La SNCF donne d’avance des retards à ses trains d’idées

Lorsqu’on liste tous les problèmes de la SNCF, on ne peut que souhaiter ardemment la libéralisation du rail. Cela ne pourra être pire.

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La SNCF donne d’avance des retards à ses trains d’idées

Publié le 9 janvier 2013
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L’année 2013 vient de débuter pour tout le monde, et pour les grévistes de la SNCF, il eut été dommage de ne pas se rappeler aux bons souvenirs des usagés de leurs sévices publics. C’est pourquoi la vieille dame incontinente nous propose, en ce début de semaine, un bouquet de grèves fraîches.

Et cette année innove un tantinet puisqu’à la bonne grosse grève qui paralyse le pays pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines et permet à certains ministres de se découvrir des facilités d’acrobates russes pour courir prestement le pantalon sur les chevilles (hat tip Alain Juppé), les habituels rouspéteurs aigris de la SNCF ont substitué la grève sur une journée, pendant plusieurs semaines — ou plusieurs mois, si l’envie leur dit, et par région, au petit bonheur la chance.

Et pour savoir exactement qui fait grève, où et pourquoi, il faut éplucher les annonces diverses et variées d’une presse qui a bien du mal à y retrouver ses petits.

Ainsi, en Aquitaine, ce sont les lundis et mardis qui sont perturbés. C’est comme ça. (Les raisons sont laissées à l’imagination du lecteur). On ne sait pas combien de lundis seront concernés, mais on en présage un bon paquet si on s’en tient aux habitudes des autres régions.

Et bing le train !Ainsi, entre Poitiers et la Rochelle, ce sera la même chose, dans la bonne humeur qu’on pressent déjà, accolades chaleureuses entre voyageurs compréhensifs et conducteurs / contrôleurs / acrobates du rail divers. Les papouilles humides des uns sur les tronches des autres rougies par le froid et les rudes conditions du sacerdoce du chemin de fer seront à n’en point douter un véritable baume tant on sait que c’est aussi pour les salariés du privé qu’ils luttent ainsi pour de meilleures conditions de tout.

Ainsi, en Midi-Pyrénées, on a aussi une grève hebdomadaire. L’article, écrit dans le style journalistique habituel (confus et hâché) parle d’un sixième lundi de grève pour les agents de conduite (qui ont les yeux tout humides à cause de la rénovation des lignes, de salaires trop petits et d’effectifs trop faibles), et évoque aussi la grève des contrôleurs les vendredis. Car en matière de grève hebdomadaire à la SNCF, le panachage, c’est possible.

Ainsi, relier une ville de province à la capitale est devenu un véritable parcours du combattant cauchemardesque qui permet à chaque contribuable, confronté à l’absolu mépris de la société nationale vis-à-vis du contrat de transport passé avec lui, de bien comprendre la notion de prise en otage, de spoliation, d’extorsion de fonds par voie armée (eh oui, les impôts, c’est aussi ça), le tout dans un package simple avec un joli logo et un slogan aguicheur.

Bien sûr, on retrouve de méchants actes de malveillance qui semblent excuser sans expliquer (ou expliquer sans excuser ?) les retards homériques subis par les trains de la société nationale. On trouve aussi des pannes inattendues de matériel. Des pannes, plus attendues, de personnel. Des pannes de contrôleurs. Des pannes de sandwich. Des pannes de guichets. Des pannes de poinçonneuses. Bref.

Petit à petit, de merdages mémorables en naufrages du rail au retentissement national (voire international), la compagnie de trains se mue en location de taxis et de car interurbains pour déplacer les myriades de gogos captifs clients qu’elle s’était pourtant engagée à faire voyager en train. Les retards conséquents sont maintenant légions. Tenez, pour rire, j’ai fait une recherche sur « retard 5h sncf », et je suis tombé sur ces quelques occurrences :

8 février 2010
5 mai 2012
2 novembre 2012

En fouillant plus, on doit trouver sans problème une intéressante collection de dépêches et autres brèves AFP pour les années précédentes, et, en affinant (en prenant en compte tous les « petits retards » de moins de 5h, en incluant les retards sur le réseau français des compagnies-sœurs comme Eurostar ou Thalys), on aura une meilleure idée de la ponctualité et du sérieux de la SNCF. Un exercice avait d’ailleurs été lancé en 2011 par la CFDT qui avait trouvé qu’un tiers des trains … arrivaient à l’heure (oui oui, seulement un tiers).

et boum le train

Il est intéressant de constater que cette dégradation n’est pas seulement technique et physique, mais bel et bien un phénomène structurel, que la société de chemins de fer vit de l’intérieur et parfaitement visible dans l’utilisation de slogans de plus en plus éthérés et loin de la réalité du rail (ou duraille) que tout client connaît. Ainsi, en 1970, la SNCF, c’était un «Prenons le train» bien factuel. En 83, on restait là encore dans le terre-à-terre un peu basique avec «Le train, du bon temps à petit prix». À partir de 1988, on a commencé à voir émerger une entreprise qui vendait du rêve, des voyages lunaires et des concepts acidulés et rigolos, avec son «SNCF c’est possible» qui aura fait date. En 1991, il n’était plus question de trains, mais de progrès, qui ne valait que s’il était partagé par tous (comme la facture, salée). En 1995, la SNCF tentait de nous faire préférer le train, et paralysait le pays dans une grève qui coûta à la nation plusieurs milliards d’euros (dont un demi rien que pour la SNCF et la RATP). Depuis 2005, la SNCF s’échine à donner à ses trains des idées d’avance, sans que ceux-ci semblent en trouver.

