Le prix de l’optimisme

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Quand François Hollande regarde vers l’horizon en attendant un sauveur, quelqu’un, quelque chose, faut-il appeler cela de l’optimisme ?

Quand François Hollande regarde vers l’horizon en attendant un sauveur, quelqu’un, quelque chose, faut-il appeler cela de l’optimisme ?

Par Baptiste Créteur.

Après avoir obtenu le prix de la gentillesse, c’est pour le prix de l’optimisme que François Hollande est en course. Un optimisme dont les Français auront une nouvelle fois à payer le prix.

Pour les politiques français, la sortie de crise viendra de l’extérieur, comme la crise :

Quand on leur demande pourquoi ils sont les seuls à croire encore en une croissance de 0,8% en 2013, les ministres de Bercy sautent comme des cabris en s’écriant «l’Europe ! l’Europe !». Autrement dit, si le gouvernement français est plus optimiste que le reste des institutions internationales, c’est parce qu’il est convaincu que la crise de la zone euro se terminera plus vite qu’on ne le pense et que cette bonne surprise, mi-2013, provoquera une embellie économique. Un scénario rose résumé par François Hollande : la croissance sera au rendez-vous «si la zone euro sort de la crise, si l’économie américaine rebondit et si les prix de l’énergie ne sont pas trop élevés».

Certains pourraient – à juste titre – s’inquiéter de cet aveu d’impuissance sur la capacité de l’économie française à rebondir par elle-même. L’Élysée, au contraire, en a fait une doctrine économique se résumant d’un mot : «optimisme». La base de l’économie défendue par François Hollande repose sur la foi dans le cycle. Si cela va mal aujourd’hui, ce n’est pas grave, cela ira mieux demain ! «Toute la politique économique du gouvernement est basée sur l’idée d’une reprise à très court terme venue de l’extérieur», résume Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes. Passé l’orage de 2013, les premières éclaircies arriveront en 2014. C’est la raison pour laquelle la TVA n’augmentera qu’à cette date. L’Élysée fait le pari que la demande adressée à la France sera alors suffisamment forte, avec la reprise chez nos voisins, pour que le commerce extérieur compense l’impact de la hausse de la TVA sur la consommation intérieure.

Quand on ne veut pas remettre en question un modèle qui ne fonctionne pas, il est pratique de trouver des facteurs externes qui viendront expliquer pourquoi le modèle ne marche pas et en quoi il n’y est pour rien. Désigner un ennemi de l’intérieur risquerait de diviser les Français, et ça, ça n’est pas compatible avec le prix de la gentillesse. Autant trouver des amis de l’extérieur.

Tout d’abord, la zone euro. La crise de la zone euro ne se terminera pas plus vite qu’on ne le pense, et nos amis européens se poseront sans doute de plus en plus de questions avant d’importer d’un pays qui fait tout pour ne pas en faire autant. L’économie américaine, notre autre ami, ne rebondira pas, et surtout pas grâce à un ouragan. Quant à l’énergie, la France pourrait en produire à bas prix, mais en fait ça ne serait pas une bonne idée.

Un autre ami, un peu plus difficile à identifier, va donc venir à la rescousse : le cycle. Malheureusement, les cycles économiques, ce n’est pas automatique : on ne peut pas penser que la situation va s’améliorer seulement parce qu’on pense être au plus bas. Les cycles sont des fluctuations de l’économie réelle, mais on ne peut pas expliquer ces fluctuations simplement par « le cycle ». On voit mal arriver en France une phase de croissance dans un cycle d’innovation alors que les innovations – étrangement venues de l’extérieur elles aussi – sont rangées dans le camp des ennemis.

Le Figaro analyse avec une certaine pertinence les dangers de l’approche adoptée par les astrologues de Bercy :

[…] le pari d’un inévitable rebond ne doit pas occulter le fait que nos voisins n’attendent pas les éclaircies pour engager, eux, des réformes d’ampleur. «Les entreprises italiennes et espagnoles commencent à gagner des parts de marché en France», souligne Ludovic Subran. Parce que leurs coûts, notamment du travail, diminuent. Quant au Portugal, même plongé dans la dépression, il a vu ses exportations bondir de près de 7% sur un an. Bref, une résolution de la crise de l’euro profitera davantage à ceux qui ont fait le plus d’efforts.

[…] la France dépend plus que jamais du bon vouloir des investisseurs, en grande partie internationaux. Depuis son entrée en fonction, François Hollande bénéficie de taux d’intérêt extrêmement bas, autour de 2,20%, à dix ans. Mais cela ne durera pas éternellement, surtout si nos voisins redeviennent attractifs. Or une hausse de 1% des taux de marché coûterait environ 2 milliards de plus chaque année à l’État. Et si contrairement aux incantations élyséennes, la situation n’est pas nettement meilleure en 2014 qu’aujourd’hui, alors les marchés se diront que la France a perdu deux précieuses années de réforme. Et à défaut d’un cycle vertueux, elle pourrait plonger dans un cercle vicieux.

Effectivement, les taux bas ne dureront pas. Mais au-delà des marchés, au-delà des investisseurs étrangers, au-delà du bon vouloir des âmes charitables du monde entier, l’économie française ne dépend pas que du reste du monde. Les Français produisent et consomment eux aussi. On ne peut pas se contenter de taxer les meilleurs et subventionner les moins bons, on ne peut pas espérer la croissance quand on oriente les ressources vers les projets les moins rentables et quand on confisque aux potentiels investisseurs de quoi financer les moins productifs. Un projet n’a pas besoin d’être incité, aidé, accompagné, subventionné pour voir le jour, mais ce n’est pas en spoliant son porteur d’une partie toujours plus importante de la richesse qu’il crée qu’on maximise les chances qu’a son initiative d’aboutir.

L’optimisme est sain quand on regarde vers l’avenir avec la conviction, la certitude de pouvoir et vouloir accomplir de grandes choses. Quand on n’a plus que l’espoir pour oublier l’impuissance, quand on est le capitaine d’un bateau en plein naufrage et qu’on préfère tenir fermement la barre que colmater les brèches, quand on regarde loin vers l’horizon non pas avec confiance et résolution mais dans l’espoir de voir arriver un sauveur et se produire des choses sur lesquelles on n’a aucune emprise, faut-il appeler cela de l’optimisme ? L’espoir fait vivre, mais parfois, l’optimisme tue.