Le pouvoir contre la liberté, la force contre la raison

Deux propositions de lois nient un peu plus les droits imprescriptibles de l’homme. Ne laissons pas la démocratie détruire la liberté.

Formulées au Sénat et à l’Assemblée Nationale par des partis différents, deux propositions de loi voudraient obliger les Français à voter et amnistier les faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et d’activités syndicales ou revendicatives. Les droits individuels ont rarement été plus menacées.

Un billet d’humeur de Baptiste Créteur.

Obliger les Français à voter revient à les obliger à cautionner implicitement le système démocratique français qui conduit le pays vers un collectivisme toujours plus nauséabond. La liberté d’être d’accord n’a de sens que si elle s’accompagne de la liberté de ne pas être d’accord. En imposant des amendes aux abstentionnistes, les députés cherchent à obtenir la participation de tous les Français aux élections, permettant aux représentants du peuple de représenter 100% des citoyens. En votant pour le candidat élu, ils apporteraient leur caution à ses décisions ; en votant pour un autre candidat, ils apporteraient leur caution implicite au principe du choix de la majorité.

Amnistier les faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et d’activités syndicales ou revendicatives, c’est légitimer le recours à la violence et à la force physique. Alors que leurs actions sont susceptibles d’être punies, les syndicats n’hésitent pas aujourd’hui à enfreindre le concept de propriété privée en occupant les sites de production et en détruisant l’outil de travail des salariés qu’ils sont censés représenter et défendre. La question de savoir jusqu’où ils iront si on leur offre tout loisir de recourir à la force ne se pose même pas.

Avec cette proposition de loi, les sénateurs communistes légitiment le recours à la force et à la violence, ennemis de la raison. Cautionner et légitimer la violence est une négation du concept de droit, et c’est sans doute le plus sûr chemin vers la loi du plus fort que les défenseurs de la liberté ont cherché, de tout temps, à combattre, au profit d’une société débarrassée de la coercition. La raison du plus fort n’est jamais la meilleure : elle n’existe pas.

Si tous les Français sont contraints de voter, ceux qu’ils éliront considéreront avoir une légitimité totale ; il sera alors encore moins possible de contester la volonté du peuple. En l’absence de limites au pouvoir de la majorité, en l’absence de droits fondamentaux – liberté, propriété privée, sûreté – ils auront le champ libre pour imposer toute mesure liberticide ou totalitaire qui leur paraitrait conforme aux aspirations de la majorité. Et ce sont précisément ces droits fondamentaux, déjà bafoués aujourd’hui, que la loi sur l’amnistie des faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et activités syndicales ou revendicatives – dont la définition est assez large pour englober toute lutte contre la propriété, le grand capital apatride et la résistance à l’avènement d’une société communiste – fait disparaître, puisque toute action contraire aux droits fondamentaux et à la loi serait excusée si elle intervient dans le cadre d’une révolte bolchévique.

D’une part, on propose que les exactions contre les citoyens soient excusées, cautionnées, légitimées par leurs revendications nauséabondes ; d’autre part, on propose qu’il soit exigé des citoyens qu’ils votent et apportent caution et légitimité à des représentants assez incompétents pour voter des budgets en déficit depuis bientôt quarante ans et faire partir les Français qui ont un potentiel ou l’ont déjà démontré et ayant assez de principe pour réquisitionner et appeler à la dénonciation de ceux qui ne mettraient pas immédiatement leurs biens à disposition de leur égalitarisme passionné et intéressé.

Députés, sénateurs, il est des limites qu’il ne faut pas franchir. Elles ont déjà été souvent franchies, mais le fait que certains d’entre eux vous aient élu pour les représenter ne vous donne pas la légitimité pour nier les droits fondamentaux de tous les Français. Vous évoquez ceux qui ont versé leur sang pour obtenir le droit de vote et voulez en faire un devoir en leur honneur et en leur mémoire ; l’honneur et la mémoire ne constituent pas des devoirs, et la liberté de l’individu n’admet d’autre limite que les droits d’autrui.

Avant tout, le sang a été versé pour faire valoir des droits individuels, des droits naturels et imprescriptibles de l’homme, dont la conservation est le but de toute association politique – pas la négation de ces droits, ni la création de devoirs illégitimes. Vous semblez l’avoir oublié, et créez incessamment des devoirs que rien ne légitime mais que le pouvoir des urnes et le monopole étatique de la violence légitime – que vous proposez de partager avec les syndicats – vous permet de faire respecter. Jusqu’où qu’aille l’idée que vous vous faites de votre légitimité, l’honneur et la mémoire de celles et ceux qui ont versé leur sang pour les droits naturels et imprescriptibles de l’homme seront sauf, tenez-vous le pour dit.