Pendant ce temps, les subventions, soultes et autres bail-out bedonnants d’une société de chemins de fer en quasi-faillite ne s’arrêtent pas (avec les mêmes effets que tous les autres secteurs subventionnés : la déroute) ; malgré ces rivières d’argent public en pure perte, la grogne monte de plus en plus chez les usagers excédés d’un service lamentable. Si l’on y ajoute, comme révélé par Philippe Herlin sur son blog, la gestion non plus fantaisiste mais carrément criminelle de l’argent injecté dans des montages financiers qui ont prouvé (en Grèce par exemple) leur nocivité, on comprend que l’avenir pour la société nationale est catastrophique.

La SNCF, comme je le disais en introduction, est une vieille dame complètement incontinente des vastes océans d’argent du contribuable qui lui sont attribués tous les ans et qui partent dans une myriade de postes divers, sans que le client, le contribuable ou l’usager puisse constater une quelconque amélioration des conditions de transport : les rames vieillissent, les horaires sont passés d’indicatifs à facultatifs, les services à bord frisent souvent l’humoristique, et les tarifs sont maintenant une référence en matière d’opacité (à côté de Black/Quadri, Pantone va insérer Tarifs/SNCF dans ses nuanciers).

À l’heure où les finances et les économies des uns et des autres se font plus tendues, il devient plus qu’urgent de remettre en question les statuts et les habitudes des vieilles institutions qui ont largement démontré leur totale incapacité à faire des réformes en profondeur. À ce titre, la SNCF n’échappe pas à la règle. Quand on revient, comme je viens de le faire, sur tous les éléments consternants qui caractérisent maintenant le rail français, on ne peut aboutir qu’à une unique conclusion : il faut en finir avec cette abomination. La libéralisation du rail français, timidement envisagée par la contrainte européenne, n’est plus seulement souhaitable, mais elle devient nécessaire, indispensable et urgente : chaque jour qui passe, cette entreprise accroît mécaniquement ses pertes et donc le malheur autour d’elle. Chaque année supplémentaire sans la moindre remise en cause ajoute à la pile des vexations, des frustrations, des déficits, des dettes, des problèmes non traités qui débouleront un jour, inévitablement, tous ensembles.

Ce jour approche, soyez-en sûr. Et ce jour-là, ne prenez pas le train (même en marche).
—-
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  • Les trains suisse ont 97.7% de correspondance assurée en temps et en heure (retard comptabilisé après 3 minutes)

    Le journaliste du monde de rajouter que la SNCF n’a pas à rougir « puisque 80% du transport est assuré ». Suit une explication mystérieuse sur la différence suisse/france: En Suisse le train est utilisé par des pendulaires qui se rendent au travail !!? (alors qu’en France on prend le train pour des conneries, genre achat de saucisse en Alsace, suivis d’un détour pour les fameuses bêtises de Cambrai)
    http://transports.blog.lemonde.fr/2012/03/30/ponctuel-comme-un-train-suisse/

    LOL 20% de gens sur le carreau et pour une somme modique: En 2008 déjà, la dette total SNCF+RFF+SAAD était de 182 milliards d’euros.

    • entre morteau et la chaux de fonds, la ligne de chemin de fer est assumée par la sncf. il n’y a pas un mois qui s’écoule sans qu’il n’y ait au minimum 1 jour de grêve. avec votre abonnement mensuel, vous prévoyez d’arriver à tel heure, manque de bol, le jour de la grêve, c’est une heure de bouchon à la frontière, vous arrivez en retard. parfois, la grêve commence à midi, sans que vous en soyez averti, vous vous êtes rendu au travail par le train, vous rentrerez chez vous en stop le soir. il arrive même que la suisse prenne pitié de tous ces travailleurs frontalier en rade à la tchaux et affrète un train pour les rammener gratuitement en france…
      entre pontarlier et neuchâtel, le transport en commun est assuré par la trn en bus jusqu’à fleurier et en train par les cff jusqu’à neuchâtel. depuis 3 ans, pas vu un jour de grêve, le service existe et est permanent. et il est même de haut niveau : en hiver, quand il y a de fortes chutes de neige et que le bus de la trn a du retard, le chauffeur téléphone à la gare de fleurier en lui demandant de retarder le train des cff de quelques minutes pour assurer la correspondance !

