Oh oui soyons plus solidaires !

Voter pour Hollande, ce serait voter pour une société plus fraternelle et plus solidaire ? Vraiment ?

Voter pour Hollande, ce serait voter pour une société plus fraternelle et plus solidaire ? Vraiment ?

Par Bruno Levy.

Le programme proposé par la gauche n’est absolument pas le programme de solidarité  et de fraternité pour lequel certains Français croient qu’ils vont voter.

Pour le comprendre recensons brièvement les possibilités qui s’offrent à notre pays pour être encore plus solidaire qu’il ne l’est actuellement :

1) Puisque l’État est surendetté on ne peut pas emprunter plus pour le faire…

2) On pourrait prélever plus d’impôt aux français. Manque de bol ils sont déjà surchargés par l’impôt. Prenons un « riche » Français pour qui son employeur paye 4000 euro, à la fin compte tenu des charges patronales, salariales, de l’impôt sur le revenu et des autres impôts indirects (TVA qu’il paye pour ses achats, etc.) c’est environ 1700 euro qui lui restent. Soit un peu moins de 45%. Ce qui prouve deux choses : ce Français est déjà pas mal solidaire des autres, et qui plus est cela semble difficile de lui prendre encore plus d’argent.

3) On pourrait « faire payer les riches » selon l’expression consacrée. Or, petit problème, même François Hollande a reconnu qu’il n’y avait pas assez d’argent de ce côté-là. Les taxations à 85%, c’est juste du symbolique pour que tout le monde se sente plus solidaire, par contre en termes d’argent sonnant et trébuchant cela devrait suffire pour rembourser à peine quelques mois de déficits de sécurité sociale, et encore.

4) On pourrait juste imprimer des billets de banques. Oh oui, extraordinaire bonne idée : la justice sociale et la solidarité par l’inflation. Assurément des hommes comme Bérégovoy (un grand homme de droite comme chacun sait) il y a vingt an qui expliquaient que l’inflation était la chose la plus antisociale au monde se trompaient… Sans compter que l’hyperinflation aidant le nombre de personne qui vont passer au-delà du seuil de taxation pour l’impôt sur la grande fortune risque de croître. Mais ne changeons pas de sujet…

En vérité : nous vivons déjà dans l’un des pays qui fait le plus d’efforts possibles pour la solidarité et l’égalité. Si les résultats de ces efforts déplaisent à certains (ce qui est parfaitement leur droit) cela ne veux pas dire que les Français ne font pas déjà des efforts monumentaux pour être solidaires.

On ne peut pas appeler pour plus de solidarité sans tenir compte du contexte de sur-développement et de surendettement de l’État dans lequel notre pays baigne. Je suis né il y a presque 50 ans et l’école publique alors c’était nos parents qui la payaient (car pas ou peu de dette publique essentiellement). Aujourd’hui nos enfants ne sont même pas encore entrés à l’école qu’il est prévu qu’ils devront rembourser l’argent que notre État a emprunté… pour assurer cette soi-disant solidarité justement.

Dans ce contexte, il importe de se poser les questions suivantes :

  • Est-ce vraiment en faisant croître la dépense nationale administrée par l’État (et par conséquent l’impôt) que l’on va changer les choses ?
  • En quoi le recrutement de 60000 fonctionnaires de plus sera-t-il un gage de solidarité envers les Français les plus pauvres ?
  • En quoi le maintien non seulement du nombre mais des privilèges (en termes de retraites notamment) des fonctionnaires est-il une « promesse » de justice sociale envers des autres Français moins favorisés ?
  • En quoi la hausse continue du smic va-t-elle aider les jeunes entreprises à créer des emplois ?
  • En quoi la généralisation de l’assistanat va-t-elle réduire le surendettement de l’État ?
  • En quoi augmenter la dépense publique représente un avantage de fraternité ? Faut-il plus de dépenses de sécurité sociale ? Plus de retraités ?
  • Y a-t-il possibilité d’une économie « sociale et solidaire » sans développement de la prospérité ? La continuation de la croissance parallèle de l’assistanat et du surendettement publique peut-elle permettre à notre pays de renouer avec la prospérité ?
  • Faut-il attendre que l’on ait des jeunes femmes qui abandonnent leurs enfants et qui se prostituent dans la rue (comme en Grèce et en Espagne) pour comprendre que l’État (qui occupe 55% de l’économie) accapare tout et qu’il faut que cela cesse ?

Certes, faire peur aux gens n’est pas bon pour la démocratie mais se cacher la réalité non plus. Dire que l’État est surendetté et qu’il est actuellement prévu qu’une grande partie de cette dette sera payée par nos enfants c’est juste décrire les choses telles qu’elles sont, et dire que les nouvelles possibilités de solidarité qu’on nous « vend » n’existent pas, c’est juste appeler un chat un chat.

La réalité est  que nous sommes en face d’un véritable machiavélisme social, dont les haut-fonctionnaires français sont les spécialistes, qui consiste à faire croire que toute dépense publique est une dépense solidaire, bonne pour le pays.

En vérité il n’y a pas, il ne peut y avoir de dépenses solidaires si tout le monde est assisté. On nous vend un « idéal de fraternité » en nous faisant croire que nous pouvons presque tous être libres sans être responsables. Ce genre d’illusion ne peut finir que dans la violence et la recherche de boucs-émissaires… bel idéal en effet.

Il n’est pas vrai que le dépôt d’un bulletin de vote dans une urne est un acte anodin et réversible cinq ans plus tard ; en votant on transforme le pays et les politiques qui seront mises en œuvre impacteront sur les mentalités, sur la généralisation de l’assistanat notamment. Les conséquences du vote pour François Mitterrand en 1981 (pour qui j’avais voté) ont des conséquences encore aujourd’hui… à travers l’assistanat et le surendettement public notamment.

Il y a un pas entre la solidarité forcée et la servitude que cette élection risque de nous faire franchir.