L’écologie totalitaire ne fait pas rêver

Pour Pierre Japhet, l’écologie doit passer de la réalité au rêve : le discours, d’après lui rationnel, des environnementalistes doit faire rêver pour convaincre.

Pour Pierre Japhet, l’écologie doit passer de la réalité au rêve : le discours, d’après lui rationnel, des environnementalistes doit faire rêver pour convaincre.

Par Baptiste Créteur.

Pierre Japhet, environnementaliste convaincu, trouve que les préoccupations environnementales ne sont pas assez prises en compte dans les décisions individuelles et collectives parce que le discours environnementaliste ne fait pas assez rêver.

Acheter des produits locaux et de saison, trier ses déchets, économiser l’eau et l’énergie, adopter une conduite économe, isoler sa maison, prendre les transports en commun, faire du vélo… Ouf ! Voilà sans doute ce qu’une majorité de gens retiennent du discours écologique : une injonction à changer nos comportements, à l’échelle individuelle comme à l’échelle collective.

L’injonction collective à changer les comportements individuels est déjà fort bien comprise ; des publicités en pleine nature pour les véhicules tout-terrain aux feux de cheminée en passant par l’éclairage nocturne, nombreuses sont les restrictions et interdictions que les environnementalistes ont déjà réussi à imposer. S’y ajoutent les nombreuses taxes, qui ne semblent pas suffire puisqu’il aimerait y ajouter une taxe pique-nique là où d’autres rêvent d’une taxe sur les mégots de cigarettes.

Il est rare que les restrictions et taxes qu’on leur impose plaisent aux citoyens ; il est donc nécessaire d’ajouter au bâton constructiviste une imaginaire carotte, d’ajouter à l’écocide un peu d’environnementophilie. Si le rêve environnementaliste était partagé par tous, les mesures liberticides que requiert à son avènement – dans l’esprit de ceux qui n’ont pas compris que l’environnement était un problème technologique – seraient sans doute plus acceptables. Inutile de se demander en quoi les mesures liberticides sont nécessaires si le discours écologique est rationnel et fait rêver : Pierre Japhet veut changer les individus, pas les comprendre.

Un discours qui s’adresse d’abord à notre raison : puisque les ressources de la planète s’épuisent, que les pollutions s’accumulent et que le changement climatique menace, il est nécessaire et logique de modifier nos comportements pour réduire notre empreinte écologique.

On comprend les difficultés à appréhender l’individu et le souhait d’entrer dans le domaine du rêve quand on se rend compte de ses difficultés à appréhender la réalité. Les ressources de la planète sont chaque jour plus grandes, leur limitation intrinsèque étant chaque jour dépassée par les progrès technologiques et scientifiques et certains pays ayant désormais accès à une énergie abondante et bon marché grâce à des technologies que les environnementalistes veulent bannir comme le gaz de schiste ; le changement climatique menace, mais rien n’indique aujourd’hui qu’il soit d’origine anthropique.

À force de les rabâcher depuis plus de 20 ans, certains messages commencent à être entendus. Les comportements changent, lentement. Mais tellement lentement. Alors que pendant le même temps, la société de consommation s’est développée de façon exponentielle et globale, multipliant les produits, les emballages plastiques, les tonnages transportés et les kilomètres parcourus, les pollutions et les gaspillages. L’injonction à consommer serait donc plus forte, plus efficace que les appels à la modération et au discernement. Pourquoi ? Ne serait-ce pas parce que cette société de consommation nous propose avant tout du rêve ?

C’est sans doute parce que la société de consommation s’inscrit avant tout dans la réalité. L’abondance d’aujourd’hui, apportée par la révolution industrielle, permet une vie plus longue en meilleure santé avec des possibilités de loisirs et de connaissance tout aussi abondantes accessibles. Ne serait-ce pas parce qu’il promet d’enlever aux individus les bienfaits du progrès que le rêve environnementaliste n’en est pas un ?

Les pollutions et les gaspillages ont un coût que le marché prend en compte – si tant est qu’on le laisse le faire – de même que la rareté des ressources qui limite leur usage. Aucun système ne protège mieux l’environnement que le capitalisme, aucun mécanisme n’apporte de meilleure prise en compte de l’environnement que le marché. C’est en les diabolisant que les environnementalistes menacent l’environnement.

