Le cinéma français tué par l’argent public

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Alors que le cinéma est un outil d’art et de débat d’idée, l’omnipotence de l’État dans ce secteur et le contrôle de fait qu’il exerce sur ses financements sont un danger pour la liberté d’expression.

Par Adélaïde Motte.
Un article de l’Iref-Europe

Le cinéma, instrument de soft power important, est largement subventionné par l’État. Ces subventions vont pour une bonne part aux films à succès, et surtout à gros budget : nouveau gâchis d’argent public.

La dernière cérémonie des Césars montre le déclin du cinéma français.

Malheureusement, il ne date pas d’hier. L’argent public gangrène le cinéma depuis des années, tout comme il gangrène d’autres secteurs. Chaque année, le cinéma français reçoit 500 millions d’euros de subventions, qu’il s’agisse d’aides directes ou d’incitations fiscales. Un chiffre déjà impressionnant, auquel s’ajoutent l’apport des chaînes de télévision et le régime d’assurance chômage des intermittents du spectacle.

Des subventions qui profitent aux films qui n’en ont pas besoin

En 2012, le coût médian des films d’initiative française était de 3,4 millions d’euros, mais son coût moyen était de 5,2 millions d’euros. Cette différence, qui va presque du simple au double, montre la concentration des moyens financiers sur quelques films à budget élevé.

En 2015, certains grands films ont été financés à 15 % par les subventions, alors que la part des aides dans le budget des films français était en moyenne de 8,9 %. Certains films de Charlotte Gainsbourg et d’Omar Sy ont été soutenus à concurrence de 16 % pour l’un, 13,6 % pour l’autre.

De janvier à mai 2015, dix projets de films à plus de 10 millions d’euros, parmi lesquels Les Visiteurs 3, Camping 3, Papa ou Maman 2, Baby sitting 2, Les Tuche 2, avaient déjà réuni des subventions dont ils n’avaient de toute évidence pas besoin (voir plus bas).

Ces subventions profitent, sans surprise, aux têtes d’affiche de ces films à gros budget. Entre Marion Cotillard, Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Christian Clavier, on pourrait multiplier les exemples. Pour La French, autre film important, la moitié des subventions, soit 2 millions d’euros, est allée dans les comptes en banque de Gilles Lelouche et Jean Dujardin. Déjà en 2014, la Cour des comptes recommandait de définir les besoins du secteur cinématographique et les ressources à lui attribuer selon une base pluriannuelle, tout en évaluant l’efficacité des dispositifs de soutien précédemment mis en œuvre.

Le cinéma français biberonné par les subventions publiques

Le cinéma français est financé de plusieurs manières. Au sein des aides de l’État elles-mêmes, un système de soutien automatique permet de reverser aux producteurs, aux distributeurs et aux exploitants une subvention proportionnelle aux recettes.

On pourrait donc supprimer ces subventions, puisqu’elles favorisent les productions qui peuvent fonctionner sans elles, et ne s’appliquent pas à des films qui, de toute façon, n’auraient été que peu distribués. Les collectivités territoriales en dispensent une part, qui s’élevait en 2014 à 6 millions d’euros. Il faut y ajouter la taxe sur les entrées des séances, versée au Centre national du cinéma (CNC).

Le contrôle national des financements privés

Le cinéma est également financé par les préachats des chaînes de télévision, ce qui ne serait sain que s’il s’agissait d’acquisitions volontaires… Mais là aussi, l’État dicte l’art et la manière. Il oblige les grandes chaînes de télévision (TF1, France 2, France 3, M6 et Canal Plus) à investir dans la production cinématographique, et ces subventions sont fortement encadrées.

Canal Plus, par exemple, doit consacrer 45 % de ses préachats à des films d’un budget de 5,34 millions d’euros maximum. Les chaînes de télévision peuvent également investir dans les films en les coproduisant. Les sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel, ou SOFICA, sont également un instrument fiscal de financement, qui représente 60 millions d’euros de contribution annuelle aux productions cinématographiques. Il est permis aux personnes physiques de déduire de leur revenu les sommes versées pour la souscription au capital des SOFICA, dans la limite de 25 % de leur revenu.


Alors que le cinéma est un outil d’art et de débat d’idée, l’omnipotence de l’État dans ce secteur et le contrôle de fait qu’il exerce sur ses financements sont un danger pour la liberté d’expression. Car qui paye commande…

 

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