Être libéral et voter Front National, un choix impossible

Diagramme de Nolan

Quelles que soient les raisons que l’on puisse chercher pour le justifier, un vote Front National pour un libéral n’a aucun sens.

Quelles que soient les raisons que l’on puisse chercher pour le justifier, un vote Front National pour un libéral n’a aucun sens.

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Pour un printemps social, un slogan FN ou CGT?

Dans un article publié récemment, un de nos auteurs soutenait que « voter Front National est une option possible pour un libéral ». Certes, le jugement était nuancé et fondé essentiellement sur des raisons de « pragmatisme politique. [..] Le vote Front National pour un libéral n’est certainement pas un vote d’adhésion ! »… Toutefois il donnait sept raisons qui, « en tant que libéral, [lui] font préférer Marine Le Pen et son rassemblement à tout autre parti ». Ces raisons périphériques sont pourtant loin d’être suffisantes.

La première chose qui devrait pourtant alerter tout un chacun, est la constance avec laquelle le Front National lui-même se revendique d’un antilibéralisme intégral. Je pourrais aligner des centaines de citations, je n’en sélectionnerais que trois récentes :

Pour Bertrand Dutheil de La Rochère, Porte-parole de la campagne de Marine Le Pen (communiqué du 15 février 2012), « seule Marine Le Pen rejette l’ultra libéralisme qui ouvre les marchés à tous les vents mauvais de la mondialisation et qui privatise pour le plus grand profit des actionnaires ». Pour Marine Le Pen elle-même (interview par France Soir le 30 mars 2012), le FN ne pourrait faire partie d’un gouvernement d’union des droites que « à condition que la droite tourne définitivement le dos à l’ultra-libéralisme ». Jean-Marie Le Pen n’était pas en reste, avec des envolées similaires sur le thème « être ultralibéral, c’est détruire la nation pour laisser sans défense les travailleurs de notre nation ».

Les évolutions récentes du Front National vers toujours plus de socialisme sur le plan économique ne font que renforcer l’incompatibilité avec les idées libérales. Comme le notait Hervé Gattegno lors de la présidentielle de 2012, « le programme de Marine Le Pen est beaucoup plus proche des idées de la gauche que de la droite » (entendre proche du socialisme). Et de citer le maintien des 35 heures, la retraite à 60 ans, l’arrêt des suppressions de poste dans la fonction publique, ou encore la nationalisation d’entreprises stratégiques ! Que voir de libéral dans ce programme économique ? Tout en est à l’exact opposé.

Sur le plan des libertés individuelles, la compatibilité entre libéralisme et FN est tout aussi invisible, avec la promotion d’un modèle qui met au cœur le groupe, le collectif, contre l’individu cher aux libéraux. Là où les libéraux défendent la loi du plus faible selon les mots d’Alain Madelin, avec l’individu au centre de tout, pour le Front National, ce qui compte c’est la nation, la conservation de la société similaire à l’image idéale que l’extrême droite peut en avoir. Exclue la liberté de l’individu ! Inutile de s’étendre sur la liberté de circulation des personnes, ennemie héréditaire du FN qui nous promet des frontières fermées. Mais le FN c’est aussi le parti qui nous explique que, « si on n’arrive pas à limiter le trafic de drogue, c’est parce que l’on ne s’en donne pas les moyens » et qu’il faut « rétablir la peine de mort pour les trafiquants ». C’est le parti qui soutient que « le mariage doit rester l’union entre un homme et une femme », sans oublier une attitude trouble sur la censure sur Internet.

Ainsi, si l’on raisonne avec les termes du diagramme de Nolan, libéraux et FN sont à l’exact opposé.

Rien d’étonnant à cette absence complète de compatibilité, car ce sont les philosophies, si tant est qu’on puisse employer le terme pour le FN, qui sont à l’exact opposé l’une de l’autre. Là où le libéralisme s’inscrit pleinement dans la société ouverte telle que décrite par Karl Popper, le Front National (et bien d’autres) s’inscrivent eux pleinement dans la société fermée, pour laquelle l’individu n’existe pas.

Une fois comprise cette incompatibilité de philosophies d’ensemble, on peut voir que les convergences de vues sur certains sujets comme motif de soutien ne résistent pas bien longtemps à l’analyse. Revenons aux principales :

1- Marine Le Pen souhaite rétablir  la souveraineté nationale. Oui le FN rejette l’Europe, comme les libéraux, mais là où ces derniers s’opposent à une nouvelle couche de gouvernement qui impose ses choix aux individus, Marine Le Pen veut, elle, renforcer le pouvoir de l’État français sur ses citoyens !

2- Marine Le Pen a clairement posé la question de la sortie de l’Euro. Là encore, libéraux et nationalistes se rejoignent dans l’opposition mais prônent des constructions différentes. Marine Le Pen veut reprendre le contrôle de la monnaie pour pouvoir endetter la France sans contraintes. Où est le libéralisme ?

Et ainsi de suite… Chaque convergence sur un sujet est au mieux une convergence dans l’opposition à un ennemi commun. Examinez les propositions et les convergences redeviennent divergences !

C’est un fait que les libéraux seuls ne peuvent réussir et doivent réfléchir aux alliances à nouer. Mais certainement pas avec un parti avec lequel ils n’ont strictement rien en commun…

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