@Libé, si tu deviens un bon journal, on annule tout !

Publié Par Baptiste Créteur, le dans Non classé

Cher Libé, apparemment, vos lecteurs vous délaissent, estimant que le contenu intellectuel, le papier et l’encre ne valent pas 1,5€.

Par Baptiste Créteur.

J’ai cru comprendre que vous n’aimiez pas les riches. Mais pour survivre, votre canard  a besoin d’argent ; il a déjà failli perdre ses plumes en 2006, j’imagine donc que vous le savez déjà. Comme j’aime beaucoup le lire et que j’aimerais que vous puissiez vous passer des impôts des entreprises et travailleurs français pour continuer votre excellent travail journalistique, j’aimerais vous donner quelques conseils.

Dans le système capitaliste au sein duquel vous évoluez, les entreprises ont pour objectif de maximiser leurs profits. On peut assez simplement calculer les profits : revenus – coûts.

Je ne vais pas m’attarder sur les coûts ; j’imagine que vous gérez ça d’une main de maître, et en plus, l’État vous aide à investir pour les réduire. Si vous avez toutefois besoin de vous délester de quelques journalistes peu performants [ou de quelques vilains petits canards, j'hésite] pour maintenir votre canard à flot, j’ai quelques idées.

En théorie, un journal a deux sources de revenus : les ventes de journaux et la publicité. La grande chance que vous avez, c’est que dans ce métier plus vous vendez, plus les annonceurs sont prêts à payer pour figurer dans votre journal et toucher une audience large. Donc, il faut vendre autant que possible : une entreprise comme une autre.

Le meilleur juge de la qualité d’un produit ou service, c’est son client final. Dans le cas d’un journal, c’est le lecteur prêt à payer pour une information pertinente, une analyse pointue et une belle plume. Apparemment, vos lecteurs vous délaissent, estimant que le contenu intellectuel, le papier et l’encre ne valent pas 1,5€.

 

Heureusement, quand on est un journal, on peut miser sur des clients fidèles, qui attendent chaque matin avec impatience la nouvelle édition de leur quotidien préféré. Dommage, les abonnés représentent moins de 20% de votre lectorat, contre environ 40% pour Le Figaro et Le Monde par exemple.

Évidemment, quand on vend de moins en moins et que les clients fidèles ne sont pas légion, ce n’est pas facile de convaincre les annonceurs. Tellement difficile même que l’État, dans sa grande générosité que les Français financent, vous accorde des « subventions au titre de la presse à faibles ressources publicitaires », un peu comme si on accordait une subvention aux constructeurs automobiles qui ne vendent pas assez de voitures. Vous conviendrez que c’est un peu ridicule, et très gênant pour vous : si vos recettes publicitaires sont basses, vous avez besoin des subventions pour sortir le bec de l’eau ; si elles sont hautes, l’État vous laisse apprendre à nager tout seul dans une mare où vous n’avez pas pied.

Dès lors, à votre place, je choisirais de tout faire pour ne pas dépendre des subsides de l’État qui font financer par chaque contribuable votre incompétence (je n’émets pas ici de jugement personnel, je me fie à celui des anciens lecteurs qui vous ont quitté) : j’essaierais coûte que coûte de vendre plus de journaux et de publicités en écrivant des articles de qualité afin que le nombre de lecteurs augmente et que les annonceurs veuillent être associés à l’image d’un journal aux positions intelligentes et nobles.

Mais lors d’une réunion matinale, une autre idée a germé (cf. dessin de Plantu hier), celle d’un repositionnement en presse à scandales aux unes aguicheuses. Pour saluer cette idée lumineuse, les annonceurs vous ont récemment envoyé, en écho à une autre de vos unes : « On annule tout ». Au moins, vous êtes assurés de continuer à appartenir à la « presse à faibles ressources publicitaires » pour un certain temps. Mais quant à savoir si vous continuerez à faire partie de la presse française une fois la source à subventions tarie, c’est une autre histoire, et je crains que vous ne puissiez malheureusement pas la couvrir.

