Le Monde contre la mondialisation, la mauvaise foi contre la liberté

Libre-échange commerce

Le Monde prône, une fois de plus, la lutte contre la mondialisation et la liberté, sans avoir rien compris à la première ni à la seconde.

Le Monde prône, une fois de plus, la lutte contre la mondialisation et la liberté, sans avoir rien compris à la première ni compris l’importance de la seconde.

Par Baptiste Créteur.

Les médias français ne sont pas vraiment indépendants ; ils ont un fort biais contre la liberté. Lorsque quelqu’un ose affirmer que la mondialisation est bénéfique, ils réagissent au quart de tour et nous offrent ce que l’idéologie a de meilleur.

D’où part cette certitude [que Pascal Lamy] affiche ? Il la tire d’abord de son expérience. Celle-ci lui fait dire ceci : « Si un ouvrier chinois est payé dix fois moins qu’un ouvrier européen, c’est avant tout parce qu’il faut huit Chinois pour produire ce que produit l’Européen » (Le Monde du 25 juin 2010, et autres lieux).

Or cette affirmation est fausse. En effet la productivité des agents industriels des « pays à très bas salaires » (PBS) est assez élevée, lorsqu’il s’agit de la fabrication de produits destinés à l’exportation, alors que le rapport entre les salaires est souvent de vingt à trente fois.

Si la productivité des pays à très bas salaires est élevée pour des salaires faibles, il semble d’autant plus rationnel d’y installer les activités délocalisables : le consommateur bénéficiera de produits moins chers, les entreprises feront plus de profits. Le consommateur est souvent oublié du raisonnement protectionniste, et les profits des entreprises sont considérés comme une mauvaise chose alors que maximiser ses profits est l’objectif d’une entreprise. Tentons donc de comprendre pourquoi Le Monde veut empêcher les entreprises d’être rationnelles.

On peut donc craindre que ses convictions relèvent davantage de la foi libérale que de la preuve, au moins en ce qui concerne les pays développés. Il faut le démontrer. J’ai calculé et comparé avec des spécialistes les comptes d’exploitation de deux usines de fabrication automobile, l’une située en France, l’autre construite récemment dans un PBS. La différence des salaires d’un pays à l’autre va de un à vingt. Or, pour des raisons techniques, la productivité du travail de l’usine PBS est assez élevée.

Les masses salariales des deux entreprises ne varient donc que de un à sept ; or même si la valeur ajoutée est semblable dans les deux usines (grosso modo, celle-ci comprend les salaires, les amortissements et le bénéfice de l’entreprise), les résultats nets sont cinq fois plus importants dans l’entreprise PBS que dans l’entreprise française. La raison crève les yeux. L’un des trois principaux éléments de la valeur ajoutée du PBS est très faible : ce sont les salaires ; C’est le bénéfice de l’entrepreneur qui constitue la variable permettant la parité des valeurs ajoutées.

Tous les patrons de multinationales savent cela. C’est précisément pour cette raison qu’ils délocalisent leurs entreprises industrielles et de services vers les PBS ou qu’ils n’investissent plus suffisamment en France ou aux États-Unis, mais dans les pays à très bas salaires.

Pour lutter contre la foi libérale, adoptons la foi anti-libérale. Bravo, Le Monde. Les entreprises réalisant plus de bénéfices si elles délocalisent, elles n’investissent plus suffisamment en France ou aux États-Unis. Il y aurait donc un niveau d’investissement minimum en-deçà duquel nous risquons de nous trouver si les entreprises agissent rationnellement.

On peut avoir, pour deux pays atteignant des valeurs ajoutées identiques, les deux modalités d’emploi des salariés suivantes : PBS à salariés fort mal rémunérés, mais avec un emploi en progrès, et pays développé avec des masses considérables de citoyens-électeurs sans emploi, mais dont les salariés les plus compétents reçoivent une très forte rémunération (la variable d’ajustement est toujours la même ; c’est le bénéfice des entreprises).

Dans les pays développés, les citoyens-électeurs qui fournissent un travail équivalent à ceux des pays à bas salaires pour un coût supérieur perdent leur emploi alors que ceux qui ont une compétence rare à forte valeur ajoutée reçoivent une forte rémunération. Admettons.

Si on arrête là le raisonnement, il serait facile d’en conclure qu’il faut prendre des mesures protectionnistes pour augmenter artificiellement le coût des produits fabriqués dans les pays à bas salaires. Mais ce n’est pas l’unique conclusion possible quant à la réponse à apporter à la compétitivité supérieure des pays à bas salaires.

Dans les pays développés demeurent des emplois très qualifiés – les emplois moins qualifiés n’empêchent pas, n’en déplaise au Monde, ceux qui les occupent d’être compétents – très rémunérateurs. Pourquoi les anciens emplois industriels ne sont-ils pas devenus des emplois qualifiés ? Qu’en est-il de l’économie de la connaissance, promise par nos dirigeants depuis maintenant des décennies ?

