Nutella, huile de palme : besoin de nouvelles recettes

Fruits du palmier à huile

Le débat sur la taxation de l’huile de palme fournit une bonne image de la façon dont sont prises les décisions dans la société étatiste du spectacle et des lobbies où chaque groupe de pression essaie de d’influencer l’État tout puissant.

Le débat sur la taxation de l’huile de palme fournit une bonne image de la façon dont sont prises les décisions dans la société étatiste du spectacle et des lobbies où chaque groupe de pression essaie  d’influencer l’État tout puissant.

Par Alain Cohen Dumouchel.

Fruits du palmier à huile

Le débat sur la taxation de l’huile de palme fournit une bonne image de la façon dont sont prises les décisions dans la société étatiste du spectacle et des lobbies où chaque groupe de pression essaie  d’influencer l’État tout puissant.

Examinons les arguments des parties en présence.

Les nutritionnistes

Ils mettent en garde contre la consommation excessive d’acides gras saturés contenus notamment dans l’huile de palme mais qui existent aussi dans le beurre, les viandes, le lait. Cette mauvaise graisse est responsable à long terme d’un accroissement des maladies cardiovasculaires et de l’obésité. A noter que sa nocivité est très dépendante des activités pratiquées, des quantités consommées et du reste de l’alimentation.

Encore plus dangereux que les acides gras saturés, les « acides gras trans » résultent des procédés d’hydrogénation partielle des huiles liquides, réalisés dans le but de les rendre onctueuses. Or l’huile de palme présente l’avantage d’être naturellement moelleuse à température ambiante sans avoir à subir de procédé d’hydrogénation.

Les écologistes

Le lobby écologiste/altermondialiste combat sur deux fronts : il reproche à l’huile de palme son mauvais impact sur la santé en ne retenant que ses aspects négatifs, de plus il s’attaque aux conséquences environnementales de la culture intensive du palmier à huile qu’il décrit là aussi de façon partisane et incomplète.

Si l’huile de palme contient 50% d’acide gras saturés, il ne faut pas oublier que 60% du gras contenu dans le beurre et 63% de celui contenu dans le lait sont saturés. De plus, toutes les huiles que nous consommons contiennent une proportion non négligeable d’acides gras saturés : 15% pour l’huile d’olive et 11,5% pour l’huile de tournesol. Autrement dit un grand consommateur de macédoine de (cinq) légumes absorbera plus d’acides gras saturés que le consommateur occasionnel d’une brioche au Nutella.

En ce qui concerne la déforestation et ses conséquences pour la biodiversité, on ne voit pas en quoi le fait de taxer l’huile de palme en Europe empêchera les malaisiens de déforester. Si les débouchés de l’huile de palme diminuent, ils planteront autre chose. C’est plus par la persuasion et par la prise de conscience que l’on empêchera les pays pauvres de mettre en péril la forêt tropicale et les espèces qui y vivent. Plus gênant pour le lobby écologiste, la culture du palmier produit en moyenne 3,72 tonnes d’huile par hectare quand le colza en produit 0,67 et le soja 0,40 tonne. Il faut donc beaucoup moins de surfaces cultivées en palmiers pour produire une même quantité de nutriment. Et ce n’est pas tout, puisqu’un hectare de palmiers à huile permet de séquestrer 8,32 fois plus de CO2 que la même surface de soja à huile et qu’il relâche également 8 fois plus d’oxygène dans l’atmosphère.

Les producteurs

L’huile de palme est produite en Malaisie, en Indonésie et en Afrique, notamment en Cote d’Ivoire, aussi bien par de grosses exploitations que par des milliers de petits producteurs.
Le conseil malaisien de l’huile de palme rappelle dans un communiqué publié le 12 novembre que la Malaisie « s’est engagée à conserver une couverture forestière sur 50 % de son territoire en dédiant 24 % à l’agriculture. Par contraste, la forêt ne couvre que 24 % du territoire en France, mais les terres agricoles en occupent plus de 50 % ». Il souligne aussi que la production est assurée par « 240 000 petits paysans » et que des milliers d’emplois supplémentaires sont liés à cette industrie. Les malaisiens pointent également les « 101 kilos de viande consommés par personne par an, qui contiennent 15 kilos de graisses saturées » ou les « 30 % de matières grasses contenues dans les 24 kilos de fromage » consommés tous les ans par chaque français.

La grande distribution

Depuis Édouard Leclerc, la grande distribution a compris tout le bien qu’elle pouvait tirer d’une publicité orientée vers  la défense du consommateur, le développement durable, le référencement de petits producteurs locaux et les productions « solidaire et responsable ». Outre le relais médiatique gratuit dont elle bénéficie, ce type de communication permet de s’attirer les faveurs des pouvoirs publics qui – on l’oublie parfois – gèrent les autorisations d’implantation de la grande distribution.  Carrefour, Casino et système U se sont donc mis en tête d’ostraciser les produits à base d’huile de palme. La médaille de la boboïtude bêtifiante revient sans conteste à Casino avec ses danseurs rebelles munis de palmes, tandis que système U, auteur d’un clip dont la partialité rivalise avec la niaiserie, écope d’un procès émanant de l’AIPH (Association Ivoirienne des Producteurs de Palmiers à Huile). A noter que Casino et Système U n’ont pas prévu de supprimer  la viande, le beurre et le fromage de leurs rayons.

Ferrero

Le célèbre fabricant de pâte à tartiner se défend avec vigueur au moyen de pleines pages de publicité dans le Figaro et dans le Parisien. Il revendique sa préférence et son choix pour l’huile de palme et indique qu’il ne changera pas sa recette qui contient 31,6 g de lipides pour 100g, soit au maximum 15,8g d’acides gras saturés pour 100 g.

Les consommateurs

Traités comme des êtres infantiles et irresponsables, les consommateurs français n’ont pas voix au chapitre. Rien de bien nouveau puisque les associations chargées de les défendre sont obligées de relayer les messages hygiénistes des pouvoirs publics pour conserver leurs « agréments ». Mais les réseaux sociaux peuvent peut-être changer la donne. Il existe déjà une page  Touche pas à mon pot ! Non à la taxe Nutella qui ne demande qu’à décoller. Et même si le miracle des pigeons ne se produit pas, le public réalise qu’il peut faire entendre sa voix.

Les pouvoirs publics

Émanant de sénateurs PS qui prennent leurs décisions en diesel de fonction, le blackberry à l’oreille, le projet de taxation de l’huile de palme est une goutte d’eau (à peine 40 millions d’euros) dans l’océan des taxes françaises. Pour l’instant le gouvernement n’a pas l’air de suivre l’initiative des sénateurs mais les députés EELV ont décidé de reprendre l’amendement sur l’huile de palme à l’occasion de la rediscussion du projet de budget de la sécurité sociale pour 2013. La commission des affaires sociales de l’assemblée vient de le  repousser mais le rapporteur de la commission, Gérard Bapt (PS), invoque un « futur projet de loi santé publique pour traiter les lipides de manière générale ». Le projet de taxe serait donc généralisé pour notre bien, sauf que de plus en plus de monde se demande si ce n’est pas tout simplement pour nos biens.

Sur le web