Cliché du socialisme : « Nous le peuple » possédons la propriété publique !

Les choses qui sont détenues en privés par un tiers sont beaucoup plus disponibles pour notre propre usage et sous notre propre contrôle que ne le sont celles qui appartiennent á la «propriété publique».

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Cliché du socialisme : « Nous le peuple » possédons la propriété publique !

Publié le 3 décembre 2012
- A +

Les choses détenues de façon privative sont beaucoup plus disponibles pour notre propre usage et sous notre propre contrôle que ne le sont celles qui appartiennent à la «propriété publique».

Par Leonard E. Read (FEE), États-Unis.

La propriété publique et le contrôle gouvernemental sont synonymes – ces expressions sont deux manières d’exprimer une idée identique.

Cette représentation populaire se résume dans l’idée que les ressources ou les services sont notre possession à « nous le peuple » quand ils sont sous la protection et la disposition de la propriété publique. Il s’ensuit que « nous le peuple » sommes des objets victimes de l’exploitation lorsque les ressources sont dans les mains de la propriété privée et des échanges volontaires. Le socialisme – ou propriété publique – continuera de se propager aussi longtemps que cette interprétation dominera.

Au Brésil, par exemple, l’exploration et le raffinage privés du pétrole sont refusés à la fois aux entrepreneurs nationaux et étrangers [1]. Le gouvernement a le monopole de cette industrie. En conséquence, les Brésiliens s’exclament innocemment « 0 petroleo é nosso », le pétrole est nôtre ! Mais si seulement ils regardaient dans les réserves de pétrole, ils découvriraient que pour chaque gallon de pétrole produit, il s’en rajoute deux autres qui proviennent d’entreprises privées étrangères. Mais le tout passe pour ce qu’ils appellent naïvement «nôtre». Quelle en est la raison ? La propriété et les opérations du gouvernement ne produisent qu’un tiers de la quantité nécessaire à la consommation locale. Il est nécessaire d’importer 200 000 barils par jour pour y répondre.

Si nos Indiens avaient suivi cette logique brésilienne, ils auraient pu s’écrier, il y a 500 ans, « Le pétrole est nôtre». Même s’ils n’étaient pas au courant de l’existence de cette ressource nouvelle encore inexploitée. Cependant, pour en arriver à de pareilles absurdités, nous pourrions, après avoir planté le drapeau américain sur la lune, affirmer que ce satellite est « le nôtre ». Je me demande simplement à quoi servent ces déclarations de propriété à l’encontre de toutes ces ressources ou services indisponibles ?

Contrairement aux idées reçues, « la propriété publique », ainsi nommée, n’est  définitivement pas équivalente à « la propriété du peuple ». Si c’était le cas, nous pourrions échanger nos parts appartenant à l’EDF [2] ou celles de la poste contre quelques euros, tout comme nous pouvons échanger les parts d’une société anonyme en euro.

Deux conditions au moins sont nécessaires pour que la propriété existe : (1) avoir un titre, et (2) en avoir le contrôle. Sous l’Italie fasciste, les titres des actifs restaient dans les mains du privé, mais l’État en assumait par la force le contrôle. Les titres étaient absolument vidés de sens. Sans contrôle, la propriété est une pure fiction.

D’une façon très vague «Nous le peuple» sommes censés avoir des droits de contrôle sur EDF, par exemple. En fait, nous n’en avons même pas le vestige. Je ne suis pas plus aux commandes de cette entreprise socialiste qui gère l’énergie et la lumière que je contrôle la mise en orbite des hommes dans l’espace. Certains pourront me rétorquer : « Mais tu n’es pas plus au commande de la société privée dans laquelle tu détiens des actions. » Il est vrai que je ne remplis aucune fonction de direction, mais j’ai le pouvoir de conserver ou vendre mes parts, ce qui veut dire que je contrôle si oui ou non je décide de partager les gains ou les pertes de cette société. De plus, je suis libre de choisir si oui ou non je décide de travailler pour cette société, d’acheter ou non ses produits. L’exercice de mon contrôle à l’égard d’une entreprise non gouvernementale est bien réel, dans les faits.

Qui contrôle alors EDF, La Poste, etc. ? Au mieux, c’est un pouvoir nébuleux et changeant, souvent difficile à identifier. Enracinées dans le pillage politique, la propriété et l’exploitation publiques exercent un contrôle irresponsable, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais de responsabilité qui corresponde précisément à leur autorité. Le maire d’une ville peut exercer une autorité complète concernant le système de distribution collective des eaux de sa ville. Mais en cas de défaillance, la responsabilité ne sera en aucun cas assumée proportionnellement par lui. Ils « se renverront la balle », comme ils disent. La plupart des gens ont soif d’autorité quand ils sont sûrs qu’il n’y a aucune responsabilité qui y est attachée. Cela explique en partie pourquoi la carrière du politique est si attrayante et pourquoi « nous le peuple » ne sommes pas propriétaires – même de loin – de ce qui se déroule au nom de la propriété publique.

