Breaking News : Le cinéma français indépendant est mort

Le coup est parti tout seul : François Hollande et le gouvernement Ayrault ont tué le cinéma indépendant.

Le coup est parti tout seul : François Hollande et le gouvernement Ayrault ont tué le cinéma indépendant.

Par Pascal Avot.

Lire ICI la réponse d’un professionnel membre de la Commission Nationale aux Médias du Parti Socialiste.

Une ville sur roues

Quand une excellente amie productrice m’a appelé pour me lancer avec une voix paniquée « Hollande vient de flinguer le cinéma français ! », l’espace d’un instant, j’ai imaginé le Président en imper mastic et chapeau mou, vidant son chargeur dans le poitrail de Catherine Deneuve. Et puis je me suis dit qu’il y avait forcément une autre explication.

Le cinéma est une économie en soi. Une quantité impressionnante de métiers se croisent sur la production d’un film : des chauffeurs de camions et de limousines aux cuisiniers en passant par les stars, les maquilleuses, les habilleuses, les coiffeuses, les peintres, les décorateurs, les preneurs de son, les musiciens, les scénaristes, les cascadeurs, les spécialistes des effets spéciaux, les machinistes, les gardes du corps, etc. : la liste est sans fin. Un tournage est une ville qui se déplace au gré du scénario. Sans compter les investisseurs du film : les banques, les distributeurs, les chaînes de télévision, qui donnent leur avis sur tout et pleurnichent au moindre courant d’air. Ajoutez à cela le fait de gérer les hôtels, les avions, les caprices des stars, les urgences, les dépassements de coûts, et la nécessité de tenir une comptabilité au centime près de cette hydre faite de professions absolument disparates, et vous saurez pourquoi les producteurs finissent souvent gros et chauves : c’est un job de fou, difficile à tenir avec talent si vous n’êtes pas alcoolique de naissance et insomniaque par vocation.

L’autre cinéma

Mais tout cela n’est possible que s’il y a beaucoup d’argent pour produire. Quand tel n’est pas le cas, on se débrouille, on bricole, on réduit tous les frais et on paye les gens le moins possible. C’est tout à fait logique. Car une carrière dans le cinéma, comme dans tous les métiers d’art authentiques, se juge au mérite. On commence très bas, stagiaire même pas payé, mais on est fier d’être là. On montre que l’on sait se rendre utile pour être rappelé au tournage suivant. On avance pas à pas, en commençant jeune et humble, et en se glissant sur les plateaux, à porter les cafés.

Nombre de grands films à petits budgets, souvent les premiers films de futurs grands réalisateurs, ont ainsi bénéficié du bénévolat intéressé de braves jeunes gens ambitieux, de copains, de membres de la famille, rémunérés en sandwiches sous plastique et en sourires reconnaissants. On peut faire un tabac en salle avec moins de moyens qu’il n’en faut à MacGyver pour sauver une blonde à forte poitrine – ce n’est jamais de gaité de cœur, mais c’est à la portée des volontés les mieux inspirées. Le cinéma débutant, ou expérimental, ou dissident, ou simplement modeste, est le fruit du système D et du désintéressement. Et c’est tout à son honneur : on ne pourra pas lui reprocher, plus tard, de gagner beaucoup d’argent.

« Bang, Bang, Baby, You’re Dead » (Bruce Springsteen)

Eh bien, Mesdames et Messieurs, Ayrault et Sapin viennent de tuer ce cinéma sans moyens. Comment ? Le plus simplement du monde. Je ne vous ferai pas ici l’offense d’entrer dans le détail : seul le résultat compte. Au terme d’une négociation légiférante comme seul l’État français sait en produire (le genre de tour de table qui ne finit jamais, avec des syndicats comme s’il en pleuvait), nos deux amis ont officialisé la création d’un SMIC par métier dans le cinéma.

Qu’est-ce que cela signifie ? Donnons la parole à un professionnel témoignant sur son wall Facebook :

Technicien pour le cinéma, c’est un boulot très précaire. J’ai été intermittent du spectacle pendant très, très longtemps, mais j’étais libre de faire les films que je voulais avec qui je voulais au prix que j’acceptais, car je considérais et je considère toujours que ma liberté n’a pas de prix. Ça, c’est terminé. Comme il sera interdit de « s’arranger » et que le risque encouru par le producteur sera fatal, il n’y aura plus de possibilités de faire le film de potes à l’arrache.

Voilà, je n’invente rien. Je me contente de vous résumer en langage humain une décision idéologique. Tout est dit : il n’y aura plus que les gros budgets, suffisants pour déclarer tout le monde au Fisc, et payer tout le monde aux néo-Smic. Attendez-vous à en bouffer, du Camping et du Turf. Attendez-vous à toujours plus de démagogie, d’inesthétisme, de copinage et de fils-de.

La fin des idéologies DTC

Il existe mille manières de commenter cette funeste loi, toutes confirmant les thèses libérales. Je vous laisse les dérouler à votre gré. L’essentiel me semble de la faire connaître autour de nous. Nous y tenions, quoi, à notre cinéma indépendant. Il va nous manquer. Quitte à le perdre, autant savoir pourquoi, et en informer nos proches. Pour ma part, je souhaite conclure sur une note fermement anti-Hollande, si vous le voulez bien. Savez-vous ce qu’a déclaré Sapin au sujet de cette Opération Anti-Système D ? « C’est la fin de la récré. » Voilà. Ils ne sont pas maladroits, non, ils sont idéologues. C’est bien pire. The collectivist show must go on.

 

Lire ICI la réponse d’un professionnel membre de la Commission Nationale aux Médias du Parti Socialiste

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