Mort de Stéphane Hessel

Stéphane Hessel, ancien résistant et spécialiste des indignations très sélectives, est mort dans la nuit.

Stéphane Hessel, ancien résistant et auteur du fascicule Indignez-vous ! , est mort dans la nuit de mardi à mercredi.

Par la rédaction de Contrepoints.

Stéphane Hessel, ancien résistant et diplomate français, auteur du fascicule « Indignez-vous ! », est mort dans la nuit du 26 au 27 février, à 95 ans. Il avait réussi à vendre 2 millions d’exemplaires de son petit pamphlet dans lequel il vantait les mérites de l’indignation.

Stéphane Hessel était né en 1917 à Berlin. Il est connu essentiellement pour avoir été résistant, déporté, diplomate, médiateur pour sans-papiers, pro-palestinien, anti-sioniste, auteur et avait enregistré une vingtaine de poèmes au profit du réseau Éducation sans frontières (RESF).

Si nos pensées vont à sa famille et à ses proches, il nous parait néanmoins utile de rappeler les prises de position pour le moins controversées d’un homme dont le portrait public gagnerait à être nettement nuancé. S’il faut saluer le résistant et l’homme de convictions, qui n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pensait, n’oublions pas non plus que, justement, ce qu’il pensait était parfois critiquable.

Saluons à juste titre le Stéphane Hessel résistant au péril de sa vie, défenseur de tous ceux que des régimes privent de liberté ou luttant contre les préjugés sur l’immigration, mais n’oublions pas l’autre face d’un homme pour qui l’indignation était à géométrie très variable et pour qui la liberté de certains était plus importante que celles d’autres. Tout homme privé de sa liberté mérite d’être défendu, pas uniquement ceux dont on partage les idées.

Ses idées furent justement dénoncées dans nos colonnes et ailleurs : en particulier, ses indignations très sélectives au profit uniquement de certains, autant que possible anti-israéliens ou anti-américains. Il tint ainsi des propos très polémiques sur le terrorisme palestinien :

« Je pense bien évidemment que le terrorisme est inacceptable, mais il faut reconnaître que lorsque l’on est occupé avec des moyens militaires infiniment supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être QUE non-violente. »

De même, obstiné dans une opposition constante à Israël, il alla jusqu’à dire que l’occupation nazie valait mieux que les Israéliens en Palestine :

« … la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture. (…) j’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d’art. Tout cela était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait nous rendait à nous résistant le travail si difficile. » (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 21 janvier 2011).

Si les palestiniens méritaient d’être défendus selon lui, il refusa de condamner la dictature cubaine et fut quasiment muet sur les souffrances du peuple syrien. Comme l’écrivait le diplomate Fabio Rafael Fiallo sur Contrepoints :

« Il aura fallu attendre novembre 2011, et donc des milliers de morts et de tortures, pour que Stéphane Hessel se décide finalement à condamner la répression en Syrie pendant un évènement public. Et encore, sa tardive prise de position intervient par ricochet, en réponse à une question qui lui fut formulée à Genève lors d’une soirée organisée par l’association « Enfants de Gaza » et dont l’objectif essentiel était de permettre à Hessel de renouveler ses attaques diffamatoires contre Israël. »

Nombreux sont ceux qui sont privés des libertés les plus élémentaires dans ce monde, de la Palestine à la Corée du Nord, en passant par Cuba. Hessel n’en défendait que certains et refusait de défendre les autres. Comme l’écrit toujours Fabio Rafael Fiallo :

« Silence radio, également, à l’égard du peuple cubain, envers qui la solidarité est une denrée inexistante, car ses souffrances ne cadrent pas avec les visées antiaméricaines des donneurs de leçons de morale tout à la gauche acquis. Les habitants de l’île rouge peuvent vivre muselés des décennies durant, un demi-million d’entre eux ayant connu les prisons et les chambres de torture du régime castriste, les dissidents y peuvent crever dans des geôles immondes ou subir des emprisonnements répétés, les morts par grève de la faim peuvent se succéder, sans que cela ne suscite ne serait-ce qu’un début de mobilisation des donneurs de leçons de morale. »

Des propos qui font écho à ce qu’écrivait récemment Pierre Assouline, journaliste littéraire :

« Vous ne trouverez [dans Indignez-vous] aucune indignation sur la violation des droits de l’homme en Birmanie, en Chine, en Iran, en Corée du Nord, en Libye, en Tunisie et dans tant d’autres pays car l’indignation de Stéphane Hessel est à géométrie variable. »

Sur un autre registre, beaucoup lui reprochèrent de jouer sur les émotions, en appelant à l’indignation permanente, au lieu d’appeler à la raison, à la réflexion. Gilles-William Goldnadel soulignait ainsi les approximations de l’auteur, dont la pensée masquait au final une idéologie de l’indignation permanente qui ne mène à rien. De même, le neurophyschiatre Boris Cyrulnik de dire :

« J’ai beaucoup de tendresse, d’admiration, pour Stéphane Hessel avec qui j’ai beaucoup de concordances de vue mais je m’indigne qu’on nous demande de nous indigner parce que l’indignation est le premier temps de l’engagement aveugle. Il faut nous demander de raisonner et non de nous indigner. »

Aussi dramatique soit, toujours, la mort d’un être humain, il convient de ne pas faire d’un homme très polémique un héros de notre temps. La douleur ne doit pas obscurcir notre jugement au point de nous rendre aveugle aux faiblesses de Stéphane Hessel et à ses positions polémiques. Quand la critique des idées d’un homme devient impossible, c’est que l’esprit critique a disparu. Est-ce vraiment ce qu’il aurait souhaité ?

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