La Grèce ne sortira peut-être pas de l’Euro, l’Allemagne si !

Alors que tous les regards sont braqués sur la Grèce, dont les élections législatives aux résultats plus que catastrophiques ont permis l'entrée d'un groupe néonazi au Parlement, un autre drame se prépare en Europe : l'Allemagne se retrouve seule contre tous.

Alors que tous les regards sont braqués sur la Grèce, dont les élections législatives aux résultats plus que catastrophiques ont permis l’entrée d’un groupe néonazi au Parlement, un autre drame se prépare en Europe : l’Allemagne se retrouve seule contre tous.

Il faut bien comprendre une chose : l’Allemagne n’a aujourd’hui plus aucun intérêt à rester dans l’Union européenne. Au contraire : en restant dans l’UE, les germaniques ne cesseront de payer les conséquences du laxisme budgétaire des autres pays sud-européens. Vaccinée de l’inflation et de l’instabilité politique depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne est le garant de l’indépendance de la Banque centrale européenne : sa rigueur monétaire avant la signature du Traité de Maastricht (1992) lui assurait une dette relativement peu élevée par rapport à celle de ses homologues européens tandis que le deutschemark servait de référence absolue en matière monétaire. La rigueur monétaire européenne jusqu’en 2012 a d’ailleurs payé : si les économistes parlent de manière caricaturale « d’euro-mark », il n’empêche que le niveau élevé de la nouvelle monnaie a permis aux consommateurs européens de se protéger efficacement de la flambée du prix du pétrole. Une critique lui fut faite : celle de pénaliser les exportations. Pourtant, l’Allemagne, quatrième puissance mondiale et moteur économique de l’Europe est connu pour être l’un des deux plus grands pays (avec la Chine) mercantilistes du monde : avec des exportations de l’ordre de 1 121 milliards de dollars pour des importations à hauteur de 931,3 milliards de dollars en 2009 (chiffres Eurostat), sa balance commerciale est largement excédentaire.

Comment ce pays, dont la monnaie est l’euro, arrive t-il à rester l’un des premiers exportateurs mondiaux ? Tout simplement parce que l’Allemagne est la cinquième économie la plus compétitive du monde selon un rapport du Forum économique mondial de 2007 : le coût du travail est, à juste titre, son unique priorité. Ce serait enfoncer une porte ouverte que de dire que les allemands sont les libéraux d’Europe : leur politique relative au marché du travail, telles que les réformes HARTZ du socialiste Gerhard Schröder de 2003-2005 lui ont permis d’atteindre le plein emploi en moins de 5 ans (le taux de chômage a été rabaissé à 5,7% en 2012 pour une population active de plus de 43 millions d’individus). Le SMIC n’existe pas en Allemagne ; leurs cotisations patronales y sont moindres, et grâce à une inflation beaucoup moins élevée que ses partenaires européens, les Allemands ont également réussis à maintenir le coût de la vie, si bien qu’avec un salaire de 800€ en moyenne environ, le ménage allemand vit mieux que son voisin français. L’Allemagne sort également d’une grande décennie sur un autre point : elle a réussi à vaincre son chômage structurel en valorisant non pas, contrairement à la France, les études supérieures, mais les filières techniques et professionnelles dont la demande est toujours élevée.

Autrement dit, avec ou sans l’Union européenne, l’Allemagne se porte et se portera toujours bien : l’euro n’est qu’un vague cousin de son ancienne monnaie (les pays européens n’arrivant plus à exporter ne sont tout simplement plus compétitifs), l’abandonner ne changera donc rien pour elle.

Si son unique faiblesse économique réside dans sa dépendance dans la conjoncture internationale, une faiblesse politique vient de naitre avec l’élection de François Hollande: son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, avait compris que l’Allemagne était devenue le modèle à suivre en matière de compétitivité, leur énergie commune pour transformer l’UE avait poussé la presse à parler de « couple franco-allemand ». Aujourd’hui, le divorce est prononcé : le socialiste que les Français ont élu s’oppose à Angela Merkel sur la question du statut de la BCE, du Pacte budgétaire européen et des célèbres « eurobonds ». Si François Hollande obtient gain de cause sur ces sujets, l’Allemagne claquera la porte de l’UE : inflexible sur la question monétaire, le pays ne laissera jamais la BCE devenir la source d’une inflation dont elle a horreur. Prônant une rigueur budgétaire aussi logique que bénéfique, elle ne croit pas que la dépense publique est créatrice de richesse : Merkel, femme politique redoutable (le magazine Forbes la classe régulièrement dans les 10 femmes les plus puissantes du monde), semble tenir bon et ses Ministres la soutienne sans hésiter (le ministre de l’Écologie et vice-président de la CDU, Norbert Röttgen déclarait récemment que « L’Allemagne n’est pas là pour financer les promesses électorales des socialistes. Le gouvernement fédéral défend clairement la poursuite de la politique de discipline budgétaire »).

La force de Merkel est avant tout de fédérer sans perdre pied : cette ancienne chimiste sait aussi bien réaliser d’excellents compromis politiques afin de rester au pouvoir que tenir une position sans en démordre, ses adversaires la surnommant affectueusement « la bulldog ». Combattra t-elle Hollande ? Si ce dernier a le droit de revenir sur le Pacte budgétaire européen au nom de la liberté contractuelle, la pratique politique elle, est différente : véritable bras de fer franco-allemand, cette question demeure aussi importante que celle des euro-bonds. Socialiser la dette européenne, Merkel s’y refuse catégoriquement, la réalité lui donne d’ailleurs raison : comment quelque chose ayant aussi lamentablement raté au niveau national pourrait-il réussir au niveau communautaire ? Si les européens semblent vouloir tous les moyens pour ne pas payer leur dette, l’Allemagne n’est pas de cet avis.

L’Allemagne ne gagne rien à rester dans l’UE : si Merkel perd tous les combats qu’elle mène actuellement, l’Allemagne aura non seulement de l’inflation, mais sa rigueur budgétaire servira à payer le laxisme de ses voisins. Outrée par la violation du Traité de Lisbonne que constituait la recapitalisation des banques par la BCE, Merkel n’encaissera pas un affront de plus. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les pays de l’UE violent la lettre des Traités européens : le sauvetage des banques, l’aide à la Grèce, la mise en place du Fonds de stabilité européen, tout cela constitue une violation du Traité de Lisbonne (2007) qui affirmait l’absence de solidarité européenne sur les questions financières et monétaires. En définitive, l’Allemagne est la grande perdante de cette Union : la voulant fédérale politiquement, elle se rend compte que les Européens sortent à leur guise de la lettre des traités et exigent les bénéfices d’un fédéralisme sans en avoir à payer le prix. C’est simple : l’Allemagne doit tout céder au reste de l’Europe mais ne peut rien lui imposer. À ce rythme, nos voisins d’outre-Rhin préféreront nous quitter plutôt que de devenir le pigeon d’une farce à moitié moisie. Espérons que cela n’arrivera pas.