  • Christian Gérondeau : « Écologie, la fin : Vingt ans de décisions ruineuses, Éditions du Toucan, 2012.

    Chapitre 9 – p. 247 :

    « […] Alors qu’ils ne répondent qu’à 5% de nos besoins nationaux de transports, les chemins de fer coûtent chaque année 11 milliard d’€ au moins au contribuables français, au nom d’une notion erronée du « service public. […] »

    https://www.amazon.fr/%C3%89cologie-fin-Vingt-d%C3%A9cisions-ruineuses/dp/2810004951

    • « « […] Alors qu’ils ne répondent qu’à 5% de nos besoins nationaux de transports, les chemins de fer coûtent chaque année 11 milliard d’€ au moins au contribuables français, au nom d’une notion erronée du « service public. […] » »

      Helas.

      Et globalement, avec l’accumulation de dettes astronomiques, ce n’est pas seulement le Fret SNCF mais tout le rail francais qui est en faillite. Et comme ca ne suffit pas on ouvre de nouvelles lignes TGV.

      Une enquete de Contrepoints sur les derniers chiffres ne serait pas du luxe. 🙂

      Merci d’avance.
      Stef.

  • Ce n’est pas « sous » Hollande que ça va être privatisé !!

  • À Stockholm, pour un retard supérieur à 30 minutes la SL rembourse les frais de taxi à tous les voyageurs jusqu’à 800 couronnes, soit environ 80€, et ce quelqu’en soit le motif.

    Il serait cocasse et efficace que la SNCF et la RATP mettent en place ce mécanisme en y affectant le montant (himalayen) de primes de leurs salariés.

  • Un ensemble de bétises et de « on dit » sans aucune fondement, à proprement dit à gerber. (Sauf pour les grèves actuelles)

    Ps: Prime « Hymalayenne » sans blague…oui prime de charbon et tutti quanti (prime d’absence de prime incluse), Non mais sans rire a part quelques aberration existant toujours dans l’entreprise malheureusement, les primes existantes sont tous sauf monstrueuse (une indemnité de tenue de caisse a 35cts par jour…Vous allez avoir du mal a payer des taxis avec)!

    • Quant on coute 182 milliards (Dette total SNCF+RFF+SAAD) pour assurer 5% du transport on vient avec des billes, des documents, des preuves ou sinon des excuses pour faire partie de cette mafia même si on n’est qu’un petit soldat.

    • Je fais gerber un cheminot qui vient ici, petit doigt sur la couture du pantalon, parader pour son syndicat ? Oh, bah chouette alors !

      • Ah les idées reçu sur les cheminots tous syndiquer et prêt a faire greve au moindre pied de travers, autour d’un saucisse bière. Il serait temps que vous sortiez de vos préjuger dont sont rempli justement l’article, je ne suis pas syndiquer, et n’ai jamais été gréviste. Les seules primes que je touche est celle dont je vous est parler (35cts par jours la blague), ainsi qu’une autre qui est en faites parti de la rémunération « de base » de tout cheminot mais qui en cas d’arrêt maladie n’est pas incluse dans le remboursement de la sécu… Et tout cumulez me demanderiez vous? 1300 euros par mois dites moi ce qu’il y a d’hymalayen dedans quand on est charger de la sécurité des circulations ferroviaire…
        (Prime de charbon c’était une boutade des gens aussi bien informer que vous ne pouvez que savoir qu’elle a été supprimer il y a environ 30 ans… Ou pas)

  • Additionnez rien que ce que vous dites : charbon, tenue de caisse, prime spéciale de congés pour compenser la perte de prime de conduite pendant les congés des conducteurs, et vous obtenez déjà des Pyrénées.
    Le montant versé par SL est de 8 millions d’euros par an, vous tirez justement la fâcheuse conclusion : le niveau de ponctualité est si lamentable qu’il faudrait à tout le moins l’équivalent de la dette refilée à RFF pour l’indemniser.

  • Peut être un jour quelqu’un supprimera-t’il toutes ces primes sans objets et imméritées dont bénéficient tous ces fonctionnaires. C’est une honte, lorsque l’on a un emploi à vie.

    • Un joli concentré de clichés… comme la prime charbon qui n’existe plus Allez demander aux clients Anglais décédés ce qu ils pensent de la libéralisation du ferroviaire.

  • La Poste aussi n’est pas mal dans le genre:

    https://www.facebook.com/PlainteContreLaPoste

    Sur ce site, à chaque fois que je regarde les derniers avis posté, il y en a plusieurs de la poste qui sont à 99% des avis très négatifs (un ou deux étoiles) et quand je poste ce message il y en a 3 avec 1 étoile pour la poste :
    http://www.les-horaires.fr/last_avis.php

    http://www.ciao.fr/Avis/La_Poste__7407/SortOrder/2

    Et là 58 avis défavorable à la poste sur 7 positifs:
    http://www.linternaute.com/actualite/temoignage/appelatemoin/4720/que-pensez-vous-des-services-de-la-poste/

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