Escroquerie à l’argent public au Royaume-Uni: la France largement touchée

Un faux film créé pour toucher des subventions émeut la presse subventionnée d’un pays sous perfusion.

Les médias français semblent s’émouvoir de la création d’un faux film pour frauder le fisc britannique. C’est ce qu’il se passe chaque année en France, où des équipes entières sont financées par l’argent du contribuable pour le tournage de films non rentables. Le cinéma n’est pas le seul secteur touché ; l’ensemble de l’économie s’apparente à une véritable escroquerie.

Par Baptiste Créteur.

Le film Argo relate la création d’un faux film pour tromper les autorités iraniennes et évacuer le personnel de l’ambassade américaine en Iran. L’histoire semble avoir inspiré des arnaqueurs anglais, qui ont touché 800 000 livres de TVA et espéraient également engranger de nombreux crédits d’impôt. Le Figaro s’émeut d’un tel scandale, où l’argent du contribuable finance une opération frauduleuse ; le film n’était jamais destiné à voir le jour, et seules quelques minutes de film ont été réalisées pour crédibiliser l’escroquerie.

Le journal ferait bien de s’émouvoir, plus largement, d’une immense escroquerie se déroulant chaque année en France dans le milieu du cinéma : des centaines de films sont produits et financés en grande partie par l’argent du contribuable pour ne jamais atteindre le seuil de rentabilité. Des équipes et acteurs sont rémunérés, souvent grassement, pour des films que peu de spectateurs plébiscitent ; l’argent du contribuable sert donc à financer des films qu’il ne voit pas.

D’autres milieux sont touchés. Des expositions, des concerts et des médias sont également subventionnés, financés par le contribuable, au motif qu’ils revêtent un caractère spécifique – liberté de la presse, exception culturelle, information de qualité sont autant de justifications à des arnaques de grande ampleur. Il est d’ailleurs étonnant qu’un journal s’émeuve d’un tel montage, alors qu’il semble lui-même toucher des subventions chaque année sans parvenir à convaincre ses lecteurs.

Que les consommateurs décident de payer pour un produit ou service est on ne peut plus normal. Qu’on oblige le contribuable à payer pour un produit ou service qu’on lui propose ensuite « gratuitement » a tout du mécanisme mafieux, mais semble largement accepté de nos jours. Mais qu’on impose au contribuable de financer des produits ou services qu’il a ensuite la possibilité d’acheter pour un prix qu’il semble encore juger trop élevé – puisqu’il ne les achète pas – revient à lui imposer de payer une fois pour quelque chose dont il ne veut pas ou deux fois pour quelque chose dont il veut.

Les contribuables financent donc la consommation de ceux qui font l’acquisition de ces biens et services subventionnés ou la survie de ceux qui les proposent si les consommateurs ne sont pas en nombre suffisant. Certes, la fin de la distribution d’argent public à des entreprises non rentables entrainerait sans doute leur disparition ; mais aujourd’hui, elles fonctionnent en pure perte, ne parvenant pas à convaincre les consommateurs d’une valeur ajoutée justifiant qu’ils y mettent le prix, et leur coût pour le contribuable semble être ignoré dans les différentes analyses d’efficacité de ces subventions.

Subventionner les canards boiteux est devenu une habitude dans tout ce qui touche de près ou de loin à la culture. L’argent du contribuable serait plus utile dans les caisses d’escrocs accrocs aux perfusions d’argent public que dans la sienne. Mais rien ne dit qu’il y serait resté. Combien de projets potentiellement rentables, dans le milieu culturel ou ailleurs, auraient pu être financés par le contribuable qui aurait choisi de consommer ou d’investir ?

La logique de subvention s’étend au-delà du monde culturel. Des entreprises en difficultés sont subventionnées, aidées, assistées pour leur permettre de survivre. L’intention de sauver l’emploi est louable, mais, de la même façon, ces subventions n’ont aucune légitimité – elles reviennent à récompenser les moins performants en spoliant le contribuable d’une partie des fruits de son travail – et empêchent la création d’emplois plus nombreux car générés dans des secteurs plus rentables. Arnaud Montebourg peut se féliciter de quelques emplois sauvés, sans qu’on puisse bien savoir dans quelle mesure le sauvetage est réellement de son fait ; mais qui comptabilise les emplois détruits et non créés à cause des prélèvements trop élevés qui frappent entreprises et individus ?

L’intervention de l’État dans l’ensemble des secteurs économiques n’est pas sans conséquences ; elle n’est pas non plus sans dangers. Lorsqu’un journal est subventionné, on peut s’interroger sur son impartialité quant à l’utilisation de l’argent public – les journalistes ont déjà largement démontré leur manque d’indépendance et d’objectivité. Mais l’argent du contribuable que l’État distribue à qui tend la main avec assez d’insistance lui donne aussi une occasion inespérée d’intervenir, orienter, décider, s’immiscer dans une économie qui se porterait bien mieux en son absence.

L’argent du contribuable a sauvé PSA ? Il devient crucial que l’État surveille les décisions prises par l’entreprise. La faillite des banques a été évités grâce à l’argent public ? Encadrons les rémunérations des banquiers, il ne faudrait pas qu’ils profitent de l’occasion pour s’en mettre plein les poches. Et profitons-en pour encadrer toutes les rémunérations des dirigeants ; après tout, toutes les entreprises sont aujourd’hui touchées, de près ou de loin, par l’un des tentacules de la pieuvre étatique.

Et c’est ainsi que s’est progressivement mise en place cette escroquerie généralisée qu’on appelle « économie mixte », au sein de laquelle la propriété privée a de moins en moins de sens. L’entreprise privée perd, elle aussi, de son sens ; accompagnée lors de sa création, subventionnée pour créer des emplois, écrasée de taxes, assommée de réglementations, sauvée lorsqu’elle fait faillite, les rémunérations qu’elle verse à ses salariés ne représentent qu’une infime partie de leur salaire complet et celles de ses dirigeants seront bientôt plafonnées. La constante, c’est l’intervention étatique, qui taxe de façon de plus en plus opaque et imprévisible et redistribue de façon non moins opaque et imprévisible. Le risque disparaît, la création aussi.

L’économie dans son ensemble est aujourd’hui dépendante des innombrables ramifications de l’État, qui représente en outre une part significative de l’emploi – au point qu’il devient difficile de s’en passer. Les entrepreneurs sont de plus en plus amenés à réfléchir en termes d’optimisation fiscale, de maximisation des aides reçues et de connivence avec les hommes politiques plutôt qu’en termes de création de richesse et de valeur ; et il est devenu évident aux yeux des Français que le contribuable doit payer sans savoir pourquoi ni pour quoi et financer des activités dont il ne veut pas sans même en être informé.

Un jour proche, pourtant, les citoyens devront apprendre à vivre leur vie par et pour eux-mêmes. L’État n’a plus les moyens des ambitions de ceux qui le gouvernent ; la spoliation de plus en plus légale est aussi de plus en plus visible et de moins en moins acceptée au sein de la population. Ils devront apprendre à jouer eux-mêmes le rôle de société civile et ne plus confier à quelque institution que ce soit le pouvoir de réguler leur vie. Ils devront apprendre à vivre comme ils n’auraient jamais dû cesser de le faire. Ils devront apprendre à vivre en hommes libres.