Journaux : une taxe Google ne marchera pas pour The Economist

Publié Par Alexis Vintray, le dans Médias

En cherchant à faire payer Google par une taxe, la presse française mène un combat perdu d’avance qui ne la sortira pas de l’ornière selon The Economist.

Par Alexis Vintray.

Une « taxe Google »  ne réglera pas les problèmes de la presse, en particulier de la presse française. Voilà le message en substance de The Economist, un des journaux les plus influents au monde, si ce n’est le plus influent. Dans un article « Newspapers versus Google: taxing time« , l’hebdomadaire britannique se montre très critique vis-à-vis du chemin choisi par les éditeurs français, allemands et italiens.

Après la Lex Google en cours de discussions en Allemagne, une loi similaire a été proposée en Italie, et la France fait pression dans le même sens. Une demande des éditeurs à chaque fois : être rémunérés pour les extraits d’articles que Google Actualités présente sur chaque sujet, en faisant adapter le droit d’auteur. L’argumentaire des journaux ? La présence du titre et de la première phrase sur Google Actualités dissuade le lecteur d’aller ensuite sur le site des journaux. Google, cité par The Economist, souligne à l’inverse que 75% des lecteurs vont sur au moins un site de journal ensuite et que c’est 4 milliards de clicks que la plateforme redirige vers les journaux, et que la publicité est absente de Google Actualités. Au nom de quoi il rejette la demande des journaux.

Pour Google cité par The Economist, devoir payer pour ces extraits d’articles « menace son existence même ». Ce qui risque de se passer selon The Economist est que Google va tout simplement retirer les journaux concernés de son agrégateur, la participation à celui-ci étant de toute façon sur la base du volontariat. Une décision qui frapperait au portefeuille les journaux, qui ont besoin des moteurs de recherche pour augmenter le trafic et donc le revenu publicitaire. Et le journal britannique de citer Rupert Murdoch qui, après avoir retiré ses journaux de Google News en 2010, a décidé en septembre de les y faire réintégrer…

Le vrai problème pour The Economist, est celui de la crise des médias traditionnels, et des mauvaises solutions choisies par ces derniers pour en sortir. Aujourd’hui, malgré 1,2 milliards € de subventions, aucun journal national n’est rentable en France selon Olivier Fleurot, de MSLGROUP et ancien président du Financial Times. Chercher à « faire payer Google » ne réglera pas les problèmes structurels des journaux, qui doivent trouver un nouveau modèle. Comme l’écrit Jan Malinowski, expert médias au Conseil de l’Europe, essayer de faire payer Google “revient à essayer de bannir la presse à imprimer pour protéger les scribes”.

The Economist souligne par ailleurs que des solution existent, comme le « metered paywall ». Laisser quelques articles en accès libre pour attirer les lecteurs, mais faire payer le reste du contenu. Une solution adoptée avec succès par The Economist justement, ou The New York Times et le Financial Times. La presse française a-t-elle aussi peu confiance en la qualité de son contenu pour ne pas aller davantage dans cette voie ? Les solutions qu’offre par exemple la société slovaque Piano Media sont intéressantes : elle autorise les utilisateurs à acheter l’accès à différents sites d’information et partage ensuite le contenu entre eux en fonction du temps passé. À en croire The Economist en tout cas, de telles idées pourraient « marcher bien mieux que d’espérer un chèque de Google »…

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  1. C’est hallucinant que la presse demande une taxe alors qu’elle est déjà subventionnée. Ca donne une idée de l’incompétence des dirigeants des différents journaux français.

  2. Il y a eu un précédant en Belgique. Google a vraiment été condamné sur les motifs de violation du droit d’auteur.
    Google a donc déréférencé les sites de presse belge pour être en accord avec cette décision de justice…
    Il aura fallu seulement 3 jours pour que la presse belge revienne la queue basse pour promettre de ne plus se plaindre si google référence à nouveau ses pages.
    La vérité est que sans google, plus personne ne les lirait.
    Le modèle de presse tel qu’il existait il y a 10 ans n’est plus viable. Il faut que la presse évolue, change, trouve une autre forme.
    C’est 1,2 milliard de subvention pour mettre une bête malade sous assistance respiratoire.