Pour changer ce rapport de force, ce n’est donc plus seulement de la réalité d’aujourd’hui dont il faut parler, mais aussi du rêve de demain. En quelque sorte, inventer le « I had a dream » de l’écologie, qui serait capable d’entraîner les foules vers la promesse d’un monde meilleur. Un monde dans lequel la coopération et la solidarité primeraient sur la compétition et l’individualisme. Une société qui mesurerait sa richesse au regard du bien-être de sa population et de ses ressources naturelles, plutôt qu’au volume de ses échanges marchands ou financiers. Où le temps passé à s’occuper des autres, à s’instruire, à se cultiver, aurait au moins autant de valeur que celui passé à produire ou vendre des biens matériels.

Parlons donc du rêve de demain, capable d’entraîner les foules vers la promesse d’un monde meilleur, où la coopération et la solidarité primeraient sur la compétition et l’individualisme – autrement dit, où le collectif primerait sur l’individu. Ce monde totalitaire, cette société qui mesurerait sa richesse au regard de critères subjectifs pour mieux nier les sacrifices demandés aux individus pour parvenir à son avènement, n’est pas un monde qui fait rêver.

Si le discours environnementaliste parvient à convaincre les individus de modifier leurs comportements, tant mieux, mais ce n’est pas nécessaire ; le marché aboutira aux mêmes résultats. Mais s’il n’y parvient pas, les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir sont déjà connus ; les projets d’un monde meilleur et d’une société plus heureuse ont tous été déployés par la contrainte et la coercition, par des sacrifices demandés aux individus réels au nom de constructions chimériques.

Il faut dire que la tâche est immense. Il y a tant à déconstruire, et tant à reconstruire. À déconstruire : le rêve de la maison individuelle et son bout de jardin avec piscine, les deux voitures (dont un 4×4 indispensable, on croise tellement de buffles de nos jours), les vacances à l’autre bout de la planète et… les fraises en hiver, entre autres. À reconstruire : des économies locales, un meilleur partage des temps et des espaces de travail, de loisir, de famille et de citoyenneté, un habitat groupé, des villes plus humaines et plus vertes, des sols fertiles, des modes de transport doux et partagés, des relations plus humaines et j’en passe.

Il faut déconstruire le rêve de prospérité d’hier, reconstruire un monde nouveau. Pour cela, rien de tel qu’un homme de paille rhétorique : l’utopie consumériste.

Et ce n’est pas tout. Alors que « l’utopie consumériste » fut pensée par quelques-uns pour s’imposer à tous, un futur véritablement écologique et humaniste ne saurait se construire autrement que de manière démocratique et participative, pour ne surtout pas devenir une énième utopie totalitaire digne du XXe siècle.

L’utopie consumériste, ce si dangereux capitalisme source de prospérité pour des millions d’individus mais aujourd’hui menacé par un État de plus en plus présent et autoritaire – pensée par quelques-uns, matérialisée par quelques autres et rendue accessible à tous – s’est « imposée » parce qu’elle apportait à tous, concrètement, des richesses jusqu’alors inaccessibles et des loisirs pour en jouir.

Au lieu de cela, Pierre Japhet veut une utopie totalitaire digne du XXIe siècle : démocratique et participative, au mépris s’il le faut de droits naturels et imprescriptibles dont les individus jouissent de moins en moins. Un futur véritablement écologique et anti-humaniste qui, personnellement, ne me fait pas rêver.

Vous constaterez que dans toute la propagande écologiste, à part leurs appels à la nature et leurs plaidoyer en faveur de l' »harmonie avec la nature », il n’y a aucune mention des besoins de l’homme et des conditions nécessaires à sa survie. L’homme est traité comme s’il était un phénomène non naturel. L’homme ne peut pas survivre dans le genre d’état de nature que les écologistes envisagent, c’est-à-dire au niveau des oursins ou des ours polaires…

Pour survivre, l’homme doit découvrir et produire tout ce dont il a besoin, ce qui signifie qu’il doit transformer son environnement et l’adapter à ses besoins. La nature ne l’a pas équipé pour s’adapter à son environnement comme les animaux. Des cultures les plus primitives aux civilisations les plus avancées, l’homme a dû fabriquer des choses ; son bien-être dépend de sa capacité à produire. Même la tribu la moins avancée ne peut pas survivre sans cette soi-disant source de pollution : le feu. Ce n’est pas seulement un symbole que le feu ait été la propriété des dieux que Prométhée a apporté à l’homme. Les écologistes sont les nouveaux vautours qui s’agglutinent pour éteindre ce feu. (Ayn Rand,  » Return of the Primitive: The Anti-Industrial Revolution »)