Faire disparaître Pâques des vacances en Belgique ?

La Résurrection du Christ peinte par Raffaelino del Garbo en 1510

Marie Dominique Simonet, ministre de l’enseignement de la Fédération Wallonie Bruxelles voudrait supprimer toute référence à Pâques dans les vacances scolaires.

Marie Dominique Simonet, ministre de l’enseignement de la Fédération Wallonie Bruxelles voudrait supprimer toute référence à Pâques dans les vacances scolaires.

Par Drieu Godefridi, depuis la Belgique.

La Résurrection du Christ peinte par Raffaelino del Garbo en 1510

C’est peu de dire que la volonté de la ministre Simonet de rebaptiser, sans débat, les vacances scolaires, ne fait pas l’unanimité. Certes, les appellations « Vacances de printemps » etc. avaient été suggérées dans un arrêté antérieur, mais ces vocables n’acquièrent aujourd’hui force de loi que par la volonté, et le décret, de la ministre Simonet. À l’heure où je rédige ces lignes, le mercredi 27 mars à 7 heures du matin, il y avait déjà 5 526 personnes qui recommandaient l’article « Noël et Pâques éjectés du calendrier scolaire » sur lalibre.be. L’article était assorti de près de 600 réactions, ce qui est exceptionnel pour un article de notre « Libre« .

Ces 600 réactions, je les ai lues. Je n’ignore pas la réputation peu élogieuse que l’on fait régulièrement aux internautes, volontiers taxés de populistes, d’ignorants, voire de racistes et sectaires, mais nous vivons en démocratie et si des citoyens prennent la peine d’exprimer leur opinion, pourquoi ne pas les entendre ? Leur tonalité générale, de rejet, est sans ambiguïté.

Disons-le sans ambages, je partage leur sentiment d’incompréhension face à ce décret lexical. Toutefois, j’ai le sentiment qu’en accusant l’islam, comme le font de nombreux internautes, on se trompe d’adversaire. Cette réforme procède, me semble-t-il, des sources idéologiques suivantes : d’abord, l’hostilité séculaire de certains milieux laïques et maçonniques – on peut tout dire sur l’Église, mais on hésite à mentionner la loge – à l’égard du fait chrétien. De ce point de vue, qui était celui des révolutionnaires de 1789, il est insupportable de conserver la moindre référence à la tradition chrétienne et légitime de disqualifier les fêtes religieuses, les mois et les années, de reprogrammer le calendrier, etc. Cette ivresse idéologique de « la table rase », les révolutionnaires eux-mêmes finirent par y renoncer, car ils s’aperçurent qu’en se coupant du passé, ils se retranchaient de la communauté des peuples.

Il y a aussi la volonté de certains dirigeants de partis d’accommoder l’électorat musulman, que l’on présume humilié par ces références chrétiennes. Toutefois rien n’est moins sûr. Je connais de nombreux musulmans (et Juifs) d’Europe qui fêtent Noël et qui témoignent aux traditions chrétiennes une forme d’indifférence, voire une franche sympathie, qui tranche radicalement avec la haine bouillonnante des milieux laïques visés au point précédent. Quand des chrétiens manifestent, en France, contre le mariage homosexuel, ils le font aux côtés de musulmans. En telle sorte que les seuls musulmans que ces lois d’effacement « accommodent », en fin de compte, sont les extrémistes. Nouvelle manifestation de l’alliance objective, dans nos contrées, des phalanges gauchistes et islamistes.

Dernier facteur explicatif de ce geste autoritaire : l’atavisme de nombreux politiques wallons, surtout à gauche, qui se figurent qu’en copiant la France, ils s’inscrivent dans le sens du progrès. Les appellations du décret Simonet ne reprennent-elles pas, à l’identique, des appellations officielles de l’État français ? Avec une pointe d’originalité pittoresque pour le Carnaval, qui deviendrait en Communauté française « Congé de détente », ce qui en français s’appelle un pléonasme.

En singeant, on fait le singe. Personne ne réclamait cette réforme et tout indique que l’écrasante majorité de la population lui est hostile. Pourquoi ne pas en faire l’un des enjeux, certes mineur, des prochains débats démocratiques, plutôt que de tenter un passage en force à quelques mois des élections ? Madame la ministre, ne vous enfermez pas dans une logique autoritaire : retirez ce décret, qui ne répond à aucun besoin réel, sinon de satisfaire les pulsions idéologiques de groupes minoritaires, férocement hostiles aux racines de votre propre parti – qui sont celles de notre civilisation.


Sur le web