En continuant à protéger l’emploi industriel, nos dirigeants ont en réalité repoussé des ajustements qui auraient permis à de nombreux salariés ayant aujourd’hui perdu leur emploi de se former, de préparer les évolutions quasi inéluctables. Elles ne sont que quasi inéluctables car, même si la mondialisation est un processus rationnel dont tous peuvent bénéficier, elle a des adversaires qui s’évertuent à appeler de leurs vœux un dangereux protectionnisme – et qui pourraient en convaincre assez bien l’opinion pour priver les citoyens des bénéfices du libre-échange.

Avec un raisonnement simpliste comme le raisonnement protectionniste du Monde, la réponse à l’innovation qui augmente la productivité et remplace des emplois peu qualifiés par des machines serait la même : il faudrait s’en protéger. Et les méthodes seraient toujours les mêmes : restreindre la liberté des entreprises pour les empêcher d’agir rationnellement ou les empêcher de jouir des bénéfices de leur rationalité en augmentant artificiellement les prix.

L’absence ou au moins la réduction des investissements d’aujourd’hui de la part de nos multinationales prépare le chômage de demain. Il existe une fatalité des délocalisations vers des pays à moindres coûts du travail. L’espoir du directeur de l’OMC, si respectable soit-il, conduit les pays développés à l’impasse. Et cela reste vrai, même s’il est évident qu’il faut investir massivement dans la compétitivité hors coûts. Le mal est si radical que les remèdes ne relèvent ni de nouvelles statistiques, ni de bricolages improvisés.

Il est donc nécessaire de renégocier les accords actuels de l’OMC; tâche herculéenne ! Mais si François Hollande ne le comprend pas, il peut instituer tous les programmes de lutte contre le chômage qu’il voudra ; il échouera. Et cela, faute de logique et grâce à l’idéologie libérale de l’OMC !

Il est de moins en moins implicite que la solution résiderait, pour Le Monde, dans le protectionnisme. Mais alors, soit dit en passant, pourquoi prendre la peine d’investir dans la compétitivité hors coûts ?

En réalité, si la mondialisation crée des difficultés, c’est parce qu’il y a aujourd’hui une incohérence fondamentale dans le fait d’offrir aux entreprises la possibilité d’adopter une logique rationnelle tout en restreignant la liberté des individus.

L’éducation et la formation ne sont pas soumises aux règles de l’offre et de la demande. Elle ne répondent pas aux besoins du marché, i.e. ni aux besoins des entreprises, ni à ceux des individus. Des initiatives privées tentent d’y remédier, mais elles demeurent marginales ; d’une part l’État impose ses règles, d’autre part il impose son coût au reste de l’économie.

Les salaires ne sont pas libres. L’État fixe des minima et s’ajoute au salaire perçu par l’individu des prélèvements nombreux destinés à financer le fonctionnement de l’État – notamment l’éducation mentionnée précédemment, qui n’a rien de gratuit. Certains individus sont de fait exclus de l’emploi parce que le coût de leur travail est rendu trop élevé ; le chômage serait à n’en pas douter moindre si l’État ne tirait pas les salaires vers le haut. Ces coûts financent un modèle social dépassé, que les jeunes générations financent sans avoir aucune garantie de pouvoir un jour en bénéficier.

La mondialisation n’est partiellement nocive qu’à cause des rigidités et du coût que l’État impose aux individus et aux entreprises. Le protectionnisme, lui, est toujours nocif et dangereux. Il biaise le calcul des entreprises et des individus et les éloigne d’une situation optimale qui les rendrait plus prospères et leur offrirait plus d’opportunités, et il les empêche également de s’adapter pour en tirer profit. Comme toute intervention de l’État dans l’économie, il détruit de la richesse.

Par ailleurs, l’appliquer alors que la France exporte conduirait ces exportations à diminuer, du fait des potentielles mesures symétriques prises par d’autres pays mais aussi de l’absence d’incitations à devenir plus productifs.

C’est en réalité contre la compétition que lutte Le Monde, journal qui ne survit que grâce aux subventions étatiques. Compétition qui, certes, conduirait le journal à sa perte, mais apporterait prospérité et croissance à condition de s’y adapter.

Ajoutons que le gain de pouvoir d’achat pour le consommateur lui permet d’acquérir plus de biens et services, créant de nouveaux emplois, et que l’innovation rend les pays développés de plus en plus compétitifs par rapport à des pays à bas salaires où les bas salaires le sont de moins en moins. Certes, les emplois créés sont plus variés et à plus forte valeur ajoutée, mais les salariés des pays développés ne se plaindront sans doute pas de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

Entre ceux qui s’y seront adapté et ceux qui auront maintenu l’illusion d’un possible statu quo et conservé leurs espoirs protectionnistes, les gagnants de la mondialisation ne seront pas difficiles à identifier. Pour paraphraser Le Monde, le mal est si radical que les remèdes ne relèvent ni de nouvelles statistiques, ni de bricolages improvisés. Il est donc nécessaire de renoncer à l’étatisme français ; tâche herculéenne ! Mais si François Hollande ne le comprend pas, il peut instituer tous les programmes de lutte contre le chômage qu’il voudra ; il échouera. Et cela, faute de logique et grâce à l’idéologie collectiviste du Monde !

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