Aides à la presse : 483 millions pour un système sclérosé ?

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Le problème est que ces aides vont juste contribuer à la survie d’un système sclérosé qui a perdu peu à peu la confiance de la population.

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

Fin août, le président Macron a déclaré vouloir donner 483 millions d’euros à la presse, qui souffre de la crise économique, afin de maintenir la pluralité dans ce secteur. Le problème est que ces aides vont juste contribuer à la survie d’un système sclérosé qui a perdu peu à peu la confiance de la population.

Dans son rapport annuel de 2018, la Cour des comptes mettait en évidence des dysfonctionnements dans les aides à la presse, notamment l’opacité des modalités du dispositif de soutien.

Elle constatait par exemple que « certaines exonérations fiscales ne sont pas chiffrées » et que « le secteur de la presse se voit appliquer des régimes particuliers très favorables par certaines législations ».

De plus, selon la Cour, les documents budgétaires fournis ne permettent pas de jauger avec exactitude l’ampleur de ces aides.

Des aides à la presse profitant à un petit groupe de personnes

Selon le Sénat, la dotation à l’AFP représente un peu moins de la moitié des aides à la presse. En effet, dans le projet de loi de finance pour 2019, les crédits alloués à l’AFP représentaient 133,4 millions d’euros, un montant en hausse. Une situation qui est liée, en partie, au statut particulier de l’Agence qui l’empêche de mobiliser des financements.

Du fait de sa structure unique, l’Agence France-Presse ne possède en effet aucun capital social, une situation qui rend impossible de trouver un prêteur privé pour financer ses investissements. S’il y a eu une volonté de moderniser les statuts par la direction au fil des années, celle-ci n’a pas donné de suite de crainte de mouvements sociaux au sein de l’Agence.

Le résultat est que l’AFP possède un budget de 300 millions d’euros qui est proche de celui de l’agence Reuters News. Mais là où cette dernière appartient à un groupe valorisé à plus de 12 milliards de dollars, l’AFP n’a pas la capacité d’attirer des capitaux privés.

En outre, il ne faut pas oublier le problème de la distribution, contrôlée par Presstalis, société devenue France Messagerie en 2020 après sa liquidation judiciaire. Presstalis était issue des Nouvelles Messageries de la presse parisienne créés en 1947, étroitement liées au Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT.

L’influence de France Messagerie est loin d’être anodine. La coopérative possède de facto le monopole de la distribution des quotidiens nationaux. Cela explique que la CGT puisse, comme elle l’a fait en mai 2019, bloquer la diffusion de journaux s’opposant à ses revendications.

La radicalité de ses méthodes n’est pas nouvelle : en 1991 ont été découvertes, dans les entrepôts des Nouvelles Messageries de la presse parisienne, 5000 armes qui avaient été stockées pendant la guerre froide en prévision d’une possible révolution communiste, ce qui impliquait bien sûr de s’assurer la maîtrise de la presse. Par tous les moyens apparemment !

Les pouvoirs successifs ont fermé les yeux. Le gouvernement actuel a cherché à sauver Presstalis : en 2018, un prêt de l’État de 90 millions lui a été accordé sur 5 ans ; en 2020, la société a reçu 33 millions pendant le confinement, auxquels s’est ajouté un prêt de 35 millions en mai.

Au final, l’intervention de l’État ressemble plus à une énième usine à gaz qu’à une bouée de sauvetage. La crise devrait être l’occasion de remettre à plat le système plutôt que de tenter de le maintenir tel quel.

Les Français se méfient de la presse

Les partisans des aides d’État pour la presse et la distribution arguent souvent qu’elles relèvent de l’intérêt général et garantissent une information de qualité. Sauf que le résultat n’est pas là : la population est de plus en plus méfiante envers les médias.

En 2019, un sondage d’Ipsos Global Advisor montrait que seulement 36 % des Français faisaient confiance à la presse papier ; en Allemagne, ils sont 65 % et aux États-Unis, 52 %. Les Français considèrent même carrément, à 47 %, que la presse écrite ne traite pas l’information de manière honnête – contre 64 % en Allemagne et 53 % aux États-Unis.

Ces chiffres varient peu lorsqu’il est question d’autres medias (audiovisuel et internet). Ce ne sont pas les aides de l’État qui changeront la donne.

La presse allemande, elle aussi, reçoit des aides, mais moindres qu’en France, et jusqu’en 2020 elles n’étaient qu’indirectes, comme aux États-Unis. Le gouvernement allemand a maintenant institué des aides directes d’un montant de 40 millions par an. À titre de comparaison, selon le Sénat, elles se montaient à 217 millions en France, en 2019.

Aide indirecte, la TVA allemande est réduite à 7 %, mais reste moins favorable que le taux français de 2,1 %. Et pourtant, le système de distribution est plus étendu et les ventes meilleures en Allemagne qu’en France. Ainsi en 2017, Bild, le quotidien le plus diffusé, vendait quotidiennement environ 1 688 000 exemplaires contre 685 000 pour Ouest France, notre champion.

Le constat s’impose : en France, les aides profitent surtout aux groupes de pression. Et sans aucun rapport avec la qualité de l’information.

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