Édouard Martin, CFDT : le syndicaliste le plus perspicace de France

Edouard Martin, quand il intervenait dans les événéments de Ségolène Royal

Dans sa lettre ouverte à François Hollande, Edouard Martin démontre que les syndicats français peuvent être plus perspicaces et moins gourmands.

Dans sa lettre ouverte à François Hollande, Édouard Martin démontre que les syndicats français peuvent être plus perspicaces et moins gourmands.

Par Baptiste Créteur.

Édouard Martin, quand il intervenait dans les événements de Ségolène Royal

Édouard Martin, jaloux du succès d’Arnaud Montebourg en marinière auprès de la ménagère de plus de 50 ans, ne veut pas qu’on l’oublie. Il publie une lettre ouverte au Président de la République que Libération relaie. On y découvre un syndicaliste perspicace, qui dénonce les erreurs du gouvernement et le gâchis d’argent public et demande des réponses là où les syndicats, habituellement, demandent de l’argent ou de l’argent et les clés de la maison.

D’abord, Édouard Martin nous explique pourquoi Florange n’est pas rentable :

2ème ABSURDITE : on va proposer à la vente une usine, à Florange, pour fabriquer des brames, sans les laminoirs. Qui peut consommer de brames, ces blocs d’acier de 20 tonnes ? Les sidérurgistes qui les laminent. Ont-ils besoin de brames ? Non, ils en ont tous un peu trop en Europe. Peut-on les exporter ? Non, car, même au Brésil, en bord de mer, sur le minerai, ceux qui en fabriquent, MITTAL en particulier, n’ont pas de client aujourd’hui. C’est donc absurde de chercher à vendre une usine à brames mais on va essayer de le faire ! Pendant deux mois et en mobilisant toutes les ambassades !

On produit trop, à quoi bon chercher acquéreur pour quelque chose dont tout le monde cherche à se débarrasser, en mobilisant au passage des serviteurs de l’État qui ont sans doute bien mieux à faire ? Il ne s’arrête pas là dans sa dénonciation de la gabegie, et démontre que forcer les dirigeants d’entreprise à mentir pour rassurer l’opinion ne trompe plus personne :

6ème MENSONGE : On renforcera la filière packaging (acier pour emballage). C’est faux. Ces aciers sont en concurrence avec l’aluminium. L’augmentation très forte des prix des minerais et du charbon les a rendus moins compétitifs. MITTAL a trois usines pour fabriquer ces produits en Europe du Nord : LIÈGE, FLORANGE, et BASSE-INDRE près de NANTES. Elles sont chargées à 40%. Et MITTAL a promis de renforcer la filière de LIÈGE en contrepartie de l’arrêt des Hauts Fourneaux, il a promis de renforcer la filière de FLORANGE en contrepartie de la fermeture des Hauts Fourneaux et il a promis de pérenniser la filière de BASSE INDRE. À qui ment-il ? Aux Wallons, aux Lorrains, aux Nantais ? ou aux trois ?

Il rappelle que le progrès ne se décrète pas :

4ème MENSONGE : on fera ULCOS. C’est faux. On nous dira dans deux ans ce qu’on nous dit aujourd’hui : que les chercheurs n’ont pas trouvé. Eux n’ont pas la parole, c’est MITTAL qui parle pour eux.

Les chercheurs cherchent, mais on n’est pas sûr qu’ils trouvent. Un peu comme François Hollande avec les solutions à la crise et les chômeurs avec l’emploi. Il va même plus loin, en dénonçant l’argent public jeté par les fenêtres pour tenter de mettre sur pied une technologie non rentable :

4ème ABSURDITE : on veut nous faire croire que si les chercheurs trouvent, on fera ULCOS. ULCOS est un projet européen, financé par la CEE, la France et, pour un tiers, soit 200 Millions d’euros, par le privé (MITTAL ou autre). Personne ne mettra d’argent privé dans ULCOS tant que la tonne de C02 s’échangera à 7 € et qu’il en faudra peut être le double pour faire fonctionner ULCOS (électricité, maintenance, etc.). Quel investisseur privé ira convaincre ses actionnaires de dépenser 200 Millions d’euros dans ULCOS, et, si ça marche, de perdre 15 à 20 Millions d’euros par an si on le fait fonctionner. Et même si la CEE et la France veulent tout payer à M. Mittal, pourquoi mettre 600 Millions d’euros dans un démonstrateur qui sera arrêté après les essais car installé à Florange sur une filière à un seul Haut Fourneau, donc non compétitive. On aurait donc construit la machine à séparer le CO du C02, 40 à 80 km de gazoduc pour aller de Florange jusqu’en Meuse, une station d’enfouissement pour tout mettre à la ferraille à la fin des essais, au bout de 18 mois peut-être. Quelqu’un dira que c’est gâcher l’argent du contribuable français et du contribuable européen et il aura raison.

Bravo, monsieur Martin, pour cette lettre qui nous explique donc que le politique ne peut pas décréter la création et la production et qu’il ne sert à rien de mener des projets non rentables, même avec l’argent du contribuable. Qu’un syndicaliste français se montre soucieux de l’usage de l’argent public est une excellente surprise.

3ème MENSONGE : grâce aux accords de Matignon avec MITTAL on maintient l’emploi. C’est faux. Il n’y aura pas de plan social parce que la pyramide des âges de l’usine conduira au départ naturel de plus de 600 personnes en trois ans. Dès lors, faire un plan social coûterait plus cher à MITTAL qui devrait payer les indemnités de licenciement puis, avant trois ans, embaucher 600 personnes et payer le prix très élevé de leur formation. Ne pas avoir de plan social est une bonne chose, mais ce n’est pas une victoire.

Que personne ne soit licencié, qu’il ait l’air d’avoir gagné aux yeux des médias, ça ne suffit pas à Édouard Martin : il n’est pas Arnaud Montebourg. Il veut lutter, pour obtenir enfin des réponses aux questions qui le tourmentent, pour lever enfin le voile sur les mystères qui l’obsèdent depuis des semaines, pour interpeller le gouvernement devant son impuissance et son inaction.

Félicitations, monsieur Martin : votre lettre est un aveu d’incompréhension et vous cherchez à obtenir des réponses. Votre curiosité vous honore, et, si elle n’est pas qu’une posture ou une rhétorique, vous pourrez rendre enfin pertinents les syndicats français. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, et posez les mêmes questions que celles que vous posez à Mittal aux hommes politiques, par exemple à Yann Galut, député et conseiller général du Cher :

Pourquoi [le Conseil Général du Cher] n’a-t-il pas déposé, à notre connaissance, ses comptes 2011 [et pourquoi les institutions financées par l’argent du contribuable ne sont-elles pas soumises à une transparence exemplaire] ? Les responsables financiers français les ont-ils seulement signés ? Nous attendons de votre part des réponses à toutes ces questions. Nous ne voulons plus de ces mensonges, plus de ces absurdités, plus de ce brouillard, de ces embrouilles fiscales ou financières. Nous voulons retrouver le chemin de la vérité, celui qui nous donnera un avenir.

Si les syndicats et institutions publiques et para-publiques font preuve envers eux-mêmes des mêmes exigences de transparence et d’exemplarité que celles que vous formulez pour votre employeur, la France a peut-être un espoir. Continuez la lutte, monsieur Martin !