CDI et insatisfaction au travail

L’insatisfaction au travail ne provient pas d’un problème de flexibilité, de précarité, de pénibilité ou de surmenage. Ce n’est pas non plus une question de salaire ou de pouvoir d’achat

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CDI et insatisfaction au travail

Publié le 3 mai 2012
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L’insatisfaction au travail ne provient pas d’un problème de flexibilité, de précarité, de pénibilité ou de surmenage. Ce n’est pas non plus une question de salaire ou de pouvoir d’achat. La cause principale du malaise au travail des Français est à chercher dans la reconnaissance du travail accompli.

Par Pasm, depuis la Belgique.

Dans un billet récent, j’ironisais méchamment sur la tendance française à penser que l’ensemble du monde leur enviait leur précieux CDI et que celui-ci constituait le pinacle du paradis social-démocrate. J’aimerais revenir sur ce fameux CDI car on parle trop rarement de ses inconvénients pour ceux-là même qu’il est supposé protéger, les salariés.

Les principaux arguments présentés pour justifier une réforme du CDI portent sur des questions macro-économiques de compétitivité et de flexibilité. Ils ne répondent donc pas vraiment à l’impression générale qui veut qu’un CDI “en béton” soit un avantage pour le travailleur qui en bénéficie, quitte à produire des effets pervers dans le reste du système. Pourtant, il apparaît que le système français – où les salariés sont parmi les plus protégés au monde – est également celui qui génère le plus de frustration au travail. De  façon tout-à-fait subjective, j’ai souvent été étonné de l’agressivité qui règne dans les relations professionnelles en France. Mais peut-être est-ce propre au caractère français ? J’ai donc cherché quelque étude pour savoir si cette impression était justifiée. Les chiffres ne sont pas légions mais ils vont tous dans le même sens : la France est un des pays où la satisfaction au travail est la plus faible et ce depuis des années !

Selon le World Values Survey de 1981 et 1991, la France se classe 15-ième sur 16 pays. Seul le Japon fait pire. La première place est détenue par l’Italie puis par la Danemark. (Source, table 11, page 36)

Plus récemment, d’autres données, provenant de l’International Social Survey Program de 2005, confirme la situation désastreuse de la France, avant-dernière sur 32 pays. Cette fois, c’est la Corée du Sud qui se place dernière et le Mexique qui mène la liste. Entre 1997 et 2005, la France s’est fait dépasser par des pays comme la Slovénie, la Bulgarie et la Russie. (Source, table 3, page 7)

Les grandes études internationales permettent de confirmer que l’insatisfaction au travail est une caractéristique française, mais pas d’en trouver les causes. Un étude moins étendue mais plus profonde sur le départ à la retraite permet d’identifier la cause première de ce malaise. (source, tableau 2, page 10)

Cette enquête, qui porte sur des travailleurs en fin de carrière (donc probablement presque tous en CDI), établit une fois de plus l’insatisfaction au travail des Français. À la question, “Tout bien considéré, mon travail me satisfait”, 88,9% répondent positivement, ce qui constitue le pire résultat après la Grèce (86,4). La moyenne se situant à 93% de réponse positive.

Pourtant, le travail en France n’est pas physiquement pénible (deuxième meilleur score derrière la Suisse), on n’y travaille pas sous pression (deuxième meilleur score derrière les Pays-Bas) et la stabilité d’emploi est garantie (deuxième meilleur score après l’Espagne). Pour ce qui est du salaire ou de l’état de santé des employés, la France se classe dans la moyenne.

La grande spécificité française se marque dans la question “je reçois la reconnaissance que je mérite pour mon travail”. Dans la plupart des pays étudiés, le taux de réponses positives dépasse les 75%. L’Italie fait moins bien avec 62% et la France plonge en dernière position avec seulement 56%. Le chiffre est impressionnant ; près de la moitié des travailleurs français entre 50 et 64 ans ont l’impression qu’on ne reconnaît pas leur mérite !

Ces chiffres démontrent très clairement que l’insatisfaction au travail ne provient pas d’un problème de flexibilité, de précarité, de pénibilité ou de surmenage. Ce n’est pas non plus une question de salaire ou de pouvoir d’achat. La cause principale du malaise au travail des Français est à chercher dans les relations humaines, dans la reconnaissance du travail accompli, dans le respect de la dignité du travailleurs.

Bien sûr, on ne peut pas incriminer directement et spécifiquement le CDI, mais il est évident qu’une trop grande rigidité dans le contrat de travail est la source de tensions psychologiques dans l’entreprise. Comme dans les vieux couples qui ne peuvent divorcer, les conflits sont permanents. Quand un patron ne peut licencier un salarié médiocre et que celui-ci ne peut quitter son travail par peur du chômage, la tension va monter graduellement et l’insatisfaction va croître dans un climat de rancœur et d’amertume. Peut-être les représentants des travailleurs pourraient-ils, à l’occasion, se pencher sur cette question…

—-
Sur le web.

 

 

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  • Bonjour,

    je suis étudiante en doctorat de psychologie à l’Université. Je me permets de vous adresser ce mail car je cherche à diffuser une enquête anonyme de recherche sur la santé au travail. En effet, pour les besoins de mon enquête il faudrait que je dispose d’environ 250 participants qui se connectent à partir de mon lien (ci-joint, ci-dessous) mais je peine à les trouver.

    Je vous serais très reconnaissante et cela m’aiderait beaucoup si vous pouviez passer et diffuser le lien via vos contacts mails et sur tous types de blogs ou sites où l’on peut toucher des salariés du public ou du privé.

    Voici ci-dessous le lien électronique de l’enquête si vous voulez nous aider (la passation dure 20 minutes) :
    http://acasaucau.com/enquete.html

    En échange et si cela vous intéresse je peux vous envoyer aussi une synthèse des données recueillies par l’enquête. Merci bien de votre soutien, bien respectueusement

  • « La cause principale du malaise au travail des Français est à chercher dans les relations humaines…Bien sûr, on ne peut pas incriminer directement et spécifiquement le CDI, mais il est évident qu’une trop grande rigidité dans le contrat de travail est la source de tensions psychologiques dans l’entreprise  » !!!

    Ou comment expliquer n’importe quoi par n’importe quoi !!

    Ma voiture est plus souvent en panne cette année que les années précédente, aucune preuves directes mais on peu faire un lien avec le réchauffement climatique si on veut !

    Encore une fois c’est l’objectivité qu’on enterre un peu plus à chaque fois…en France toutes les parties sont responsables de la situation (Salariés/syndicats, patronat, état) c’est un vrai dialogue de sourds ou le seul « dialogue » est le rapport de force dominé par le mépris réciproque..

    Balaie devant ta porte et Dieu t’aidera.

  • De mon point de vue le management français souffre d’une difficulté culturelle à donner du feedback et à dire merci et bravo au travail accompli. Une tendance chronique à considérer la performance des collaborateurs comme un du, un acquis.

  • Superbe utilisation des statistiques, d’une rigueur exemplaire. Avez-vous aussi pensé à expliquer l’insatisfaction au travail des Français par l’âge du capitaine?

  • Les commentaires sont fermés.

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