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  1. Ils aiment tellement le fric, surtout quand il est gratuit des riches, que si ce torche cul venait à couler, ils seraient capables d’aller faire la quête auprès de Bernard Arnault, n’ayant pas craché sur le pognon de Rothschild.

    Libé est un journal de grosses larves dépendantes.

  2. « Dans le système capitaliste au sein duquel vous évoluez, les entreprises ont pour objectif de maximiser leurs profits. »

    C’est totalement faux dans un système capitaliste les entreprises ont pour but de réaliser les objectifs fixés par leurs actionnaires qui sont, dieu merci, dans la plupart des cas très éloignés de la maximisation des profits mais obéissent à des valeurs qui sont propres à chacun.

    Benny

    Ici l’actionnaire de Libération qui est Rotschild a indiqué qu’il approuvait, donc si vous n’êtes pas content rachetez lui Libération…

    1. Tilleul: effectivement, les objectifs des actionnaires sont avant tout philantropiques: ils cherchent au choix l’erection d’une statue à leur effigie dans une banlieue chic, la réduction des inégalités salariales, sociales, sauce-tomate ou encore une place de premier choix au barbecue hebdomadaire qu’organise la section locale de la CGT.

      Malheureusement, il existe encore une très faible partie d’actionnaires qui ne sont pas du tout interessés par les belles choses que j’ai évoqué et préfèrent que l’entreprise gagne un maximum d’argent, histoire quand même de toucher quelques dividendes.

      Je dois vous confesser en tant qu’odieux turbo-libéral, je fais malheureusement partie de cette ignoble catégorie.

      1. C’est marrant, même les socialistes sont pour que les entreprises fassent un max de profits, histoire de pouvoir recevoir des dividendes et profiter du travail des autres sans effort.

  3. Les propriétaires du journal pourraient commencer par virer Demorand… mais à condition qu’il ne revienne pas à nouveau sur les radios (d’état naturellement!) avec sa manie d’agresser les invités de sa voix métallique perçante; c’est d’ailleurs une manie qu’il a transmise à plusieurs journalistes de France Inter, dont Pascale Clark qui se montre particulièrement bonne élève dans l’ignominie.

  4. Aujourd’hui, un quotidien est une danseuse pour son propriétaire. Personne n’envisage de gagner de l’argent avec, il est juste un point de pression politique, une possibilité de peser sur les débats, de faire chanter. Aussi son actionnariat ne recherche pas ce que recherche l’actionnariat « classique » de sociétés supposées rapporter de l’argent. Croire le contraire est hors sujet. On achète une société de presse à fonds perdus et tant pis si les ventes et pubs ne financent pas 100%. Les bénéfices d’un quotidien sont immatériels. Une sorte de goodwill que le milliardaire russe proprio du journal « France Soir » avait cru déterrer en achetant le titre.

    Le vrai souci de la presse française est qu’elle n’impacte plus autant qu’on croit. Et encore moins depuis l’invention d’internet. Et l’ineptie de ses Unes face à la crise de 2008 n’a pas aidé. Elle est une farce. Du coup, la presse ne sert plus que de paravent pour gagner du temps en attendant la prise de contrôle d’internet que ces puissances appellent de leurs voeux. Elle peut faire oeuvre de malfaisance mais ses crocs sont limés depuis un moment ; elle ne devait son pouvoir qu’à l’absence de contrepouvoirs.

    Cette Une de Libération, c’est du vent. De la presse poubelle. De la télé-réalité. L’analyser autrement est se leurrer soi-même.

  5. Subventionner un journal de moins en moins lu, en plus d’être aussi couteux qu’inutile (aux citoyens), limite visiblement la critique de l’État obèse. Mais il est aussi très intéressant de constater la réaction des annonceurs à cette une stupide : le financement par la publicité serait-il une des causes de la si faible qualité des médias de masse français ? Leur bien-pensance s’expliquerait-elle par le simple fait que de nombreuses marques souhaitent ne pas associer leur image à certains contenus ?