Nous ne possédons vraiment les choses que dans l’exacte mesure où nous détenons le titre et le contrôle exclusif de ce sur quoi nous exerçons notre responsabilité. Laissez tout citoyen faire l’inventaire de ce qu’il possède. Vous verrez, en large proportion, des biens et des services obtenus au gré des ressources privées du libre-échange : l’énergie et la lumière, des appareils photos, une voiture, de l’essence, ou n’importe lequel des millions de biens et services qui nous permettent de vivre. Les choses qui sont détenues de façon privative sont beaucoup plus disponibles pour notre propre usage et sous notre propre contrôle que ne le sont celles qui appartiennent à la «propriété publique».

La propriété publique crée souvent des illusions déconcertantes et, en même temps, séduisantes. Par exemple, les personnes desservies par EDF utilisent beaucoup plus de puissance et de lumière que si elles étaient servies par une entreprise privée. Pourquoi ? EDF facture moins que le prix réel. Est-ce en raison de coûts de production faibles ? Certainement pas ! Tous les citoyens qui composent la nation sont imposés pour couvrir les pertes d’EDF [3]. Mais on peut difficilement qualifier l’énergie et la lumière acquises de cette façon comme «les nôtres» dans la mesure où tout bien ou service pris par la force est en fait extorqué à ses véritables propriétaires. Pour comprendre ce que le socialisme signifie quand il est mis en œuvre en tout domaine, il suffit simplement de jeter un coup d’œil à « l’économie communiste » russe.

Si l’on prend un autre exemple, le responsable politique du système de distribution des eaux de New York a rejeté le métrage de l’eau en basant son argument sur le fait que l’eau est un service social dont les New-Yorkais ont le droit de bénéficier en tant que citoyens. L’illusion : c’est qu’il est doux de vivre là où la mise à disposition de l’eau est gratuite ! Oui, sauf que l’agence de distribution des eaux de New York, qui s’appuie sur la puissante rivière de l’Hudson, se trouve dorénavant dans une situation de pénurie des eaux. Maintenant, on se trouve dans le cas d’une propriété publique pure et simple. Mais remarquons que l’eau appartenant à la « propriété publique » a tari l’eau à usage privé. Comment appelle-t-on un service public qui, en privant les individus de propriété et de contrôle, leur refuse au final le service promis ?

Si ce qui nous intéresse est la propriété privée disponible – dont on peut jouir par le titre et en y exerçant notre propre contrôle – alors nous ferions bien de préserver la propriété privée ainsi que le libre échange d’un marché ouvert. Pour preuve, porter simplement votre attention sur un réservoir d’essence, un placard, un garage, ou encore une casserole sur le feu !

—-
Un article de la série « Clichés du socialisme » de la Fondation pour l’Éducation Économique (FEE) qui cherche à aider ceux qui dénoncent ces erreurs intellectuelles et mettent l’accent sur les mérites de la liberté.

Traduction : JATW pour Contrepoints.

Lire aussi :

Notes :

  1. NdT : cet article fut rédigé par Leonard E. Read avant 1989, date à laquelle le Brésil voit la privatisation partielle de Repsol, suivie d’une privatisation totale en 1999.
  2. NdT : L’auteur a pris l’exemple de la TVA, acronyme Américain pour la « Tennesee Valley Authority » : une agence nationale américaine pour la gestion de l’énergie, des eaux, des côtes ainsi que des informations sur le développement énergétique régional, etc. En Français, l’équivalent serait l’EDF.
  3. NdT : L’argument de l’auteur est essentiellement logique. Si l’on réfère à la réalité économique française (dont seulement le traducteur fait l’invocation) alors les questions de déficit sont encore plus dramatique que ce que l’auteur avait pu concevoir dans l’article original. Concernant la double taxation de l’électricité en France grâce aux subventions, voir Le Figaro. Et en ce qui concerne l’irresponsabilité inhérente au système propre à la gestion de l’argent public, on décèle facilement des dérives telles que celles de la caisse centrale des activités sociales d’EDF, voir Le Monde.
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  • Pourquoi ressortir un texte d’il y a plus de 15 ans?
    La tragédie des commun n’a pas d’exemple illustré aujourd’hui, vraiment ?
    Je suis vraiment déçu par ce texte, et ce n’est pas uniquement parce que je suis groggy le matin

  • Donc le propos est que cette propriété n’a pas de sens aujourd’hui pour la seule raison que les dirigeants sont irresponsables. La critique ne repose pas sur la notion de propriété publique. On pourrait arguer que le titre de propriété est la nationalité ou la carte d’électeur ou encore une attestation de logement.
    Ce qui manque c’est donc que les dirigeants ne soient pas complètement dans une nébuleuse mais soient bien responsables de leurs décisions.

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