Aides à la presse : 483 millions pour un système sclérosé ?

Le problème est que ces aides vont juste contribuer à la survie d’un système sclérosé qui a perdu peu à peu la confiance de la population.

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Aides à la presse : 483 millions pour un système sclérosé ?

Publié le 3 octobre 2020
- A +

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

Fin août, le président Macron a déclaré vouloir donner 483 millions d’euros à la presse, qui souffre de la crise économique, afin de maintenir la pluralité dans ce secteur. Le problème est que ces aides vont juste contribuer à la survie d’un système sclérosé qui a perdu peu à peu la confiance de la population.

Dans son rapport annuel de 2018, la Cour des comptes mettait en évidence des dysfonctionnements dans les aides à la presse, notamment l’opacité des modalités du dispositif de soutien.

Elle constatait par exemple que « certaines exonérations fiscales ne sont pas chiffrées » et que « le secteur de la presse se voit appliquer des régimes particuliers très favorables par certaines législations ».

De plus, selon la Cour, les documents budgétaires fournis ne permettent pas de jauger avec exactitude l’ampleur de ces aides.

Des aides à la presse profitant à un petit groupe de personnes

Selon le Sénat, la dotation à l’AFP représente un peu moins de la moitié des aides à la presse. En effet, dans le projet de loi de finance pour 2019, les crédits alloués à l’AFP représentaient 133,4 millions d’euros, un montant en hausse. Une situation qui est liée, en partie, au statut particulier de l’Agence qui l’empêche de mobiliser des financements.

Du fait de sa structure unique, l’Agence France-Presse ne possède en effet aucun capital social, une situation qui rend impossible de trouver un prêteur privé pour financer ses investissements. S’il y a eu une volonté de moderniser les statuts par la direction au fil des années, celle-ci n’a pas donné de suite de crainte de mouvements sociaux au sein de l’Agence.

Le résultat est que l’AFP possède un budget de 300 millions d’euros qui est proche de celui de l’agence Reuters News. Mais là où cette dernière appartient à un groupe valorisé à plus de 12 milliards de dollars, l’AFP n’a pas la capacité d’attirer des capitaux privés.

En outre, il ne faut pas oublier le problème de la distribution, contrôlée par Presstalis, société devenue France Messagerie en 2020 après sa liquidation judiciaire. Presstalis était issue des Nouvelles Messageries de la presse parisienne créés en 1947, étroitement liées au Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT.

L’influence de France Messagerie est loin d’être anodine. La coopérative possède de facto le monopole de la distribution des quotidiens nationaux. Cela explique que la CGT puisse, comme elle l’a fait en mai 2019, bloquer la diffusion de journaux s’opposant à ses revendications.

La radicalité de ses méthodes n’est pas nouvelle : en 1991 ont été découvertes, dans les entrepôts des Nouvelles Messageries de la presse parisienne, 5000 armes qui avaient été stockées pendant la guerre froide en prévision d’une possible révolution communiste, ce qui impliquait bien sûr de s’assurer la maîtrise de la presse. Par tous les moyens apparemment !

Les pouvoirs successifs ont fermé les yeux. Le gouvernement actuel a cherché à sauver Presstalis : en 2018, un prêt de l’État de 90 millions lui a été accordé sur 5 ans ; en 2020, la société a reçu 33 millions pendant le confinement, auxquels s’est ajouté un prêt de 35 millions en mai.

Au final, l’intervention de l’État ressemble plus à une énième usine à gaz qu’à une bouée de sauvetage. La crise devrait être l’occasion de remettre à plat le système plutôt que de tenter de le maintenir tel quel.

Les Français se méfient de la presse

Les partisans des aides d’État pour la presse et la distribution arguent souvent qu’elles relèvent de l’intérêt général et garantissent une information de qualité. Sauf que le résultat n’est pas là : la population est de plus en plus méfiante envers les médias.

En 2019, un sondage d’Ipsos Global Advisor montrait que seulement 36 % des Français faisaient confiance à la presse papier ; en Allemagne, ils sont 65 % et aux États-Unis, 52 %. Les Français considèrent même carrément, à 47 %, que la presse écrite ne traite pas l’information de manière honnête – contre 64 % en Allemagne et 53 % aux États-Unis.

Ces chiffres varient peu lorsqu’il est question d’autres medias (audiovisuel et internet). Ce ne sont pas les aides de l’État qui changeront la donne.

La presse allemande, elle aussi, reçoit des aides, mais moindres qu’en France, et jusqu’en 2020 elles n’étaient qu’indirectes, comme aux États-Unis. Le gouvernement allemand a maintenant institué des aides directes d’un montant de 40 millions par an. À titre de comparaison, selon le Sénat, elles se montaient à 217 millions en France, en 2019.

Aide indirecte, la TVA allemande est réduite à 7 %, mais reste moins favorable que le taux français de 2,1 %. Et pourtant, le système de distribution est plus étendu et les ventes meilleures en Allemagne qu’en France. Ainsi en 2017, Bild, le quotidien le plus diffusé, vendait quotidiennement environ 1 688 000 exemplaires contre 685 000 pour Ouest France, notre champion.

