PLF 2013 : La mauvaise austérité de François Hollande

Il est déraisonnable de compter sur le retour de la croissance pour viabiliser les comptes publics, et utiliser les hausses d’impôts pour réaliser l’ajustement est économiquement toxique.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Rigueur austérité (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

PLF 2013 : La mauvaise austérité de François Hollande

Publié le 27 octobre 2012
- A +

Il est déraisonnable de compter sur le retour de la croissance pour viabiliser les comptes publics, et utiliser les hausses d’impôts pour réaliser l’ajustement est économiquement toxique.

Par Augustin Landier et David Thesmar.
Article publié initialement sur le site du Cercle Les Échos, reproduit avec l’autorisation des auteurs.

L’économie européenne s’enlise. Pour la plupart des observateurs, on a sous-estimé l’impact des politiques d’austérité budgétaire sur la croissance. En cause, le fameux « multiplicateur keynésien », qui permet de quantifier le lien entre réduction du déficit public et croissance économique. Si aucun économiste sérieux ne soutient que le déficit public soit une bonne chose à long terme, tous s’accordent sur le fait que l’austérité pèse sur la croissance à court terme. La question est plutôt de savoir à quel point. Le surplace des économies européennes depuis plusieurs trimestres donne raison à ceux qui croyaient à un multiplicateur fort. Dans ses dernières prévisions de croissance, le FMI lui-même reconnaît que l’effet récessif de l’austérité est particulièrement important dans les moments où l’économie se grippe et où la banque centrale est impuissante, et recommande un pilotage plus fin des réductions de dépenses publiques. Ces appels à la modération sont sans doute sensés pour les pays de la périphérie de la zone euro, mais s’appliquent-ils à l’économie française ?

En choisissant de rester inflexible sur l’objectif annoncé, le gouvernement a souhaité envoyer un double signal, aux marchés et à la BCE. Or, un signal n’est crédible que lorsqu’il est clair qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air, c’est-à-dire lorsqu’il est coûteux de l’émettre. Si la psychorigidité du gouvernement sur le symbolique objectif de 3 % est rationnelle, c’est précisément parce qu’elle fait mal et démontre la volonté de mettre fin à plus de trente ans de laxisme budgétaire. Cela signifie aux marchés que le dogme de l’infaillibilité de la dette publique est maintenu pour ce qui est de la signature française ; et cela permet par substitution à la BCE d’assouplir sa propre rigidité dogmatique, garante de son capital principal, la crédibilité (puisque la politique fiscale accepte d’endosser le rigorisme). Le risque non négligeable de voir la France recatégorisée dans le clan des économies périphériques, pour lesquelles la trajectoire de remboursement est très incertaine, a pu être évité. Prendre des libertés avec la rigueur, cela aurait fortement exposé le pays à ce risque.

En revanche, les modalités de l’ajustement, qui passent très majoritairement par les hausses d’impôts sont économiquement toxiques. Une étude récente de trois économistes italiens montre qu’ajuster les déficits par la baisse des dépenses a des conséquences négatives nettement plus faibles et moins durables sur la croissance que des hausses d’impôts.

Refuser de poser en début de mandat la question d’un cap et d’une méthode pour baisser les dépenses aura donc été l’une des décisions les plus préjudiciables qu’ait prises le gouvernement Hollande. Il est déraisonnable de compter sur le retour de la croissance pour viabiliser les comptes publics. Sur cette donne fondamentale, les politiques ne peuvent pas grand-chose : les innovations technologiques contemporaines changent nos vies, mais elles créent peu d’emplois.

Il est donc urgent de définir une méthode crédible de baisse des dépenses. Il faut le faire tant que la légitimité conférée par l’élection n’est pas loin. Sous peine d’être naïve, cette méthode doit prendre en compte les contraintes électorales et le pouvoir des lobbies. On se rappelle l’échec du gouvernement précédent qui, en sollicitant l’administration pour trouver des économies intelligentes, avait inefficacement transformé les ministères concernés en lobbyistes des subventions qu’ils distribuent… Le processus n’avait abouti qu’à quelques milliards de coupes budgétaires. Il faudra donc au gouvernement affirmer des choix. Les coupes devront prioritairement porter sur les retraites et dépenses liées au vieillissement, seul moyen de réduire la dette publique qui ne pèse pas sur la croissance. En retardant ces ajustements, on commet une faute qui coûte très cher à la collectivité. En ce sens, c’est effectivement de la mauvaise austérité que fait le gouvernement.


Article publié initialement sur le site du Cercle Les Échos, reproduit avec l’autorisation des auteurs.

