Et si le parlement de Chypre votait contre la taxe sur les comptes en banques ?

Cette question fait retenir leur souffle aux marchés financiers mondiaux. Est-ce vraiment une possibilité ? Si oui, quelles en sont les implications ? Examinons les différents scénarios.

Cette question fait retenir leur souffle aux marchés financiers mondiaux. Est-ce vraiment une possibilité ? Si oui, quelles en sont les implications ? Examinons les différents scénarios.

Par Open Europe, depuis Bruxelles.

Le parlement chypriote peut-il voter contre la saisie ?

Selon Reuters le porte-parole du gouvernement, Christos Stylianides, a déclaré à la radio que « apparemment, ça ne passera pas ». Pendant ce temps, via Zerohedge :

  • Le président de Chypre : le parlement trouve le plan de sauvetage injuste, le gouvernement fait d’autres plans.
  • Le président de Chypre : le parlement va rejeter le plan de sauvetage.

Comme nous le disions hier sur Twitter, le parti DIKO (membre minoritaire de la coalition avec 8 parlementaires) a déclaré qu’il n’approuverait pas cette offre sous sa forme actuelle, mais nous pensons qu’un allègement de la charge sur les petits épargnants pourrait les convaincre. Le Parti Européen (2 parlementaires) voulait également rejeter la saisie, mais selon la CYBC il est prêt à se repositionner à condition que les épargnants soient remboursés avec intérêts à l’aide de bons gouvernementaux (dont nous supposons qu’ils seraient liés aux revenus du gaz, ce que le gouvernement a déjà offert).

Ceci étant, d’après la presse chypriote, la dernière proposition exempte les comptes en dessous de 20 000€, taxe à 6.75% ceux entre 20 000€ et 100 000€ et à 9.9% ceux contenant plus de 100 000€, ce qui est peu susceptible de satisfaire ceux qui veulent épargner les plus pauvres. La barre des 5.8 milliards d’euros serait également difficile à atteindre, puisque le taux originel serait appliqué à un ensemble plus petit de comptes.

Par ailleurs, nous avons ce matin des rapports contradictoires concernant un nouveau report du vote. Le gouvernement ne risquera probablement pas un vote avant d’avoir toutes les assurances possibles qu’il passera.

Quelles seraient les répercussions ?

Un rejet du projet aurait des conséquences explosives sur lesquelles nous ne pouvons que spéculer, mais l’adhésion à la zone euro serait sans doute remise en question. Comme nous le notions dans notre analyse flash Chypre a bien peu d’alternatives pour récolter l’argent nécessaire, et la zone euro a clairement fait comprendre qu’elle ne règlerait pas entièrement l’addition (ce qui rendrait de toute façon la dette chypriote non viable).

L’Europe pourrait donner à Chypre quelques jours pour changer d’avis ou pour trouver les 5.8 milliards par un autre moyen. Un autre vote parlementaire pourrait avoir lieu (ce ne serait pas la première fois que l’UE exige qu’on vote dans son sens).

La BCE aurait déjà averti des conséquences néfastes d’un rejet. Plus spécifiquement, les deux plus grandes banques chypriotes ne seraient pas recapitalisées et pourraient ne plus recevoir de liquidités de l’ELA (qui dépendent la BCE via la Banque de Chypre). Elles deviendraient alors insolvables et s’effondreraient, entraînant potentiellement avec elles leurs dépôts s’élevant à 30 milliards d’euros (puisque le gouvernement ne peut évidemment pas les garantir) et la plus grande partie, sinon la totalité, du système financier chypriote.

Avec un secteur financier sinistré et sans support de la zone euro ou de la BCE, Chypre pourrait être amenée à quitter l’euro pour émettre sa propre monnaie. Une telle monnaie serait peu reconnue à l’international, ce qui pourrait entraîner une spirale d’hyperinflation (en clair, un très mauvais scénario).

Il y a bien sûr une chance que, devant la perspective du départ de Chypre, le reste de la zone euro trouve un autre moyen de sauvetage, mais les implications politiques d’un tel scénario ont de quoi faire froid dans le dos. Même si la BCE ne donne pas suite à sa menace de priver les banques chypriotes de liquidités, cela ne sera qu’un soulagement temporaire. Le gouvernement sera à court d’argent début juin lorsqu’il devra rembourser une obligation d’un nominal de 1,4 milliard d’euros, et entre temps la situation des banques aura été empirée par la probable vague de prélèvements une fois qu’elles auront rouvert leurs portes, que la taxe soit appliquée ou non.

Quels sont les « autres plans » ?

Le président Nicos Anastasiades n’a pas été très clair en évoquant « d’autres plans ». Nous avons repéré depuis longtemps une option viable pour Chypre qui serait l’approfondissement des relations avec la Russie. Les russes sont furieux contre la zone euro, qui a tenté de brûler les doigts de certains de ses ressortissants titulaires de comptes, et pourraient décider d’apporter leur soutien, peut-être à la condition que Chypre quitte l’euro (non sans implications géopolitiques comme nous l’avons noté ici).

D’autres options font l’objet de rumeurs, dont une taxe sur les transactions financières et la proposition de Lee C. Buchheit et Mitu Gulati (qui ont déjà travaillé sur la restructuration en Grèce) de convertir les dépôts en certificats de dépôts aux taux fixés à long terme. La première a été largement rejetée par Chypre et ne rapporterait sans doute pas assez. La seconde est intéressante mais se concentre sur la liquidité et pas sur la solvabilité, et les banques resteraient sous-capitalisées. Une telle proposition nécessiterait dans tous les cas un soutien (qui ne sera pas gratuit) de la zone euro ou de la Russie, et un accord pourrait être tout aussi difficile à trouver.

Au final, même si l’éventualité d’un « non » de la part des parlementaires chypriotes est séduisante, elle ne mènerait qu’à d’autres choix encore plus sévères. Cela reste une possibilité, mais elle est peu probable.

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