Le constat s’impose : en France, les aides profitent surtout aux groupes de pression. Et sans aucun rapport avec la qualité de l’information.

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  • On a retrouvé les armes de la Manu qui avait disparues lors de sa liquidation,elles étaient planquées aux NMPP dans l’espoir du grand soir !
    Au lieu de chasser la subvention la presse ferait mieux de chasser le lecteur.

  • ben c’est qu’il va avoir bigrement besoin de la presse ces prochains mois le sieur macron , 2022 approchant à grand pas ; il faut bien nourrir la main qui vante vos exploits ; et puis c’est pas cher , c’est l’état qui paie….

  • A quand un débat sur l’exonération fiscale des journalistes dans une émission comme C dans l’air ,ou C à vous autre chancre,pardon chantre de la bien pensance de gôôôche avec nos impôts comme France Inter?
    Peut-être que si tous ces journalistes payaient leurs impôts comme tout un chacun ,ils auraient une autre analyse et seraient moins haineux envers ceux qu’ils traitent de populistes à longueur de chronique.

  • On a eu toute latitude de voir pendant cette « année Covid », à quoi sert réellement la presse. Non pas faire « une information de qualité », comme l’évoque un peu naïvement l’article, mais assurer le monopole de l’information grand public à l’Etat et à la poignée de milliardaires qui lui sont proches. Contrôler ce qui est dit, assurer une caisse de résonance à la parole gouvernementale, faire en sorte que les discours divergents restent marginaux ou soient ridiculisés.
    La presse grand public française est une vaste machine de propagande, rien de plus. C’est bien pour ça que le public s’en méfie de plus en plus. C’est aussi pour ça que l’Etat ne recule devant aucune dépense pour la maintenir à flot en dépit de déficits abyssaux.

    • la propagande ne me gène pas tant que cela..elle m’inquiete c’est tout..
      en outre il y a un bias dans la perception des opinions des foules.. mais qui touche aussi la presse…

      et qui conduit à des stupeurs..trump, brexit, constitution européenne..

      parce que nous prenons nos compatriotes pour des crétins, nous pensons qu’ils ont convaincus au moins un peu par la propagande..
      et comme notre connaissance de l’opinion se fait souvent pas ce qu’en dit la presse..
      on a aussi des signes clairs qu’il existe une faille sinon un gouffre entre les opinions des médias grand public et l’opinion..

      mais les journalistes se piègent eux même.. ils ne pourront pas vivre UNIQUEMENT..de subventions et de publicité..ils disparaitrons si ils n’apportent pas le surplus d’analyse et de neutralité qu’on attend d’un média.

      n’importe quel youtubeur peut faire ce que font la majeure partie des journalistes actuels..relater des anecdotes et donner des opinions..

      on doit aussi se poser la question, est ce que les gens sont mieux informés qu’auparavant..

      est ce que l’exitence du complotisme par exemple n’est pas une conséquence de la montée d’un doute en soi salutaire sur la parole des médias…

      macron est aussi ouvertement critiqué à des niveaux qui me semblent inédits par rapport à ses prédécesseurs..

      • toutes ces lois sont AUSSI des éléments qui conduisent des tas gens modérés à se réveiller sur l’incroyable sentiment de supériorité d’une certaine autorité dont la « compétence » était auparavant moins mise en doute..
        les gens ne sont pas 100% de smoutons en en outre..les décisions liberticides se VOIENT….

        quand on met une main qui dans le paradis collectiviste, qui dans la bonheur de la sobriété écologique..on se brule un peu et on réalise..que les promesses des idéologues ne sont pas au rendez vous.. début des gilets jaunes..

      • « est ce que l’exitence du complotisme par exemple n’est pas une conséquence de la montée d’un doute en soi salutaire sur la parole des médias… »

        En censurant certains sujets (et je ne parle même pas de thèses extrémistes), les médias laissent un pan complet de l’information et de l’opinion à des « médias » parallèles qui n’ont certes pas la compétence pour vérifier l’information et éviter les dérives.

        Ils creusent leur tombe tout autant qu’ils sont in fine en partie responsables des dérives.

        • « qui n’ont certes pas la compétence pour vérifier l’information et éviter les dérives. »
          les journaleux officielles n’en ont pas d’avantages, au contraire, tout les sujet sont traité avec le lunettes de l’idéologie sans aucune analyse réelle.

