids », a estimé le ministre invité de « Tous Politiques », émission de France-Inter/Le Monde/AFP. « Je ne ferai jamais d’amalgame, mais les mots utilisés sont les mêmes », a-t-il déploré.

Sans doute faudrait-il rappeler à monsieur Sapin que les mots ont effectivement un sens et une histoire et qu’au nom d’un sens de l’histoire, l’idéologie dont son parti porte le nom a fait des millions de victimes. Il ne fera bien sûr aucun amalgame, alors qu’il le pourrait – mais pas à son avantage. Peu de choses séparent un parti socialiste d’un autre parti socialiste ; si le PS est le seul à s’en revendiquer, les principaux partis français ont en réalité adopté depuis longtemps la même idéologie.

Le biais étatiste, la croyance dans le dogme keynésien, la tentation protectionniste, l’idéologie socialiste sont partagés par les partis français ; aucun ne promet une réduction du poids et du périmètre de l’État, une libéralisation de l’économie, un équilibre voire un excédent budgétaire. L’idéologie de Jean-Luc Mélenchon est aussi dangereuse que celle de Marine Le Pen, certes, mais elle n’est pas beaucoup plus destructrice que la sociale-démocratie qu’ont adopté les partis français.

Sur le fond, Jean-Luc Mélenchon est loin d’avoir tort et donne un avis majoritaire parmi les Français, qui expriment un vrai rejet de la politique :

Selon un sondage Opinionway Le Figaro-LCI sur les conséquences de l’affaire Cahuzac, 77 % des Français estiment que les élus et les dirigeants politiques sont « plutôt corrompus » (+8 points qu’en octobre 2011) et 22 % qu’ils sont « plutôt honnêtes » (-8 points).

Interrogés sur les sentiments qu’ils éprouvent par rapport à la politique, 36 % des sondés choisissent le « dégoût », soit 10 % de plus que dans un sondage réalisé en décembre 2012. 32 % évoquent de la « méfiance » (-6 points), 10 % de l’ennui (-2 points) et seulement 9 % de « l’intérêt » (-4 points) et 6 % « de l’espoir ».

77% des Français trouvent les politiques plutôt corrompus, 68% expriment du dégoût ou de la méfiance à l’égard de leurs activités ; le signal est assez clair et a été bien compris par Jean-Luc Mélenchon qui tente de surfer sur la vague – après s’être opposé à la transparence sur le patrimoine des élus. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, même au plus haut niveau de l’État ; la déclaration de patrimoine de François Hollande ne serait par exemple pas tout à fait en règle.

Il est étonnant que personne n’ait encore pensé à l’attaquer sur un autre point qu’on a tant reproché à d’autres : la chasse aux voix du Front National à laquelle s’était adonné l’UMP est aujourd’hui faite par le Front de Gauche, qui affirme s’être lancé dans une « course de vitesse avec l’extrême droite » pour attirer les voix d’une légitime révolte vers leurs révoltantes idéologies liberticides. Les Français auraient tort d’y croire.

Car jouent dans la même cour non seulement Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, mais aussi tous leurs copains de la classe politique qui s’offrent, depuis plusieurs décennies, une récréation. Séchant les cours d’histoire et d’économie, ils votent des budgets donnant toujours plus de poids à l’État et des lois de plus en plus liberticides. Les citoyens en paient le prix ; l’économie est à l’agonie avant même que la crise ne se fasse réellement sentir, les impôts et taxes laissent peu de place à une initiative privée sujette à d’innombrables normes et réglementations, l’État-providence en pleine déliquescence ne parviendra pas à leur offrir l’impossible sécurité économique promise.

Le tableau est noir, et s’y dessinent des courbes inquiétantes. Croissance absente et chômage massif pour les citoyens, argent public et amnistie pour les syndicats mafieux, opacité et détournements pour les politiciens véreux ; ne pas chercher à capter les voix de la révolte serait une erreur politique.

Mais il ne faut pas se tromper de révolte et donner plus de pouvoir à ceux qui n’ont jamais su qu’en mésuser et en abuser. La promesse de mise en ordre de la société et de l’économie est la promesse de détruire l’individu, de nier sa liberté et sa volonté. Et plus les hommes politiques ont de pouvoir, même et surtout avec les meilleures intentions du monde – ou plutôt celles qu’ils pensent être les meilleures – plus grandes sont les catastrophes qu’ils déclenchent.

« Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. » Ce n’est pas dans le remaniement, souhaité par une majorité de Français, que se trouve la solution, mais dans la limitation du pouvoir des hommes politiques et de l’État en général, qui ne doit jamais menacer les droits naturels et imprescriptibles qu’il est censé protéger et enfreint régulièrement.

Il ne suffit pas que les hommes politiques cessent d’user du pouvoir à leur profit pour que la vie politique soit morale. Il faut pour cela qu’il ne soit plus possible, ni aux hommes politiques ni aux citoyens qu’ils sont censés représenter, d’abuser du pouvoir. Moraliser la vie politique, c’est faire en sorte que la politique soit morale, et rien n’est plus moral que la préservation des droits fondamentaux des individus. La moralisation de la vie politique ne peut être qu’une conséquence et non une cause de la légitimité retrouvée de l’action étatique. Que représentent quelques millions d’euros détournés face aux milliards d’euros indûment prélevés ?