  3. Ces histoires nauséabondes de rentabilité et de marché ne sont que le spectre du grand Capital qui plane au dessus de la liberté de la presse, que tout le monde nous envie. Il est pourtant clair que Google ne fait que poursuivre sa mission : étendre le capitalisme à l’ensemble de la planète, elle même gravement menacée par ses data-centers aussi inutiles qu’émetteurs de CO2. Qu’ils dédommagent les vrais penseurs n’est que Justice !

    C’est à peu près ce que j’ai pu lire dans l’ensemble de la presse française. Leurs ventes démontre que les français sont moins stupides que leur zèlites. Ou comment nos médias mainstream tire ce régime vers le bas… le très bas.

  4. Une taxe pour maintenir le monopole de la presse papier!Autant interdire la lumère electrique pour protéger les marchands de chandelle!Bref toujours autant d’incompétance au pouvoir!Et dire qu’ils ont pour certains l’arme atomique!

  5. « L’argumentaire des journaux ? La présence du titre et de la première phrase sur Google Actualités dissuade le lecteur d’aller ensuite sur le site des journaux. »
    Faut arréter de se foutre de la gueule du monde. Ce n’est pas l’argument de la presse. Ce qu’ils disent c’est que google utilise la presse pour attirer des visiteurs. Et les publicitaires s’intéressent plus à google qu’aux sites de presse parce que google fait une pub ciblée.
    C’est discutable ce qu’ils disent mais l’argument est plus fort que celui donné dans l’article.
    Mais pour moi une loi serait stupide. Déjà ça ne pourrait pas toucher que google. Ca toucherait toutes les revues de presse qui devraient rémunérer les gens qui ont écrit les articles originaux.
    Et ensuite pour google le choix serait de
    -payer cette taxe
    -déréférencer les sites (contrairement à ce que l’on dit ce n’est pas du chantage, se serait ce que la loi forcerait google à faire.) Dans ce cas là ce serait au dépit de la presse et de google. Mais je pense que c’est la presse qui a le plus de risques.

    Donc une loi sur ça serait idiote, injuste et improductive.
    J’ai surtout l’impression que la presse a juste sorti google parce c’est « des méchants qui ne payent pas d’impôts en France ». Et ça oui c’est injuste. Mais qu’on trouve un moyen de lui faire payer l’IS, pas cette taxe au seul profit d’une caste.

    1.  » Faut arréter de se foutre de la gueule du monde.  »

      Dites ça aux journaux!

      Il y a plusieurs approches de la question, comme toujours :

      - légaliste : le droit d’auteur (auteur? qui sont les auteurs des dépêches? certainement pas « le journal », c’est un gus qu’on ne connait pas, mais ça n’empêche pas de mettre en avant le « droit d’auteur », pour faire genre, alors qu’il s’agit des ayants-droits)

      - économique : Google gagne du fric, pas nous, c’est po juste.

      - démocratie en danger : la Presse est un pilier de la démocratie (surtout, ne pas oublier les violons)

      Dans l’approche légaliste, on insiste sur le fait que Google « pille » le contenu en reproduisant une manchette quelques mots. Pas quelques mots normaux (ça ne vaut rien), mais quelques mots de la presse, ce qui vaut très cher.

      Dans l’approche économique, on insiste en effet sur les revenus publicitaires de Google; moins sur les revenus publicitaires engendrés par les visiteurs qui sont orientés vers les journaux par Google. Ce qui n’est pas défendable, donc il faut INSINUER que beaucoup de gens ne vont pas sur les sites des journaux en ligne, parce qu’ils ont déjà l’info sur Google! Après on peut parler de « parasitisme »…

      C’est comme dire que les gens n’achètent pas Voici, parce qu’ils ont pu lire l’info (« Machin trompe Trucmuche avec Machine ») sur la couverture dans le kiosque à journaux, méchant, méchant kiosque qui montre les couvertures, donc il faut cacher toutes les couvertures et mettre juste :

      Dedans, des infos sur [XXX] qui [XXX] à [XXX] alors que [XXX].

      ATTENTION Pour découvrir les informations cachées, déchirez le sceau d’inviolabilité. Une fois le sceau déchiré, vous serez soumis au secret. La divulgation des informations contenues vous expose à des poursuites.

      Il serait évidemment interdit de discuter de l’actualité avec le vendeurs de journaux, pour le cas où les gens en saurait assez après avoir discuté pour ne pas acheter les journaux.