Libération : Christianisme et Islam, deux poids, deux mesures

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La liberté d’expression n’est rien sans le courage de ses opinions, courage dont vous, journalistes de Libération, semblez manquer.

La liberté d’expression n’est rien sans le courage de ses opinions, courage dont vous, journalistes de Libération, semblez manquer. 

Par Baptiste Créteur.

Libération à Charlie Hebdo : « Je suis d’accord avec ce que vous dites, mais je ne me battrai pas pour que vous ayez le droit de le dire »

Aujourd’hui, Libération, après une série de unes courageuses à défaut d’être intelligentes, gratifie son lectorat d’une une qui n’a d’intérêt que dans la comparaison : là où une caricature du Christ (Piss Christ) a droit à un joli encart bien visible en 2011, la reprise de la une de Charlie Hebdo tient sur la moitié d’un post-it en 2012, à peine aussi grand que l’encart littéraire et à peine visible. L’illustration principale, une fois n’est pas coutume, évoque la concurrence fiscale, le départ de ceux à qui de nombreux Français doivent tout dont Libé pense qu’ils doivent tout à la France.

La question posée révèle potentiellement de la bêtise ou du génie, sans que mon amour pour le journal me permette de trancher. Le blasphème n’est pas un droit (même si on a le droit de blasphémer), et aucun droit ne saurait plus être sacré.

La liberté d’expression n’est rien sans le courage de ses opinions, courage dont vous, journalistes de Libération, semblez manquer. D’autres journalistes ont exprimé leur point de vue courageux en se contentant de poser des questions dont les réponses devraient être évidentes pour quiconque vit après Lumières.

D’autres questions auraient mérité d’être posées : qu’entend le Premier Ministre quand il appelle à la « responsabilité » ? La liberté d’expression est-elle un droit ou cède-t-elle le pas à la menace d’une violence à l’encontre de ceux qui souhaitent en jouir ? Ces propos sont inquiétants, car ils évoquent implicitement une limite à la liberté d’expression issue non du droit mais de sa violation par la violence – ils le sont d’autant plus qu’ils sont prononcés par le représentant du pouvoir législatif. Et c’est dans cette voie que vous vous inscrivez, en posant la question, en ouvrant la porte, en traçant dans le sable les limites à la liberté d’expression que vous vous gardez de franchir.

Publier une caricature ayant trait au christianisme, c’est suivre la voie des Lumières ; publier une caricature ayant trait à l’Islam, c’est suivre la voie d’un journal qui a brulé et d’individus menacés dans plusieurs endroits de la planète, et ce serait aller à l’encontre d’une tolérance que vous souhaitez absolue et appliquez sélectivement.

Je comprends que votre trésorerie ne vous permette pas de retaper les locaux, mais allons, faites preuve d’un peu de panache, ce même panache qui vous permet d’insulter les plus grandes fortunes de France (Bernard Arnault) et de ternir l’image d’un Président en exercice ! Vous êtes journalistes, et sans doute, un jour, en école de journalisme, à l’époque où vous aviez encore un idéal, avez-vous senti une vive émotion en pensant à cette phrase, « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.« 

Aujourd’hui, votre tendance à l’approximation et à la non relecture vous a poussé à titrer « Je suis d’accord avec ce que vous dites, mais je ne me battrai pas pour que vous ayez le droit de le dire ». Pourtant, un réel enjeu, plus important que de savoir s’il y a une ou plusieurs littérature(s) américaine(s) ou si les gens qui réussissent mieux que vous vivent dans des penthouses ou des hôtels particuliers, émerge : il n’est plus question de se battre « pour que vous ayez le droit de le dire », il s’agit de se battre « pour que personne ne vous fasse taire ».

Le blasphème n’est pas un droit, mais il est une conséquence possible de l’exercice de la liberté d’expression. Oui, une couverture, une image, des propos peuvent susciter des réactions négatives, choquer, heurter ; est-ce à dire que plus rien ne peut être dit, illustré ou publié pour que personne, nulle part, ne soit choqué ?

Vous devriez vous inspirer d’Ayn Rand, qui a écrit : « Les idées néfastes ne sont dangereuses qu’en l’absence d’hommes défendant de meilleures idées. » (« The Objectivist Calendar », June 1978). Peut-être est-il temps que votre journal change de titre. Aujourd’hui, Libération ne semble plus prêt à défendre coûte que coûte la liberté ; ni les droits inaliénables, qui permettent aux individus d’exprimer leur singularité vis-à-vis du groupe ; ni les droits naturels, qui nous distinguent des sauvages.