  • subventionner c’est une chose, mais ne faudrait il pas alors qu’ en bas de chaque article, surtout en ce qui concerne les sujets ayant trait à la politique gouvernementale soit ajouté un avertissement de conflit d’interêt

    ou que la television publique s’abstienne de parler ou de tout sujet concernant le service public?

    combien avez vous lu d’articles qui évoquent ce bias possible?? pas beaucoup je pense..
    combien avez vous lu d’artiles qui mettent en avant l’objectivité , l’importance des journalistes?

    tout pareil avec l’ecole publique..

    il faut bien comprendre que le présupposé d’unepartie de la gauche c’est NOUS SEULS SOMMES légitimes à guider le peuple et ce qui en est la conséquence, le double standard de jugement.
    Ils n’ont donc pas de valeurs..ils peuvent hair ou adorer les émeutiers..être pour ou contre la liberté d’expression.. ce qui importe c’est qui fait quoi..pas ce qui est fait..

    et être neutre ou objectif ou vrai c’est être de leur bord… le plus inquiétant et qu’ils ne s’en rendent souvent pas compte..ou c’est si profondément et anciennement ancré dans leur cerveau qu’ils ne digèrent pas l’info..
    ce qui rend vital le signalement de vertu..il importe avant tout de montrer les signes de l’appartenance au camp du bien…

    • Rassurez vous Macron et le gouvernement sera toujours vilipendé pour ne pas être assez gauchiste, écologiste, anticapitaliste. On reprochera toujours à l’état de ne pas suffisamment intervenir ou donner de pognon. c’est une habile martingale que jouent les compères, c’est le coup de bon et du méchant flic. La presse demande toujours plus d’état et le gouvernement fait semblant de résister.

  • En fait l’état paie une rançon à la cgt, comme aujourd’hui on paie une rançon aux écologistes. On a un etat de froussards, des collabos et ce depuis l’après guerre.

  • En réalité, l’état claque 5 milliards pour sa propagande.
    France télévision plus nébuleuse rouge de radios et médias divers coutent 4.5 milliards pour 17’000 salariés, plus les « aides » à la presse ça donne bien 5 milliards.

    • Georges Fillioud : Ministre de la communication de Mitterrand s’est chargé de la liquidation par TOUS LES MOYENS de toutes les radios « libres » de droite ou du centre d’où « la nébuleuse rouge » qui aujourd’hui encore sévit !

  • Les « journalistes professionnels » arrivés sur le devant de la scène parce que papamaman a payé des études et par copinage n’en sont probablement qu’au début de leurs problèmes.

    Les chaînes WEB permettent à n’importe qui de toucher un public aussi large que le leur. Aujourd’hui, même avec un filtre du nombre de « suiveurs », on est loin de trouver une qualité marquante dans la rigueur, la pertinence ou la présentation, mais si un sur mille émerge (et on peut remarquer certains potentiels) c’est l’ensemble de la profession qui va changer dans tous les domaines et toutes les « sensibilités » – et par leur faute parce qu’ils laissent le champ libre à une information alternative.

    Et il est surement plus facile de s’auto- former au journalisme devant sa webcam que de devenir physicien atomiste dans son garage.

    • et en fait on vit une apocalypse..le journalisme était sans doute de meilleure quléita auparavant mais juste plus subtilement idéologique.

      la concurrence est BONNE pour le consommateur normalement..

      ..quelle est notre « besoin » d’information..telle est la question..n’est ce pas l’axiome de base des idéologues de savoir le besoin des gens mieux que les gens même?

  • La presse n’est plus que l’organe de la propagande des élites parisienne et bobo : mondialiste, anti capitaliste, écolo… ça fait longtemps que les faits ne sont plus d’aucun intérêts pour ce gens là, seule compte l’idéologie. Les gouvernements le savent bien et c’est pour cela qu’ils renflouent la machine à mensonges encore et encore…

    • il y a des signes…pourtant, d’abord la confiance dans ces médias s’ecroule. écoutez si vous ne savez pas expliquer pourquoi il n’emerge pas de presse plus pluraliste, on a un problème, je constate le manque de pluralisme, l’idéologie..je devine qu’il existe un public pour une presse pluraliste..mais pourquoi n’emerge t elle pas?

      je ne sais pas…la presse grand public vit de pub…et de subventions. .pour faire un média classique il faut du pognon sans doute ..
      est ce alors que ça ne montre pas que la connivence est totale pour les gens qui ont de l’argent?

      La réalité d’un journal ..il n’est pas acheté par des lecteurs..mais des annonceurs.. et pour les médias publics…

      il est surtout comique que ne soit pas rappelé cette réalité à tous les journalistes..

      aux usa ..les médias qui soutiennent trump sont similaires à ceux qui le combattent..

      dès lors qu’un événement peut être clivant il est traité avec un miroir déformant..

      pour les démocrates les manifs blm sont paisibles et les émeutes et saccages anecdotiques..on montre des images de manifestants ..
      pour les partisans de trump les manifs ont pour objet l’emeute et le saccage. on montre des images de saccages..
      mais au moins on a le « choix »…terrible constat on choisit son info..

      il est plutôt difficile de chercher une info qui nous déplait politiquement..
      notez que pour le manifs blm la vraie question est analogue à celle pour les gilets jaunes..vous voulez quoi au juste??

      quand un question est politisée c’est foutu..
      .

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