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Économie sociale et solidaire : un pacte d'improductivité pour le retour au plein-emploi

Publié le 8/12/2012

L'économie sociale et solidaire est-elle vraiment une voie pour sortir de la crise en France ?

Par Baptiste Créteur.

Une économie qui sait ou elle va. Dans le mur ?

L'économie sociale et solidaire, dont les partisans estiment qu'il vaut mieux inciter voire forcer les gens à investir dans des projets non rentables, pourrait, à en croire Claude Alphandéry, François Chérèque et Edmond Maire, rendre l'économie française compétitive.

Pour commencer, comprenons les causes du déclin industriel de la France :

Le coût du travail n'est que l'une des nombreuses causes du déclin industriel de la France (pression excessive du capital financier, manque de coopération, manque de considération pour les salariés, les usagers, les fournisseurs, excès de charges intermédiaires...).

Il aurait été difficile sans doute de ne pas commencer par dénoncer ceux qui cherchent à ce que leurs investissements soient rentables, c'est-à-dire ceux qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs que les partisans de l'économie sociale et solidaire. Ils seraient responsables du déclin de l'industrie, au même titre que la disparition progressive des parties de pétanque l'après-midi et la division par cinq en dix ans du temps alloué aux salamalecs entre salariés, patrons, clients, fournisseurs et syndicats.

Le "pacte de compétitivité" est donc incontournable, il n'a que trop tardé. Mais, tel qu'il est, il ne se suffit pas à lui-même : la compétitivité crée certes de nouvelles activités, de nouveaux métiers, de nouveaux postes d'emplois. Mais elle en supprime beaucoup d'autres au nom de l'efficacité. Le solde n'est pas en mesure de réduire sensiblement le gap (fossé) de cinq millions de chômeurs.

Eh oui, c'est bien connu, une économie compétitive, efficace et à forte productivité détruit de l'emploi. Prenons exemple sur l'U.R.S.S : aucune efficacité, aucune compétitivité, productivité faible, plein emploi. C'est d'ailleurs ce qu'envisagent très sérieusement les tenants de l'E(R)SS :

les progrès de la technologie, l'ampleur des forces de travail émanant des pays "du Sud", les bouleversements des modes de production, d'échange et de consommation sont tels qu'aucun retour au plein-emploi n'est possible sans la création d'un nombre considérable d'emplois reposant sur le travail humain, son aptitude à répondre aux problèmes de la société et de l'environnement. Ces emplois se trouvent dans les secteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS).

Voilà donc la solution au chômage : bannissons la technologie, fermons nos frontières aux importations, changeons les modes de production et de consommation et revenons à cet âge d'or du travail humain. Un ouvrier torse nu sous sa salopette qui sue à grosses gouttes sur fond de hauts fourneaux, c'est quand même autre chose qu'un opérateur qui surveille l'ordinateur qui contrôle les machines qui produisent. Certes, ce dernier est plus productif, plus efficace et plus compétitif, mais cela n'a aucun intérêt puisque les modes de consommation doivent de toute façon changer.

L'ESS est indépendante du capital financier. Elle échappe à la recherche effrénée de profits et privilégie non pas la poursuite de gains maxima et immédiats, mais une finalité sociale, écologique. Elle crée des emplois que le marché ignore faute de rentabilité suffisante. Elle les crée partout où des besoins insatisfaits s'imposent (services aux personnes dépendantes, recrutement de personnes rejetées du marché du travail, économies d'énergie, recyclage de produits en fin de vie, consommation responsable, etc.).

Que ceux qui espéraient s'enrichir ôtent leurs œillères et regardent la réalité en face : leur recherche effrénée de profits est destructrice pour l'emploi et l'environnement. À la place, ils devraient, ils devront, financer l'E(R)SS, recruter des "personnes rejetées du marché du travail", sans doute parce que leur trop grande productivité menaçait l'emploi des autres. Peut-être aussi parce que le SMIC et les monopoles les maintiennent hors de l'emploi, dans un élan social et solidaire. L'ESS est indépendante du capital financier puisque, comme elle n'est pas rentable, le seul moyen de la développer est de contraindre tout le monde à la financer. D'ailleurs, sa rentabilité est bien plus élevée qu'on ne le croit :

Elle crée de la valeur ajoutée par sa capacité d'innovation sociale, de coopération, d'écoute, mais aussi par les concours bénévoles qu'elle reçoit, l'épargne solidaire qu'elle suscite, les circuits courts qu'elle met en œuvre. Elle évite des coûts directs (indemnités et effets immédiats du chômage) et indirects (effets à venir). Elle est en fait un investissement social et humain dont les gains sont à évaluer.

La valeur créée n'est pas quantifiable financièrement, mais on peut la mesurer en termes de coopération, d'écoute, de concours bénévoles. Mieux vaut forcer les individus à financer des emplois non productifs qu'à financer le chômage, parce qu'en plus, elle est un investissement social et humain, elle finance des emplois qui ne seront jamais productifs mais pour lesquels ceux qui les occupent seront contents d'être payés.

les milieux dirigeants ont du mal à se projeter hors du modèle dominant, à donner toute sa place, aux côtés du marché et de l’État, à une économie de solidarité, de réciprocité, respectueuse de l'humain et de l'environnement. La reconnaissance de cette place est une bataille essentielle.

C'est indéniable : les milieux dirigeants ont du mal à se projeter hors du modèle collectivisme/étatisme d'une économie mixte qui a fait la preuve de son inefficacité. On peut rêver que la liberté soit mise au centre des relations humaines et décliner cette conviction sous forme de mesures concrètes. Malheureusement, ce n'est sans doute pas ce qu'il va se passer. Mieux vaut partir, avant qu'il ne soit trop tard. Les partisans de la liberté ne sont pas plus bienvenus dans la France d'aujourd'hui qu'ils ne le seront en E.(R.)S.S.

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Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=107153

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