Poutine : l’anticommuniste sanctifie le communisme

Poutine a reçu au Kremlin le président cubain, Miguel Diaz-Canel Bermudez.

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"Fidel Castro" by Bernard Safran By: David - CC BY 2.0

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Poutine : l’anticommuniste sanctifie le communisme

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 30 novembre 2022
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L’époque soviétique est le couteau suisse de Vladimir Poutine. D’un coté, elle lui permet d’idolâtrer l’impérialisme russe à travers la victoire sur le nazisme ; de l’autre, l’idéologie communiste lui sert de repoussoir : il se présente comme l’homme qui ne la laissera jamais reprendre le pouvoir au Kremlin. Enfin, elle lui lègue en sous-main toutes sortes de techniques de gouvernement, de manipulation, de corruption, dont il a besoin pour structurer sa tyrannie. Si bien que selon les moments il utilise le passé soviétique soit comme un totem, soit comme un tabou, soit comme un mode d’emploi.

 

Poutine et Cuba

La semaine dernière, il a sanctifié la révolution cubaine.

À Moscou, lors de l’inauguration d’une statue de Fidel Castro flambant neuve, de trois mètres de haut et passablement laide, dans le quartier du Sokol, il a gratifié une poignée de militants d’un discours qui devrait faire bondir les derniers naïfs pensant encore que Poutine est sincèrement anticommuniste.

Dans un pesant et glacial hommage au Lider Maximo, il a célébré « l’amitié traditionnelle » entre les peuples russe et cubain. Selon Vladimir, Fidel « a défendu sans relâche la souveraineté de sa patrie », « il a consacré sa vie entière au combat inconditionnel pour le triomphe du Bien, de la vérité et de la justice » et « c’est à juste titre qu’il est considéré comme un des leaders politiques les plus brillants et les plus charismatiques du XXe siècle ».

Pourquoi tant de salamalecs contraires à la science historique à une époque où la fascination planétaire pour le Cuba socialiste, si puissant dans les années 1960-1970, semble à tout jamais révolue ? Poutine se sert de la figure de Castro afin de dorer sa propre image de leader téméraire, de héros luttant bec et ongles pour débarrasser le monde de l’impérialisme américain – quitte à se retrouver isolé, seul contre presque tous, au bord de l’affrontement nucléaire.

Parallèlement à cette inauguration de statue, Poutine a reçu au Kremlin le président cubain, Miguel Diaz-Canel Bermudez.

Il lui a confié :

« Je me souviens très bien de nos rencontres personnelles. C’était un homme impressionnant. Je me rappelle que lors de notre première rencontre dans son bureau, alors que nous discutions librement de la situation mondiale, j’ai été stupéfait par son souci du détail et sa connaissance des nuances des événements en cours même s’ils se déroulaient très loin de Cuba. Il était au courant de tout et pouvait analyser ce qui se passait dans le monde entier. Il était très intéressant et utile pour moi d’avoir ces rencontres avec lui. »

Voilà donc l’incarnation du communisme cubain, un tyran dont l’incompétence était proverbiale, métamorphosé en expert géopolitique !

Mais l’essentiel est à venir.

 

Poutine et le communisme

Poutine a précisé :

« Vous savez que l’Union soviétique et la Russie ont soutenu le peuple cubain dans sa lutte pour l’indépendance et la souveraineté. Nous nous sommes toujours opposés à toutes les restrictions, internationales, les embargos et les blocus. »

La messe rouge est dite : la Russie est un nouveau Cuba et l’Amérique agresse le pays le plus vaste d’Europe exactement comme elle asphyxiait la petite île révolutionnaire des Caraïbes. Les sanctions d’aujourd’hui sont des échos de celles d’hier. Poutine est le Fidel 2.0. Le prédateur russe est une proie sans peur et sans reproche.

Ainsi va la politique poutinienne : antibolchévique lorsqu’il s’agit de vanter l’éternité de la tradition impériale russe mais s’accouplant fièrement à son passé communiste dès qu’il s’agit de mettre à l’index l’Occident.

Parfois, Poutine explique que Lénine a été une malédiction dans l’histoire russe et qu’il a « entièrement créé et construit l’Ukraine », cette nation artificielle, tantôt fantoche, tantôt nazie. Mais il n’oublie jamais les leçons tactiques de Lénine, prince de l’opportunisme, maître de la terreur et champion de la désinformation.

Lénine qui écrivait en 1920 :

« Les milieux cultivés occidentaux sont incapables de comprendre l’état des choses et le rapport des forces. Nous devons les considérer comme des sourds-muets et les traiter en conséquence […] Nous devons exprimer le désir d’un rétablissement immédiat des relations diplomatiques avec les États capitalistes sur la base de la non-immixtion complète dans leurs affaires intérieures. Les sourds-muets vont le croire. Ils vont même être très contents et nous ouvrir largement leurs portes, par lesquelles nos agents s’infiltreront, déguisés en diplomates, représentants culturels et commerciaux. »

Poutine est un très bon élève de cette école du vice née en 1917.

Lorsqu’il dit qu’il appartient à Zelensky de mettre fin à la guerre en acceptant les conditions russes, il n’est certes pas officiellement léniniste mais il est est dangereusement léninien. Il pioche à l’envi dans sa collection de masques, l’important étant de ne jamais laisser paraître son vrai visage, celui d’un homme qui n’est rien ni personne, sinon, comme le souligne Françoise Thom dans son dernier livre, L’obsession du Pouvoir.

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  • A Melitopol « libérée » par les troupes russes, une statue de Lénine qui avait été enlevée par les Ukrainiens en 2015 a été remise en place ( Het Laatstse Nieuws, 5 nov 2022 )

  • On peut changer Poutine /Russie par Mélenchon/France. Le faux camarade Mélenchon a été plébiscité par près de 30% des français avec le score électoral de la NUPES qu’il a créé. Comme quoi, finalement, près d’un tiers des Français est pro Poutine, sauf peut être venir ce qui concerne l’Ukraine.

    -1
  • L’anticommunisme trés primaire : « Poutine est un très bon élève de cette école du vice née en 1917. »,
    est tout a fait compréhensible, et il est évident que l’analyse géopolitique a ses sources dans l’étude du passé. Mais analyser l’UE , La Russie, L’Ukraine a la lueur d’ une seule bougie éclairant Poutine de dos, ne donne aucune infos sur la politique des USA de 1900 a nos jours, avec des dizaines de coup d’états et de guerre !
    Bof …

  • c’ets la politique tout entière qu’il faut remettre à sa place…et la démocratie car elle récompense mécaniquement le populisme..

    quel est le leader des pays les plus libéraux? ben on ne les connait pas…

    tant que le jeu est de gagner un concours de popularité..

  • Les commentaires sont fermés.

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