Peut-on encore faire preuve d’optimisme ?

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La loi des grands nombres combinée à l’observation de l’histoire humaine permet d’affirmer que, en moyenne, les hommes sont rationnels.

La loi des grands nombres combinée à l’observation de l’histoire humaine permet d’affirmer que, en moyenne, les hommes sont rationnels. De quoi être optimiste !

Par Fabrice Descamps.

À plusieurs reprises déjà, certains internautes m’ont accablé de leurs sarcasmes en lisant mon blog : « Pauvre petit naïf », « optimiste béat », « idiot utile », tels furent quelques-uns des lazzi envoyés par de courageux anonymes à votre serviteur.

Je ne suis pas toujours très fier de moi, mais j’éprouve néanmoins une certaine satisfaction à ne pas me réveiller le matin dans la peau de quelqu’un qui se cache derrière un pseudonyme infantile pour passer ses nerfs sur son prochain. Ceux qui agissent ainsi sont tout bonnement lâches, méprisables… et très irrationnels.

Je ne crois donc pas être soupçonnable d’entretenir quelque illusion quant à l’espèce humaine.

Je suis par ailleurs d’une nature plutôt anxieuse, en conséquence de quoi je me sens autorisé à dire que l’optimisme affiché dans mon blog n’est pas le fruit d’un élan spontané, mais d’une réflexion approfondie.

Pourquoi me sens-je fondé à être optimiste ? Tout simplement parce que la loi des grands nombres combinée à l’observation de l’histoire humaine me permet d’affirmer que, en moyenne, les hommes sont rationnels.

Il y a peu de chances qu’une salle des profs soit rationnelle ; il y en a en revanche beaucoup qu’un pays de plusieurs millions d’habitants le soit. Il y a de même peu de chances que vous rencontriez une personne rationnelle en chair et en os ; pourtant le Français moyen en est généralement une. Étant donné les capacités cognitives de son encéphale et les preuves passées de ses prouesses intellectuelles, l’homme est en moyenne rationnel.

Je prétends même, mais sans pouvoir encore en apporter la preuve, que les sociétés développées apparaissent forcément tôt ou tard à partir d’une certaine densité de population. Inversement, je pense que les groupes de chasseurs-cueilleurs isolés, comme les Amazoniens ou les Papous, sont condamnés, sans contact extérieur, à la stagnation technico-économique du fait de la trop faible densité de leurs sociétés.

Bien entendu, si, tels Bertrand Russell et Karl Popper, vous refusez l’induction, vous pourriez me rétorquer qu’aucune preuve passée de la rationalité humaine ne vous convaincra de sa rationalité future. Mais il est néanmoins suffisamment probable qu’il en soit ainsi pour en prendre rationnellement le pari.

Évidemment, vous pourriez me citer des contre-exemples fameux : la foule du stade du Heysel ne fut pas très rationnelle, ni le peuple allemand entre 1933 et 1945.

Or ces deux cas confirment tout à l’inverse mes propos : des événements comme ceux du Heysel sont rares ; des périodes historiques comme le nazisme aussi.

On constate inversement que notre rationalité se manifeste dans le monde sous deux formes : la rationalité horizontale – nous sommes rationnels en moyenne sur une population suffisamment grande ; la rationalité verticale – nous sommes rationnels en moyenne sur une période historique suffisamment longue.

Ces considérations viennent étayer un des deux principes de l’individualisme méthodologique [1], pilier de la pensée libérale en sciences humaines : ce que les individus accomplissent fait sens pour eux-mêmes.

Si l’espèce humaine disparaît un jour par sa propre faute, vous pourrez me traiter de « crétin naïf ». Mais, contrairement à Sidney Lumet ou Stanley Kubrick pendant la Guerre froide, j’estime ce risque minime. Si, cependant, j’ai eu tort de faire exagérément confiance à l’homme et à l’induction, je me console déjà à l’idée que l’espèce humaine aura du moins produit un Shakespeare et un Proust.

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Sur le web.

Note :

  1. L’autre principe étant que les propriétés collectives d’une société ne sont que l’agrégation des propriétés et actions individuelles de ses membres.