Voir les commentaires (10)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (10)
  • Pourquoi vouloir en priorité taxer les retraites et notamment les retraites du prives, c’est bien ça le fond de la pensée de ces deux économistes universitaires. La remise a plat du système de retraite de la fonction publique pourrait apporter 100 milliards d’économies a l’Etat français, et oui ce sont les retraites des fonctionnaires et des regimes speciaux qui coutent chères en France… Malheureusement est ce que nos deux universitaires sont prêt à perdre 20 % de pensions de retraites lorsqu’ils auront l’age légal et ainsi s’aligner sur le régime prive, pas si sur. Et pourquoi ne parlent t’ils pas des ponction du régime de retraite des cadres prives par les caisses de fonctionnaire pour essayer de mettre en vain leur système à l’équilibre… Non l’objectif est claire,taxer le prive et des personnes qui ont vraiment travaillé durant 40 voire 42 ans et bientôt plus pour gagner 50% de leur 25 meilleurs années au profit de certains qui sont partis quelquefois a 55 ans voire moins avec 75% de leur dernier revenu. Je ne vous parlerai même pas du différentiel d’espérance de vie entre un ouvrier et un employé sncf. Voila la France en 2012…

    • D’accord avec le constat, mais les 100 milliards de gain espéré par la refonte des régimes publics de retraite semblent quand même une évaluation très optimiste…

  • La meilleure méthode pour baisser les dépenses de l’état c’est de baisser tous les budgets dans la même proportion, car ainsi politiquement tout le monde est touché d’une manière identique.
    Sinon on rentre dans des palabre à n’en plus finir .

  • La difficulté d’un pays enlisé dans l’étato-corporatisme comme la France, est que nul ne pense la réalité en imaginant une réelle alternative à ce modèle au sein des classes dirigeantes, et que celui qui s’y risquerait s erait politiquement éliminé. Pour sortir d’une ornière il y à un prix à payer, c’est l’investissement d’aujourd’hui qui crée la richesse de demain. Or cet investissement en France est d’une simplicité aussi biblique qu’il est quasi impossible à mettre en oeuvre: réorienter vers les entreprises et la sphère privé une grande partie de l’argent utilisé par la sphère publique REELLE, ce marécage remplis d’obèses crocodiles qui inclut EDF ou les marchés publics copinés par Veolia, autant que les X bureaucraties superposées, et les élus sans nombres (autant qu’aux USA…). Et l’urgence impose de faire ce mouvement rapidement et massivement, donc de licencier des centaines de milliers de politiciens professionnelles et de bureaucrates, et de baisser massivement les impôts du travail dans le même temps. On imagine sans peine la difficulté herculéene de cette tâche, dans notre beau pays qui a élu Mhollande 1er, roitelet de « Correz-du-Nord »…

  • Cette élite de bébés a bâti un système qui va bien sûr conduire à la faillite au sens propre du terme, mais elle préfère cela au risque de devoir vivre dans une société portée par les créateurs de richesses. ceux ci existent en effet dans le cadre d’une société libre permettant l’émergence des talents, or sur une telle planète la conccurence pourrait révéler leur incompétence peureuse et blesser par là même leur narcissisme infantile et fragile. Plutôt la faillite que la liberté: on pourra toujours accuser ceux que l’on a plumé d’en être responsable!

    • le scenario est claire pour les élites, baisse du niveau pour la population française de 15% sur 10ans en moyenne (donc creusement des inégalités salariales et entre public et prives énorme pour la France fonctionnarisé ), hausse des taux d’intérêt a terme pour éviter l’explosion trop brutale de l’immobilier (catastrophique pour les banques et les Etats) après une période d’inflation qui doit en principe faire baisser les déficits publics. Mais peut être qu’ils n’ont pas lu l’article sur le surendettement public paru sur contrepoints expliquant qu’a partir de 90% de dette, un pays comme la France s’en prend pour 25ans, ils n’ont qu’un scenario sur a peine le temps d’un cycle économique. Et le facteur démographique va encore renforcer le pb avec en plus le pb social de l’immigration, Europe = zone a risque ?

  • il est clair que c’est pas en augmentant les impôts que ca va s’améliorer la rentabilitée est déjà trop faible dans le fonctionnariat.

    Bref il faudrait commencer par créer de nouvelle sources de revenus, des emplois par exemple. Des emplois locaux !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Johan Rivalland.

Il est fréquent de croire que le libéralisme s’assimile aux politiques d’austérité. C’est se méprendre à la fois sur le champ que couvre cette philosophie, nullement restreinte à l’économique, mais c’est – même sur le plan économique – en avoir une vision bien terne et restrictive, pour ne pas dire peu enthousiasmante qui ne correspond pas à son esprit.

Vingtième-troisième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Le libéralisme n’est pas qu’économique

Nous l’avons évoqué à de multiple... Poursuivre la lecture

Par Claude Sicard.

Au moment où l’on s’interroge sur la façon dont les pouvoirs publics vont pouvoir agir pour relancer notre économie après la grave crise que nous venons de traverser, il est utile de se pencher sur le problème de nos dépenses publiques. Elles sont considérables, bien plus élevées que partout ailleurs.

Pour les libéraux, elles étouffent complètement notre économie.

Pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron avait promis de les réduire de 60 milliards d’euros. François Fillon, de son côté, avait avan... Poursuivre la lecture

Par Nicolas Marques. Un article de l'Institut économique Molinari

Les dépenses publiques sont passées de 45,2 % du PIB en 1978 à 55,6 % en 2019 (Figure 1). Cela représente une hausse de 10,4 points. Cette augmentation a été concentrée sur 3 périodes de crises : 1978-1985 (+7,1 points), 1989-1993 (+5,7 points), 2007-2009 (+4,6 points). Sur la longue période, elles augmentent significativement de façon tendancielle, ce qui bat en brèche l’idée d’une austérité budgétaire française.

En parallèle, les recettes publiques ont augmenté ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles