Cuba : grève de la faim et désir de survie

La dissidente cubaine Martha Beatriz Roque, 67 ans, et 29 autres opposants ont arrêté leur grève de la faim après l’annonce que leur compagnon Jorge Vazquez Chaviano sera libéré de prison.

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Cuba : grève de la faim et désir de survie

Publié le 23 septembre 2012
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Mardi 18 septembre, la dissidente cubaine Martha Beatriz Roque, 67 ans, et 29 autres opposants ont arrêté leur grève de la faim après l’annonce que leur compagnon Jorge Vazquez Chaviano sera libéré de prison comme ils le réclamaient. Quelques jours auparavant, Yoani Sánchez était allée lui rendre visite. Voici son récit.

Par Yoani Sánchez, depuis La Havane, Cuba.

La lumière est ténue, la chambre étroite et la rumeur de la rue Santo Suarez se faufile à travers les murs. Sur le lit se trouve une femme qui n’a plus que la peau et les os, les mains terriblement froides et la voix à peine audible. Martha Beatriz Roque s’est déclarée en grève de la faim il y a une semaine. Moi je suis arrivée à elle prise par la pression du quotidien et la vitesse de l’information ; mais son visage a le calme que donne le temps, l’expérience. Elle est là, aussi fragile qu’une fillette et si légère que je pourrais la prendre et la bercer en restant debout. Je suis surprise par la clarté, la façon catégorique avec laquelle elle m’explique pourquoi elle refuse de s’alimenter. Chaque mot qu’elle parvient à prononcer est d’une telle intensité qu’il ne semble pas sortir de ce corps diminué par le jeûne.

Je pensais que je n’aurais plus jamais besoin d’approcher le matelas d’un gréviste de la faim. Le faux optimisme selon lequel le futur ne peut être que meilleur, m’avait fait croire que Guillermo Farinas avec sa cage thoracique proéminente et sa bouche desséchée serait le dernier dissident qui ferait appel à l’inanition comme arme de demande citoyenne. Mais deux ans après ces 134 jours sans manger, je me retrouve devant les orbites profondes, et le teint jaunâtre de celui qui refuse de manger. Cette fois ils sont déjà 28 personnes dans tout le pays et le motif est à nouveau la vulnérabilité de l’individu face à une inégalité trop marquée par l’idéologie. Du fait de l’absence d’autres moyens pour s’adresser au gouvernement, les intestins vides s’érigent en méthode d’exigence et de rébellion. Il est triste que l’on nous ait seulement laissé la peau, les os et les parois de l’estomac pour nous faire entendre.

Avant de quitter la maison de Martha Beatriz, je lui ai donné le conseil suivant : « tu dois survivre, ce type de régime il faut leur survivre ». Et je suis sortie dans la rue, enveloppée de cette culpabilité et de cette responsabilité que chaque cubain devrait ressentir face à un événement d’une telle tristesse. « Survivre, survivre » ai-je continué de penser lorsque j’ai parlé avec la famille de Jorge Vasquez Chaviano qui devait être libéré le 9 septembre et dont les grévistes de la faim exigent la libération. « Survivre, survivre » me suis-je dit en voyant à la télévision le visage de ceux qui dans ce pays ont transformé le désaccord en délit et la protestation civile en une trahison. « Survivre, survivre, leur survivre » me suis-je promis. Mais il est peut-être déjà trop tard pour y parvenir.

—-
Sur le web.
Traduction : Jean-Claude Marouby.

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  • Le drame cubain se déroule chaque jour sous les yeux indifférents du monde. Personne ne s’émeut du sort réservé à une nation sous l’emprise de la tyrannie la plus ancienne d’occident. D’autres problèmes semblent tellement plus importantes partout ailleurs ! En Europe, nombreux sont ceux qui croient encore à la version romanesque d’une petite île luttant dignement contre le géant Goliath des temps modernes. Un mythe soigneusement inventé par quelques intellectuels de gauche il y a presque soixante ans, mais qui subsiste encore aujourd’hui. Au départ, grâce aux subventions soviétiques et dernièrement, au pétrole vénézuélien.

    Mais les soutiens économiques dont le régime cubain bénéficie n’expliquent pas sa longévité. Il manque aussi un sincère intérêt politique de la part des puissances, commençant par les Etats Unis, nullement intéressés pour normaliser ses relations avec La Havane malgré l’anti castrisme officiel des administrations successives. Après tout, compte tenu le « ras-le-bol » de la population, une occupation massive et peu coûteuse aurait été depuis longtemps la bienvenue pour régler le « problème », surtout après l’effondrement de l’Union Soviétique.

    Cette solution radicale, apparemment si peu démocratique n’est pas nouvelle ; d’ailleurs, elle fut choisie par les élites créoles à la fin du XIX siècle pour en finir avec la Guerre d’Indépendance contre l’Espagne qui les avait ruinés. Les Etats Unis qui se moquent pas mal de l’opinion internationale quand elle n’arrange pas ses intérêts, auraient trouvé sans difficultés des cubains sur leur propre territoire, prêts à endosser la responsabilité d’un tel régime, en quelques mois, le temps aidant, personne n’en parlerait déjà plus.

    Alors, depuis presque soixante ans aucune invasion à l’horizon. En attendant, prétextant l’hostilité de Washington, nul principe démocratique porté par l’occident depuis la fin du fascisme en Europe ne s’applique là-bas. Pas d’élections libres, aucun droit d’expression ou de réunion ni d’entreprendre. Le peuple cubain est devenu l’otage des intérêts géopolitiques qui le dépassent. Cette folie doit cesser.

    Un de trois résidents dans l’île a quelqu’un de sa famille vivant à l’extérieur, soit de façon définitive ou temporelle ; chaque année, des milliers de personnes au péril de leurs vies, choisissent de traverser le détroit de la Floride dans des embarcations de fortune pour gagner la terre promise. Sans oublier les 20 000 cubains qui quittent l’île légalement pour l’Amérique tous les ans. Les chiffres pour d’autres destinations ne sont pas connus, mais ils sont toute aussi impressionnants. D’après l’Institut National des Statistiques cubain (ONE) le solde annuel –négatif- avoisine les 37 000 personnes. A cette hémorragie permanente de ses forces vives et de sa jeunesse, s’ajoute le nombre des récentes naturalisations, que grâce à la « Loi pour la mémoire historique » approuvée en Espagne par le gouvernement socialiste, a permis à 80 000 cubains d’ascendance ibérique d’acquérir la nationalité espagnole. Au terme de l’opération l’année prochaine, l’ambassade espagnole à La Havane estime à 160 000 le nombre total des nouveaux sujets de la couronne.

    S’il y avait encore des doutes sur la réussite du Castrisme, ces chiffres prouvent le contraire. Personne n’oserait les contester d’ailleurs. Le paradis socialiste des caraïbes est en réalité l’enfer de Dante, une évidence, même pour des nombreux fonctionnaires du régime qui le lâchent quand ils le peuvent.

    Il est certain qu’il n’y a pas de guerre civile ouverte à Cuba. Les moyens de répression sont plus subtils qu’en Syrie, mais ils ne restent pas moins violents. Il est également évident qu’après soixante ans de castrisme, toute illusion d’assister à la naissance soudaine d’une société civile saine est un rêve sans espoir, car les cubains ne sont pas seulement prisonniers du régime, mais aussi et surtout, de la géographie.

    Cependant une solution consensuelle existe : faire devenir Cuba, par referendum, une autonomie espagnole. Légalement rien ne s’y oppose, le gouvernement autonomique mis en place pour l’Espagne en 1897 peut être remis à l’ordre du jour, puisque la République déclarée en 1902 a été imposée par la Armée des Etats Unis ; sans oublier que le Castrisme aussi, a pris le pouvoir par la force des armes. Aucune consultation populaire n’a pas été faite à Cuba depuis plus de soixante ans. Les avantages alors d’un tel dénouement sont évidents pour les deux nations.

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